Diane d'Andouins, vicomtesse de Louvigny, surnommée la «belle
Corysandre», était fille unique de Paul d'Andouins, vicomte de
Louvigny, seigneur de Lescun. Elle épousa, en 1567, Philibert de
Gramont, comte de Guiche, qui eut un bras emporté au siège de La Fère,
en 1580, et mourut de ses blessures. Sa liaison avec le roi de Navarre
paraît remonter aux premières années de son veuvage.
La comtesse de Gramont fut la constante amie de Henri, qui songea,
quelque temps, avant son avènement au trône de France, à répudier
Marguerite de Valois pour épouser cette femme, dont l'affection et la
générosité efficace l'avaient si puissamment soutenu au milieu de tant
de luttes. Après leur rupture, graduellement amenée par les
infidélités du roi, Corysandre, qui était, depuis longtemps, la
confidente de Catherine de Bourbon, encouragea et servit son projet de
mariage avec le comte de Soissons. Il s'ensuivit, entre elle et le
roi, une irrémédiable froideur. La comtesse survécut à Henri IV. On
date sa mort de l'année 1624. Son souvenir est inséparable, dans
l'histoire, de celui du prince dont elle aima avec une passion
désintéressée la personne et la cause.
La comtesse de Gramont était une femme lettrée. Elle composait de
beaux vers, qui malheureusement ne sont pas venus jusqu'à nous, et on
vantait son habileté à chanter en s'accompagnant sur le luth. Michel
de Montaigne lui a décerné un glorieux témoignage en lui dédiant les
sonnets d'Etienne de La Boétie, «pour l'honneur, disait-il, que ce
leur sera d'avoir pour guide cette grande Diane d'Andouins, d'autant
qu'il y a peu de femmes en France qui jugent mieux et se servent plus
à propos que vous de la poésie.» (_Page 206._)