Berger de Xivrey a longuement commenté la lettre du roi de Navarre à
Madame de Batz sur la prise de Cahors. Après avoir relevé cette
qualification: «A ma cosine», employée, dit-il, pour cousine, il
poursuit en ces termes:
«Ce titre, que le roi de Navarre donne à Madame de Batz, s'explique
aisément par l'extraction illustre de cette dame et par celle de son
mari. Bertrande de Montesquiou, femme du baron de Batz, descendait des
anciens ducs de Gascogne; Manaud de Batz, troisième fils de Pierre de
Batz et de Marguerite de Léaumont, tirait son origine des anciens
vicomtes du même pays, dignité dont furent revêtus, pendant le dixième
siècle et une partie du onzième, les vicomtes de Lomagne, ancêtres
directs des barons de Batz. Les preuves de cette descendance furent
vérifiées en 1784 par une commission composée de dom Clément et de dom
Poirier, religieux bénédictins; de MM. de Bréquigny et Désormeaux, de
l'Académie des inscriptions et belles-lettres; Chérin, généalogiste
des ordres du Roi; Ardillier, administrateur général des domaines de
la couronne, et Pavillet, premier commis de l'ordre du Saint-Esprit.»
A propos du début de la lettre royale: «Je ne me dépouillerai pas,
combien que je sois tout sang et poudre...» Berger de Xivrey fait les
remarques suivantes:
«Ces mots, où il n'y a rien d'exagéré, indiquent d'une manière précise
la date de cette lettre au moment où finissait le terrible combat de
quatre jours, qui venait de réduire Cahors au pouvoir du roi de
Navarre. D'Aubigné et Sully ont raconté cet événement avec des détails
fort circonstanciés, et néanmoins cette lettre et la suivante ajoutent
encore plusieurs notions précieuses à l'_Histoire universelle_ et aux
_Economies royales_. Le journal de Faurin nous apprend que cette lutte
acharnée du roi de Navarre et des défenseurs de Cahors dura du samedi
28 mai au mardi 31. C'est donc le 31 au soir que dut être écrite cette
lettre à Madame de Batz. La prise de Cahors est un événement capital
dans l'histoire du roi de Navarre et de son parti. «En toutes ses
autres actions, dit Davila, ayant rendu des preuves de sa vivacité
merveilleuse, il donna en celle-ci autant d'étonnement à ses gens que
de terreur à ses ennemis, leur faisant connaître à quel point il était
vaillant et hardi dans les combats.»
* * * * *
Quand on connaît la véritable histoire de la prise de Cahors, on lit,
avec un intérêt assaisonné d'une pointe de gaîté, les récits que nous
allons reproduire.
Le 4 juin 1580, Daffis, premier président du parlement de Toulouse,
adressait à Henri III la lettre suivante, publiée dans les _Archives
historiques de la Gironde_ par Tamizey de Larroque:
«Sire,
«Pour la continuation de nos plus grandes misères est survenue la
prise de la ville de Cahours _par la prodition et intelligence
d'aucuns des principaux habitants d'icelle et autres qui s'y étaient
introduits en grand nombre_. Ce n'a été, néanmoins, sans que vos
sujets aient fait tous devoir de la conserver. Mais l'entreprise était
dressée de si longue main et les forces des adversaires étaient si
prêtes, que les pauvres habitants n'y ont pu résister et enfuir; la
plupart ont été misérablement massacrés et meurtris. C'était une ville
des plus grandes et plus catholiques dans ce ressort, qui s'était
toujours bien maintenue. Etant d'ailleurs jugée forte de telle
conséquence qu'_on n'en pense point après Toulouse de plus
importante_.»
Le récit de P. de L'Estoile est franchement comique:
«Le dimanche 20e _jour_ de mai (1580), partie par surprise, partie
_par intelligence_, les huguenots de Gascogne, partisans du roi de
Navarre, gagnèrent l'une des portes de la ville de Cahors, et y eut
âpre combat, auquel le seigneur de Vesins, sénéchal et gouverneur de
Mercy, fut blessé avec plusieurs des siens, et enfin, après avoir
vertueusement combattu et soutenu l'assaut, _deux jours_ et _deux
nuits_, n'étant le plus fort, se retira à Gourdon. Le roi de Navarre y
vint en personne, _dix heures après la première entrée des siens_,
usant d'un trait et diligence de Béarnais, s'étant levé de son lit
d'auprès de sa femme, avec laquelle il voulut coucher exprès, _afin
qu'elle ne se défiât de rien_. Sur quoi ainsi elle osa bien assurer
Leurs Majestés _que son mari n'y était pas_, encore qu'il y combattit
en personne, y ayant perdu tout plein de bons soldats de sa garde et
leur capitaine Saint-Martin, et étant demeuré à la fin maître de la
ville.--La friandise du grand nombre de reliques et autres meubles et
joyaux précieux étant dedans Cahors fut la _principale occasion_ de
l'entreprise.» (_Page 151._)