ÉPILOGUE

I

Constantinople.

Mon ami, l'homme s'agite et Dieu le mène. Il était sans doute établi

de toute éternité que je ne pourrais me marier ni en Égypte, ni en

Syrie, pays où les unions sont pourtant d'une facilité qui touche à

l'absurde. Au moment oh je commençais à me rendre digne d'épouser la

fille du cheik, je me suis trouvé pris tout à coup d'une de ces fièvres

de Syrie qui, si elles ne vous enlèvent pas, durent des mois ou des

années. Le seul remède est de quitter le pays. Je me suis hâté de fuir

ces vallées du Hauran à la fois humides et poudreuses, où s'extravasent

les rivières qui arrosent la plaine de Damas. J'espérais retrouver la

santé à Beyrouth; mais je n'ai pu y reprendre que la force nécessaire

pour m'embarquer sur le paquebot autrichien venu de Trieste, et qui m'a

transporté à Smyrne, puis à Constantinople. J'ai pris pied enfin sur la

terre d Europe.--C'est à peu près ici le climat de nos villes du Midi.

La santé qui revient donne plus de force à mes regrets.... Mais que

résoudre? Si je retourne en Syrie plus tard, je verrai renaître

cette fièvre que j'ai eu le malheur d'y prendre; c'est l'opinion

des médecins. Quant à faire venir ici la femme que j'avais choisie,

ne serait-ce pas l'exposer elle-même à ces terribles maladies qui

emportent, dans les pays du Nord, les trois quarts des femmes d'Orient

qu'on y transplante?

Après avoir longtemps réfléchi sur tout cela avec la sérénité d'esprit

que donne la convalescence, je me suis décidé à écrire au cheik druse

pour dégager ma parole et lui rendre la sienne.

Voyage en Orient, Volume 1: Les femmes de Caire; Druses et Maronites · 第 125 / 146 题