Il nous est impossible de ne pas augurer une troisième renaissance
littéraire pour une contrée aussi inépuisable en fécondité
intellectuelle qu'en fécondité matérielle. Le génie italien n'a
pas baissé d'une idée ou d'une image de Virgile à Dante, d'Horace
à Pétrarque, de Sénèque à Machiavel, de Lucain au Tasse. Il est
évident pour quiconque a habité une partie de sa vie cette terre et
fréquenté ses esprits supérieurs, que ce niveau n'a pas baissé non
plus de Dante, de Machiavel, de Pétrarque, de Tasse à aujourd'hui.
L'Italie est pleine d'hommes de la même trempe de coeur et d'esprit,
auxquels il ne manque que la voix. L'unité est brisée, mais l'énergie
individuelle subsiste. Que l'unité fédérale, la seule unité possible
aujourd'hui en Italie, vienne à se renouer, et le monde sera étonné
de la supériorité intellectuelle dans tous les genres de culture
d'esprit dont la nature a doué les Italiens modernes. Mais cette
unité fédérale de l'Italie ne se renouera jamais que sous la pression
d'un grand danger commun à toutes les nationalités morcelées dont
la Péninsule se compose. Cela ne suffit pas; il y faudra encore la
tutelle au moins décennale d'une puissance armée, désintéressée de
territoire et médiatrice. C'est-à-dire que l'unité ne se renouera
que dans le sang pendant une grande collision, lutte européenne
dont les plaines de la Lombardie et du Piémont seront une centième
fois le champ de bataille. Ce n'est pas tout encore: il y faudra la
magnanimité généreuse de la puissance libératrice et médiatrice.
L'âme d'un Washington européen pourra seule accomplir ce miracle.
Avoir l'héroïsme de protéger sans avoir l'ambition de conquérir,
voilà la condition prodigieusement rare du libérateur futur de
l'Italie!