Le dîner acheva de me faire perdre la tête. J'étais à côté d'elle et ma
main sans cesse rencontrait sa main sous la nappe; mon pied pressait
son pied; nos regards se joignaient, se mêlaient.
On fit ensuite un tour au clair de lune et je lui murmurai dans l'âme
toutes les tendresses qui me montaient du cœur. Je la tenais serrée
contre moi, l'embrassant à tout moment, mouillant mes lèvres aux
siennes. Devant nous, l'oncle et Rivet discutaient. Leurs ombres les
suivaient gravement sur le sable des chemins.
On rentra. Et bientôt l'employé du télégraphe apporta une dépêche de la
tante annonçant qu'elle ne reviendrait que le lendemain matin, à sept
heures, par le premier train.
L'oncle dit: «Eh bien, Henriette, va montrer leurs chambres à ces
messieurs.» On serra la main du bonhomme et on monta. Elle nous
conduisit d'abord dans l'appartement de Rivet, et il me souffla dans
l'oreille: «Pas de danger qu'elle nous ait menés chez toi d'abord.»
Puis elle me guida vers mon lit. Dès qu'elle fut seule avec moi, je
la saisis de nouveau dans mes bras, tâchant d'affoler sa raison et
de culbuter sa résistance. Mais, quand elle se sentit tout près de
défaillir, elle s'enfuit.
Je me glissais entre mes draps, très contrarié, très agité, et très
penaud, sachant bien que je ne dormirais guère, cherchant quelle
maladresse j'avais pu commettre, quand on heurta doucement ma porte.