Nous étions seuls, tout seuls, Rivet et l'oncle ayant disparu dans les
allées tournantes; et je lui fis une vraie déclaration, longue, douce,
en lui pressant et lui baisant les doigts. Elle écoutait cela comme
une chose agréable et nouvelle, sans bien savoir ce qu'elle en devait
croire.
Je finissais par me sentir troublé; par penser ce que je disais;
j'étais pâle, oppressé, frissonnant; et, doucement, je lui pris la
taille.
Je lui parlais tout bas dans les petits cheveux frisés de l'oreille.
Elle semblait morte tant elle était rêveuse.
Puis sa main rencontra la mienne et la serra; je pressai lentement sa
taille d'une étreinte tremblante et toujours grandissante; elle ne
remuait plus du tout; j'effleurais sa joue de ma bouche; et tout à coup
mes lèvres, sans chercher, trouvèrent les siennes. Ce fut un long, long
baiser; et il aurait encore duré longtemps; si je n'avais entendu «hum,
hum» à quelques pas derrière moi.
Elle s'enfuit à travers un massif. Je me retournai et j'aperçus Rivet
qui me rejoignait.
Il se campa au milieu du chemin; et sans rire: «Eh bien! c'est comme
ça que tu arranges l'affaire de ce cochon de Morin.»
Je répondis avec fatuité: «On fait ce qu'on peut, mon cher. Et l'oncle?
Qu'en as-tu obtenu? Moi, je réponds de la nièce.»