TRICCHÈ VARLACCHÈ

La fille de Cecco se retira tristement; plus d'espoir, il fallait

retourner chez son père, et oublier celui qui ne l'aimait plus. Elle

traversa la cour, suivie par les demoiselles d'honneur qui la raillaient

de sa simplicité. Arrivée près de la grille, elle se retourna comme

si elle attendait un dernier regard; en se voyant seule, le courage

l'abandonna, elle fondit en larmes et cacha sa tête dans ses mains.

--Sors donc, misérable gueux! lui cria le geôlier en saisissant Violette

au collet et en la secouant d'importance.

--Sortir! dit Violette, jamais! _Tricchè varlacchè!_ cria-t-elle:

_habits dorés, coeurs de laquais!_

Et voilà la souris qui se jette au nez du geôlier et le mord jusqu'au

sang; puis, devant la grille même, s'élève une volière grande comme

un pavillon chinois. Les barreaux en sont d'argent, les mangeoires de

diamant; au lieu de millet, il y a des perles; au lieu de colifichet,

des ducats enfilés dans des rubans de toutes les couleurs. Au milieu de

cette cage magnifique, sur un bâton en échelle qui tourne à tous les

vents, sautent et gazouillent des milliers d'oiseaux de toute taille et

de tout pays: colibris, perroquets cardinaux, merles, linottes, serins,

et le reste; tout ce monde emplumé sifflait le même air, chacun dans son

jargon. Violette, qui entendait le langage des oiseaux comme celui des

plantes, écouta ce que disaient toutes ces voix, et traduisit la chanson

aux filles d'honneur, bien étonnées de trouver une si rare prudence

chez les perroquets et les serins. Voici ce que chantait le choeur des

oiseaux:

Fi de la liberté!

Vive la cage!

Quand on est sage,

On est ici bien nourri, bien traité,

Bien renté,

Au chaud en hiver, au frais en été:

On paye en ramage

L'hospitalité.

Vive la cage!

Fi de la liberté!

Après ces cris joyeux, il se fit un grand silence; un vieux perroquet

rouge et vert, à l'air grave et sérieux, leva la patte, et, tout en

tournant, chanta d'un ton nasillard, ou plutôt croassa ce qui suit:

Le rossignol est un monsieur vêtu de noir,

Fort déplaisant à voir,

Qui ne sort que le soir.

Pour chanter à la lune;

C'est un orgueilleux

Qui vit comme un gueux

Et se dit heureux;

Sa voix nous importune.

On devrait, entre nous,

Clouer à quatre clous,

Comme des hibous,

Ces fous

Qui n'adorent pas la fortune.

Et tous les oiseaux, ravis de cette éloquence, se mirent à siffler d'une

voix perçante:

Fi de la liberté!

Vive la cage! etc., etc.

Pendant qu'on entourait la volière magique, la dame des Écus-Sonnants

était accourue. Comme on le pense bien, elle ne fut pas la dernière à

convoiter cette merveille.

--Petit, dit-elle au joueur de zampogne, me vends-tu cette cage au même

prix que le carrosse?

--Volontiers, Madame, répondit Violette, qui n'avait pas d'autre désir.

--Marché conclu! dit la dame; il n'y a que les gueux pour se permettre

de pareilles folies.

Le soir, tout se passa comme la veille. Perlino, ivre d'or potable,

entra dans sa chambre sans même lever les yeux; Violette se jeta sur sa

natte, plus misérable que jamais.

Elle chanta comme le premier jour; elle pleura à fendre les pierres:

peine inutile. Perlino dormait comme un roi détrôné; les sanglots de sa

maîtresse le berçaient comme eût fait le bruit de la mer et du vent.

Vers minuit, les trois amis de Violette, affligés de son chagrin,

tinrent conseil: «Il n'est pas naturel que cet enfant dorme de la sorte,

disait mon compère l'écureuil.--Il faut entrer et l'éveiller, disait

la souris.--Comment entrer? demandait l'abeille, qui avait inutilement

cherché une fente tout le long du mur.--C'est mon affaire», dit la

souris. Et vite, et vite elle ronge un petit coin de la porte; ce fut

assez pour que l'abeille se glissât dans la chambre de Perlino.

Il était là tranquillement endormi sur le dos, ronflant avec la

régularité d'un chanoine qui fait la sieste. Ce calme irrita l'abeille,

elle piqua Perlino sur la lèvre; Perlino soupira et se donna un soufflet

sur la joue, mais il ne s'éveilla point.

--On a endormi l'enfant, dit l'abeille revenue auprès de Violette pour

la consoler. Il y a de la magie. Que faire?

--Attendez, dit la souris, qui n'avait pas laissé rouiller ses dents, je

vais entrer à mon tour; je l'éveillerai, dussé-je lui manger le coeur.

--Non, non, dit Violette; je ne veux pas qu'on fasse du mal à mon

Perlino.

La souris était déjà dans la chambre. Sauter sur le lit, s'insinuer sous

la couverture, ce fut un jeu pour la cousine des rats. Elle alla droit

à la poitrine de Perlino; mais, avant d'y faire un trou, elle écouta:

coeur ne battait pas: plus de doute! Perlino était enchanté.

Comme elle rapportait cette nouvelle, l'aurore éclairait déjà le ciel;

la méchante dame arriva, toujours souriante. Violette, furieuse d'avoir

été jouée, et qui de colère se mangeait les mains, n'en fit pas moins

une belle révérence à la marquise, en disant tout bas: A demain.

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Nouveaux contes bleus · 第 48 / 90 题