Il est vrai que du Mans il en vient par douzaine.
(Acte 3, sc. 3.)]
[Note 158: Bourg à cinq lieues N.-O. de Mayenne.]
Comme ils contestoient là-dessus, Jullian, qui vit paroître de loin
quelque cavalerie, s'enfuit tant qu'il put. La nièce du curé, qui vit
fuir Jullian, crut qu'il en avoit du sujet et s'enfuit aussi, ce qui fit
perdre au curé la tramontane, ne sçachant plus ce qu'il devoit penser de
tant d'evenemens extraordinaires; enfin, il vit aussi la cavalerie que
Jullian avoit vue, et, qui pis est, il vit qu'elle venoit droit à lui.
Cette troupe etoit composée de neuf ou dix chevaux, au milieu de
laquelle il y avoit un homme lié et garrotté sur un mechant cheval et
defait comme ceux qu'on mène pendre. Le curé se mit à prier Dieu et se
recommanda de bon coeur à sa toute bonté, sans oublier le cheval qui lui
restoit; mais il fut bien etonné et rassuré tout ensemble quand il
reconnut la Rappinière et quelques uns de ses archers. La Rappinière lui
demanda ce qu'il faisoit là, et si c'etoit lui qui avoit tué l'homme
qu'il voyoit roide mort auprès du corps d'un cheval. Le curé lui conta
ce qui lui etoit arrivé, et conclut encore que c'etoit de Laune qui
l'avoit voulu assassiner: de quoi la Rappinière verbalisa amplement. Un
des archers courut au prochain village pour faire enlever le corps mort,
et revint avec la nièce du curé et Jullian, qui s'etoient rassurés et
qui avoient rencontré Guillaume ramenant un cheval pour le brancard. Le
curé s'en retourna à Domfront sans aucune mauvaise rencontre, où, tant
qu'il vivra, il contera son enlèvement[159]. Le cheval mort fut mangé
des loups ou des mâtins; le corps de celui qui avoit eté tué fut enterré
je ne sais où, et la Rappinière, le Destin, la Rancune et l'Olive, les
archers et le prisonnier, s'en retournèrent au Mans. Et voilà le succès
de la chasse de la Rappinière et des comediens, qui prirent un homme au
lieu de prendre un lièvre.
[Note 159: Le curé de Domfront, pendant le séjour de Scarron au
Mans, étoit, nous apprend Michel Gomboust, fils de M. de La Tousche, que
notre auteur peut avoir connu. Il est possible que, placé dans une
situation équivoque par la possession irrégulière de son bénéfice,
Scarron ait eu maille à partir avec lui, comme avec quelques autres
ecclésiastiques, et qu'il ait voulu s'en venger à sa manière en le
faisant figurer dans une scène burlesque.]