LES LIVRES NOUVEAUX

_De Saint-Louis au port de Tombouctou_, voyage d'une canonnière

française, par E. Caron, lieutenant de vaisseau. Ouvrage accompagné de

quatre cartes. (Augustin Challamel, éditeur, 5, rue Jacob.)--Il n'est

pas de nation d'Europe qui n'ait aujourd'hui les yeux fixés sur

l'Afrique, dans la pensée de s'y rendre maîtresse de quelque territoire

neuf et non encore exploité, de telle sorte que l'on peut, dès l'heure

présente, affirmer que l'Afrique tout entière est vouée, dans un avenir

assez prochain, à n'être plus qu'une colonie européenne. Parmi ces

nations du vieux monde, la France jouit d'une situation exceptionnelle,

se trouvant déjà posséder l'Algérie et le Sénégal. Ses efforts sont, par

suite de cette situation même, à l'avance tout indiqués: ils doivent

tendre à relier l'une à l'autre ces deux colonies. Du sud de l'Algérie

et de Bammako, ville centrale du Soudan français située sur le Niger,

elle doit se diriger vers le centre du continent africain, à peine de se

voir couper cette route stratégique par une autre nation rivale plus

prompte ou mieux avisée. C'est dans cette préoccupation que le

gouverneur du Soudan, le colonel Gallieni, dès sa prise de commandement,

résolut de faire pousser par le Niger une reconnaissance jusqu'à

Tombouctou. Une canonnière fut armée à cet effet et le lieutenant de

vaisseau E. Caron chargé de la commander. Sa mission était d'explorer le

fleuve, d'étudier l'état politique des populations riveraines, de réunir

des données commerciales et scientifiques, pour permettre d'asseoir une

opinion sur la valeur des contrées arrosées par le Niger moyen et sur la

politique à suivre dans l'avenir. Le but a été atteint, les difficultés

de toute nature, provenant des hommes et des choses, n'ont pas manqué;

mais la canonnière est arrivée au port. Tombouctou n'a pu être visité,

le pays étant sous la domination des Touaregs, dont la défiance et

l'hostilité ne permirent pas une descente dans la ville. Mais

l'exploration a été faite, le pays reconnu, étudié, et les conséquences

de cette reconnaissance et de cette étude vont pouvoir être poursuivies.

M. le lieutenant Caron ne se dissimule pas les difficultés d'une

transformation du Soudan français, mais il en indique les moyens et il

croit fermement que, de ce côté, un vaste champ reste ouvert à notre

activité coloniale. Il lui reviendra l'honneur d'avoir posé l'un des

premiers jalons dans cette route du progrès et de la civilisation.

L'Illustration, No. 2510, 4 Avril 1891 · 第 10 / 23 题