NOTES ET IMPRESSIONS

Il y a trois sortes d'orgueil: celui de la richesse, celui de la

naissance et de l'esprit.

Swift.

* * *

La politique, même dans le gouvernement parlementaire, c'est ce qui ne

se dit pas.

Fievée.

* * *

Dans cette vie, il faut savoir se risquer, mais qui se risque doit se

résigner à perdre quelque chose.

Herbart.

* * *

Les biens que l'on vante le plus ne sont pas ceux que l'on a, mais ceux

que l'on désire.

Edm. About.

* * *

La reconnaissance est pareille à cette liqueur d'Orient qui ne se garde

que dans des vases d'or; elle parfume les grandes âmes, elle s'aigrit

dans les petites.

Jules Sandeau.

* **

L'égoïsme est comme l'embonpoint; plus on en a, plus on est gêné par

celui des autres.

H. Rigault.

* * *

L'âme d'un petit enfant bien doué est plus près de celle d'Homère que

l'âme de tel bourgeois ou de tel académicien médiocre.

Jules Lemaitre.

* * *

Le printemps qui commence aux enfants est pareil Le rire avec les pleurs

alterne à son réveil.

A. Theuriet.

* * *

La jeunesse ne désespère pas plus de l'humanité, malgré ses désastres,

que le brin d'herbe qui pousse dans un champ dévasté par l'hiver ne

doute de la nature.

* * *

Être et paraître sont deux; mais, avec le monde, le second est souvent

le moyen d'arriver au premier.

G.-M. Valtour.

[Illustration: Cérémonie populaire de la Pâque, en Russie; Le pope

bénissant les pains de laitage caillé apporté par les fidèles.]

[Illustration: CHOIX DE TABLEAUX DE LA VENTE EDMOND YON. (Voir l'article

page 299.)]

38. Brume matinale. 35. Le vent sur le marais. 58 Les Ruches: Effet

d'orage à Sainte-Aulde. 28. Le Ruisseau aux poules d'eau. 12. Laveuses à

Cernay. 5. La barque de pêche. 49. Les vaines pâtures à Sainte-Aulde. 2.

La grande chaussée de Longpré. 52. Soleil couchant à l'embouchure de

l'Orne. 37. Le Pont de Vernon, près Vouvray. 4. Chardons en fleurs. 48.

Bords de l'Essonne. 9. Fin de journée. 40. Sainte-Aulde. 7. Avril à

Ballancourt. 11. Étang à Ballancourt. 42. A Longpré les Corps Saints.

[Illustration: HISTOIRE DE LA SEMAINE]

La Russie et le président de la République.--Il convient, croyons-nous,

de garder la plus grande circonspection, quand il s'agit des relations

internationales, et on a eu le tort, trop souvent, dans notre pays, en

ce qui concerne la Russie, de donner à une sympathie, qui heureusement

est très réelle, une interprétation qui pourrait paraître excessive au

point de devenir gênante pour ceux-là mêmes à qui elle s'adresse. Mais,

ces réserves faites, il est permis de se féliciter de la nouvelle marque

de courtoisie que le gouvernement du czar vient de donner au chef de

l'État, en lui conférant le grand cordon de l'ordre de Saint-André.

Cet ordre est le plus ancien et le plus important des ordres russes. Il

a été créé par Pierre-le-Grand en 1698. C'est celui que l'empereur

donne, de préférence, aux membres régnants des maisons souveraines.

La remise des insignes qu'il comporte à M. Carnot a été faite dans le

plus grand apparat. M. le baron de Mohrenheim, ambassadeur de Russie à

Paris, s'est rendu à cet effet à l'Elysée avec tout le personnel de

l'ambassade, en uniforme. Pendant que la garde du palais rendait les

honneurs militaires, les représentants du czar étaient reçus au bas du

perron par le colonel Lichtenstein et introduits par M. d'Ormesson,

directeur du protocole, dans un des salons où se tenait le président de

la République, entouré des officiers de sa maison militaire au complet.

Les traités de commerce et la propriété littéraire.--La révolution qui

est en train de s'opérer dans notre régime économique n'est pas sans

causer quelque inquiétude. Le pays est partagé en deux camps qui luttent

avec acharnement, l'un en faveur du libre-échange, l'autre en faveur de

la protection. Ce sont les partisans de ce dernier système qui

triomphent, si l'on en juge par la force dont ils disposent dans le

parlement. Où est la vérité? c'est là une question à laquelle il est

difficile de répondre, car des deux côtés on fait valoir des arguments

décisifs et ceux qui n'ont pas d'opinion préconçue restent en suspens

entre les deux partis, ne sachant auquel donner leur confiance.

Mais d'instinct, ceux qui n'ont pas fait une étude approfondie de ces

questions complexes qu'embrasse l'économie politique sont portés à

s'effrayer du retour à l'ancien système qui mettait des barrières entre

les peuples, alors que les facilités apportées par le progrès dans les

relations internationales semblaient devoir les faire supprimer à

jamais.

Naturellement ceux qui, dans notre pays, peuvent compter sur les

bénéfices qu'ils tirent de l'exportation de leurs produits, sont très

opposés aux lois de protection que l'on prépare, éprouvant la crainte

légitime que les pays auxquels nous fermons notre porte ne nous rendent

la pareille.

Nos écrivains, qu'on ne s'attendait pas à trouver en cette affaire, mais

dont l'intervention est cependant toute naturelle, sont dans ce cas. Les

produits dont ils vivent, fort goûtés chez nous, ne le sont pas moins à

l'étranger, et ils craignent, non sans raison, que la dénonciation des

traités de commerce leur ferme les «débouchés» qu'ils trouvaient pour

leurs oeuvres, dans tous les pays du monde et surtout en Belgique.

Aussi une délégation qui comptait les plus illustres représentants de

notre littérature s'est-elle rendue auprès de M. de Freycinet, président

du Conseil, pour lui remettre, au nom de toutes les grandes sociétés

littéraires et artistiques, une protestation contre la mise en pratique

des théories ultra-protectionnistes qui semblent triompher pour le

moment: «Le mécontentement des nations voisines, dit cette protestation,

se traduira sans doute par des mesures de représailles qui frapperont

surtout notre production littéraire et artistique pour laquelle toutes

les nations sont plus ou moins tributaires de la nôtre. La Chambre

sera-t-elle indifférente à des intérêts moraux et matériels aussi

considérables, et sacrifiera-t-elle les droits de ceux qui contribuent à

l'étranger, pour une si large part, à notre gloire nationale?...»

Malheureusement, la Chambre est déjà si engagée qu'on peut avoir des

doutes sur l'effet de cette protestation.

La situation légale du prince Victor et du prince Louis.--Par suite de

la mort du prince Napoléon, le prince Victor, devenu chef de la famille

Bonaparte, se trouve _ipso facto_ expulsé du territoire français par

l'application de l'article 1er de la loi du 22 juin 1886.

Cette loi, en effet, interdit le territoire français aux chefs de

familles ayant régné en France et à leurs héritiers directs dans l'ordre

de primogéniture. Le prince Victor, quel que soit d'ailleurs le

testament politique du prince Napoléon, passe à l'état de «chef d'une

famille ayant régné sur la France», et à ce titre tombe sous le coup de

la loi d'exil.

Mais est-il juste de dire que le prince Louis, à qui reviendraient les

droits de la famille Bonaparte si son frère venait à mourir sans

héritier direct, passe à l'état d'héritier présomptif, dans le sens

prévu par la loi? Le prince Louis n'est héritier qu'en ligne collatérale

et la loi désigne «l'héritier direct». La question était tout au moins

douteuse. Quant à présent, le garde des sceaux l'a tranchée dans le sens

le plus libéral, c'est-à-dire en faveur du prince Louis. Il a fait

remarquer d'ailleurs que le gouvernement restait suffisamment armé par

l'article 2 de cette même loi qui lui permet d'interdire le territoire

français à tous les membres des anciennes familles régnantes autres que

les chefs et leurs héritiers directs.

Les Italiens en Afrique.--Il faut supposer et espérer que l'Afrique

donnera à nos arrière-petits-neveux d'immenses satisfactions matérielles

et morales de nature à compenser, par leur reconnaissance, les

tribulations qu'elle cause pour le moment à toutes les puissances

européennes.

La France, qui possède sur ce vaste continent la plus belle des

colonies, en est réduite à nommer une commission d'études chargée

d'examiner ce qu'il faut faire pour en tirer réellement parti. En même

temps, elle est obligée de lutter au Soudan et au Dahomey, pour obtenir

des succès très douteux, car on ne voit jamais qu'ils produisent rien de

décisif.

Les Belges semblent plus embarrassés que fiers du territoire immense

qu'ils occupent sur les confins du nôtre.

Les Anglais sont en lutte, tout au moins diplomatique, avec la France et

le Portugal à raison de leurs possessions africaines, en sorte que tous

ceux qui se sont partagé l'Afrique sont en hostilité plus ou moins

sourde les uns avec les autres, en attendant qu'ils rencontrent tous

l'ennemi commun, l'Africain lui-même, que nous ne connaissons encore que

par quelques escarmouches, mais qui se révélera peut-être plus terrible

qu'on ne croit, au centre de ce continent mystérieux dont on fait trop

vite une possession européenne.

Mais les Italiens surtout ont à souffrir en ce moment de la

précipitation avec laquelle toutes les puissances civilisées se sont

jetées sur l'Afrique comme sur une proie facile. Voici remis en

question, sinon déchiré tout à fait, ce fameux traité conclu avec

Menelik, et qui devait donner à nos voisins le protectorat sinon la

possession complète de l'une des plus belles parties du continent

africain. Le comte Antonelli, qui s'était rendu en mission auprès du

«roi des rois» pour traiter avec lui de l'exécution de celles des

clauses du traité qui étaient favorables à l'Italie, a dû quitter

brusquement le pays avec tous ceux qui l'accompagnaient, les Italiens ne

se considérant plus comme en sûreté sur un territoire où ils ont

cependant la prétention d'exercer leur protectorat.

M. di Rudini prépare sur la question un livre vert dans lequel il fera

probablement connaître la vérité tout entière, car il n'a aucun intérêt

à la cacher, Mais, si elle est telle qu'on la suppose, elle sera la

justification, après la lettre, de la chute de M. Crispi, qui porte, non

sans raison, en grande partie, la responsabilité de la politique suivie

par l'Italie en Afrique.

Bulgarie: assassinat du ministre des finances.--Un grave attentat a été

commis à Sofia le 27 mars dernier. Au moment où M. Beltchef, ministre

des finances, accompagné de M. Stamboulof, rentrait chez lui, après

avoir assisté au conseil des ministres, trois coups de revolver

retentirent. M. Beltchef tomba, mortellement frappé. Il a été impossible

d'atteindre le meurtrier qui a pris la fuite avec trois individus qui

l'accompagnaient.

L'opinion très générale est que le coup était destiné au premier

ministre, M. Stamboulof, et, bien que l'on n'ait encore aucun indice sur

le mobile qui a poussé les meurtriers, on est porté à croire que cette

affaire se rattache à celle qui amena l'exécution du major Panitza. On

se rappelle qu'à la suite de cette exécution, on trouva sur un arbre

voisin de l'endroit où elle avait eu lieu une bande de toile portant

cette inscription: «Avant six mois, Ferdinand et son premier ministre

seront exposés à cette même place.» On fait remarquer aussi que, peu de

temps après l'exécution du major Panitza, on parlait d'une ligue de

Macédoniens qui s'était formée pour venger la mort de leur compatriote.

Voici la question bulgare de nouveau à l'ordre du jour, car à la suite

de cet événement M. Stamboulof ne restera pas inactif.

Nécrologie.-Le poète Josephin Soulary.

L'Illustration, No. 2510, 4 Avril 1891 · 第 6 / 23 题