À ce sujet, un mot de métaphysique: je ne m'en permets pas souvent.
Voltaire appelait la métaphysique le roman de l'esprit; Voltaire avait
raison. La métaphysique est le plus creux des romans quand on veut lui
faire bâtir des systèmes surnaturels; mais, quand on se borne à lui
demander l'explication naturelle et rationnelle des faits dont nous
sommes entourés et que notre légèreté nous empêche d'approfondir, la
métaphysique n'est plus le roman du coeur ou de l'esprit, elle est la
sibylle infaillible de la raison; elle vous dit le mot de tout; elle a
la clef de tout; elle ne vous mène pas bien loin, parce que, au delà
d'un certain nombre de pas dans l'inconnu, tout est mystère; mais, ce
petit nombre de pas dans l'inconnu, elle vous les fait faire avec
sûreté, et, quand elle n'y voit plus clair, elle s'arrête et elle vous
dit: _Je ne sais pas._ Voilà ma métaphysique, à moi, et c'est la seule
que je me permette d'introduire rarement entre vous et moi pour
éclaircir le sujet. Je lui demande donc aujourd'hui son mot sur la
peinture.