II

À ce sujet, un mot de métaphysique: je ne m'en permets pas souvent.

Voltaire appelait la métaphysique le roman de l'esprit; Voltaire avait

raison. La métaphysique est le plus creux des romans quand on veut lui

faire bâtir des systèmes surnaturels; mais, quand on se borne à lui

demander l'explication naturelle et rationnelle des faits dont nous

sommes entourés et que notre légèreté nous empêche d'approfondir, la

métaphysique n'est plus le roman du coeur ou de l'esprit, elle est la

sibylle infaillible de la raison; elle vous dit le mot de tout; elle a

la clef de tout; elle ne vous mène pas bien loin, parce que, au delà

d'un certain nombre de pas dans l'inconnu, tout est mystère; mais, ce

petit nombre de pas dans l'inconnu, elle vous les fait faire avec

sûreté, et, quand elle n'y voit plus clair, elle s'arrête et elle vous

dit: _Je ne sais pas._ Voilà ma métaphysique, à moi, et c'est la seule

que je me permette d'introduire rarement entre vous et moi pour

éclaircir le sujet. Je lui demande donc aujourd'hui son mot sur la

peinture.

Cours familier de Littérature - Volume 06 · 第 164 / 196 题