Lisons encore:
«Âme béatifiée qui daignes souvent descendre pour consoler mes nuits
gémissantes d'un regard de ces yeux que la mort n'a pas éteints, mais
auxquels l'éternité a donné une splendeur qui n'est pas de ce monde!
«Combien ne suis-je pas enivré de reconnaissance de ce que tu daignes
rasséréner mes tristes jours par ta céleste apparition!
«Vois comme, dans ces mêmes sites où je passai tant d'années à te
célébrer de mes chants, je passe maintenant mes jours à te pleurer, à
pleurer sur toi! non, mais à pleurer sur mon propre deuil!
«Un seul soulagement se trouve cependant à mes peines: c'est qu'au
moment où tu te tournes d'en haut vers moi, je te reconnais et je
t'entends à la démarche, à la voix, au visage, aux vêtements que tu
portais sur la terre!»
Il associe, dans un autre sonnet, la nature entière à ses sentiments.
«Elle est partie pour le séjour de la félicité, et mes yeux la
cherchent en vain dans ces lieux où elle naquit, dans cet air que je
remplis de mes soupirs; mais il n'y a ni rocher, ni précipice dans ces
montagnes, ni rameau, ni feuillage vert sur ces rives, ni fleuve dans
ces vallées, ni brin d'herbe, ni goutte d'eau, ni veine distillant de
ces sources, ni bête sauvage de ces forêts qui ne sachent combien je
souffre pour elle!»
Et celui ci:
«Quand je revois l'aurore descendre du firmament avec son visage de
roses et sa chevelure dorée, l'amour m'assaille au coeur et ma joue
se décolore, et je me dis dans mes soupirs: Là est Laure maintenant!»