Madame d'Albémar à M. de Lebensei.
Je vous conjure de nouveau, vous qui m'avez comblée des plus
touchantes preuves de votre amitié, d'employer toutes les armes que
vous donne votre manière de penser et de vous exprimer, pour empêcher
Léonce de quitter la France, et de se joindre au parti qui veut faire
la guerre avec l'armée des étrangers; vous savez, comme moi, quels
sont les scrupules d'honneur, les sentimens chevaleresques qui
pourroient entraîner Léonce dans cette funeste résolution;
combattez-les en les ménagéant. Servez-vous de mon nom, si vous croyez
qu'il puisse ajouter quelque force à ce que vous direz; cachez
pourtant à Léonce que, du fond de ma retraite, vous avez reçu une
lettre de moi; il vous demanderoit peut-être de la voir. Il voudroit y
répondre lui-même, et renouvelleroit, en m'écrivant, une lutte que je
n'ai plus la force de supporter; mais si jamais je vous ai inspiré
quelque intérêt ou quelque pitié, faites, au nom du ciel, que, dans le
séjour où j'ai enseveli ma destinée, je ne sois pas tout à coup
arrachée par de nouvelles craintes, au triste repos d'un malheur sans
espoir.