Cernay, ce 27 septembre 1791.
Celui que vous aimez est toujours digne de vous, madame; mais son
sentiment ni le vôtre ne peuvent rien contre la fatalité de votre
situation. Il ne reste qu'un moyen de rétablir votre réputation, et de
retrouver le bonheur; rassemblez pour m'entendre toutes les forces de
votre sensibilité et de votre raison. Léonce n'est point
irrévocablement lié à Matilde, Léonce peut encore être votre époux; le
divorce doit être décrété dans un mois par l'assemblée constituante,
j'en ai vu la loi, j'en suis sûr. Après avoir lu ces paroles, vous
pressentirez, sans doute, quel est le sujet que je veux traiter avec
vous; et l'émotion, l'incertitude, des sentimens divers et confus,
vous auront tellement troublée que vous n'aurez pu d'abord continuer
ma lettre; reprenez-la maintenant.
Je ne connois point madame de Mondoville, sa conduite envers ma femme
a dû m'offenser; je me défendrai cependant, soyez-en sûre, de cette
prévention; votre bonheur est le seul intérêt qui m'occupe. J'ignore
ce que vous et votre ami pensez du divorce, je me persuade aisément
que l'amour suffiroit pour vous entraîner tous les deux à l'approuver;
mais cependant, madame, je connois assez votre raison et votre âme
pour croire que vous refuseriez le bonheur même, s'il n'étoit pas
d'accord avec l'idée que vous vous êtes faite de la véritable vertu.
Ceux qui condamnent le divorce prétendent que leur opinion est d'une
moralité plus parfaite: s'il en était ainsi, il faudroit que les vrais
philosophes l'adoptassent; car le premier but de la pensée est de
connoître nos devoirs dans toute leur étendue; mais je veux examiner
avec vous si les principes qui me font approuver le divorce, sont
d'accord avec la nature de l'homme, et avec les intentions
bienfaisantes que nous devons attribuer à la Divinité.
C'est un grand mystère que l'amour; peut-être est-ce un bien céleste,
qu'un ange a laissé sur la terre; peut-être est-ce une chimère de
l'imagination, qu'elle poursuit jusqu'à ce que le coeur refroidi
appartienne déjà plus à la mort qu'à la vie. N'importe; si je ne
voyois dans votre sentiment pour Léonce que de l'amour, si je ne
croyois pas que sa femme disconvient à son caractère et à son esprit
sous mille rapports différens, je ne vous conseillerois pas de tout
briser pour vous réunir; mais écoutez-moi, l'un et l'autre.
De quelque manière que l'on combine les institutions humaines, bien
peu d'hommes, bien peu de femmes renonceront au seul bonheur qui
console de vivre; l'intime confiance, le rapport des sentimens et des
idées, l'estime réciproque, et cet intérêt qui s'accroît avec les
souvenirs. Ce n'est pas pour les jours de délices placés par la nature
au commencement de notre carrière, afin de nous dérober la réflexion
sur le reste de l'existence; ce n'est pas pour ces jours que la
convenance des caractères est surtout nécessaire; c'est pour l'époque
de la vie où l'on cherche à trouver dans le coeur l'un de l'autre,
l'oubli du temps qui nous poursuit, et des hommes qui nous
abandonnent. L'indissolubilité des mariages mal assortis prépare des
malheurs sans espoir à la vieillesse; il semble qu'il ne s'agisse que
de repousser les désirs des jeunes gens, et l'on oublie que les désirs
repoussés des jeunes gens, deviendront les regrets éternels des
vieillards. La jeunesse prend soin d'elle-même, on n'a pas besoin de
s'en occuper; mais toutes les institutions, toutes les réflexions
doivent avoir pour but de protéger à l'avance ces dernières années,
que l'homme le plus dur ne peut considérer sans pitié, ni le plus
intrépide sans effroi.
Je ne nie point tous les inconvéniens du divorce, ou plutôt de la
nature humaine qui l'exige; c'est aux moralistes, c'est à l'opinion à
condamner ceux dont les motifs ne paroissent pas dignes d'excuse: mais
au milieu d'une société civilisée qui introduit les mariages par
convenance, les mariages dans un âge où l'on n'a nulle idée de
l'avenir, lorsque les lois ne peuvent punir, ni les parens qui abusent
de leur autorité, ni les époux qui se conduisent mal l'un envers
l'autre; en interdisant le divorce, la loi n'est sévère que pour les
victimes, elle se charge de river les chaînes, sans pouvoir influer
sur les circonstances qui les rendent douces ou cruelles; elle semble
dire: Je ne puis assurer votre bonheur, mais je garantirai du moins la
durée de votre infortune. Certes, il faudra que la morale fasse de
grands progrès, avant que l'on rencontre beaucoup d'époux qui se
résignent au malheur, sans y échapper de quelque manière; et si l'on y
échappe, et si la société se montre indulgente en proportion de la
sévérité même des institutions, c'est alors que toutes les idées de
devoir et de vertu sont confondues, et que l'on vit sous l'esclavage
civil comme sous l'esclavage politique, dégagé par l'opinion des
entraves imposées par la loi.
Ce sont les circonstances particulières à chacun, qui déterminent si
le divorce autorisé par la loi, peut être approuvé par le tribunal de
l'opinion et de notre propre coeur. Un divorce qui auroit pour motif
des malheurs survenus à l'un des deux époux, seroit l'action la plus
vile que la pensée pût concevoir; car les affections du coeur, les
liens de famille, ont précisément pour but de donner à l'homme des
amis indépendans de ses succès ou de ses revers, et de mettre au moins
quelques bornes à la puissance du hasard sur sa destinée. Les Anglois,
cette nation morale, religieuse et libre; les Anglois ont dans la
liturgie du mariage une expression qui m'a touché: _Je l'accepte_,
disent réciproquement la femme et le mari, _in health and in sickness,
for better and for worse; dans la santé comme dans la maladie, dans
ses meilleures circonstances, comme dans ses plus funestes_. La vertu,
si même il en faut pour partager l'infortune, quand on a partagé le
bonheur; la vertu n'exige alors qu'un dévouement tellement conforme à
une nature généreuse, qu'il lui seroit tout-à-fait impossible d'agir
autrement. Mais les Anglois, dont j'admire, sous presque tous les
rapports, les institutions civiles, religieuses et politiques, les
Anglois ont eu tort de n'admettre le divorce que pour cause
d'adultère: c'est rendre l'indépendance au vice, et n'enchaîner que la
vertu; c'est méconnaître les oppositions les plus fortes, celles qui
peuvent exister entre les caractères, les sentimens et les principes.
L'infidélité rompt le contrat, mais l'impossibilité de s'aimer
dépouille la vie du premier bonheur que lui avoit destiné la nature;
et quand cette impossibilité existe réellement, quand le temps, la
réflexion, la raison même de nos amis et de nos parens la confirment,
qui osera prononcer qu'un tel mariage est indissoluble? Une promesse
inconsidérée, dans un âge où les lois ne permettent pas même de
statuer sur le moindre des intérêts de fortune, décidera pour jamais
du sort d'un être dont les années ne reviendront plus, qui doit
mourir, et mourir sans avoir été aimé!
La religion catholique est la seule qui consacre l'indissolubilité du
mariage; mais c'est parce qu'il est dans l'esprit de cette religion
d'imposer la douleur à l'homme sous mille formes différentes, comme le
moyen le plus efficace pour son perfectionnement moral et religieux.
Depuis les macérations qu'on s'inflige à soi-même, jusques aux
supplices que l'inquisition ordonnoit dans les siècles barbares, tout
est souffrance et terreur dans les moyens employés par cette religion,
pour forcer les hommes à la vertu. La nature, guidée par la
Providence, suit une marche absolument opposée; elle conduit l'homme
vers tout ce qui est bon, comme vers tout ce qui est bien, par
l'attrait et le penchant le plus doux.
La religion protestante, beaucoup plus rapprochée du pur esprit de
l'Évangile que la religion catholique, ne se sert de la douleur ni
pour effrayer ni pour enchaîner les esprits. Il en résulte que dans
les pays protestans, en Angleterre, en Hollande, en Suisse, en
Amérique, les moeurs sont plus pures, les crimes moins atroces, les
lois plus humaines; tandis qu'en Espagne, en Italie, dans les pays où
le catholicisme est dans tonte sa force, les institutions politiques
et les moeurs privées se ressentent de l'erreur d'une religion qui
regarde la contrainte et la douleur comme le meilleur moyen
d'améliorer les hommes.
Ce n'est pas tout encore: comme cet empire de la souffrance répugne à
l'homme, il y échappe de mille manières. De là vient que la religion
catholique, si elle a quelques martyrs, fait un si grand nombre
d'incrédules; on s'avouoit athée ouvertement en France, avant la
révolution. Spinosa est italien: presque tous les systèmes du
matérialisme ont pris naissance dans les pays catholiques, tandis
qu'en Angleterre, en Amérique, dans tous les pays protestans enfin,
personne ne professe cette opinion malheureuse; l'athéisme, n'ayant
dans ces pays aucune superstition à combattre, ne paroîtroit que le
destructeur des plus douces espérances de la vie.
Les stoïciens, comme les catholiques, croyoient que le malheur rend
l'homme plus vertueux; mais leur système, purement philosophique,
étoit infiniment moins dangereux. Chaque homme, se l'appliquant à lui
seul, l'interprétoit à sa manière; il n'étoit point uni à ces
superstitions religieuses, qui n'ont ni bornes ni but. Il ne donnoit
point à un corps de prêtres un ascendant incalculable sur l'espèce
humaine; car l'imagination répugnant aux souffrances, elle est
d'autant plus subjuguée, quand une fois elle s'y résout, qu'il lui en
a coûté davantage; et l'on a bien plus de pouvoir sur les hommes que
l'on a déterminés à s'imposer eux-mêmes de cruelles peines, que sur
ceux qu'on a laissés dans leur bon sens naturel, en ne leur parlant
que raison et bonheur.
L'un des bienfaits de la morale évangélique, étoit d'adoucir les
principes rigoureux du stoïcisme; le christianisme inspire surtout la
bienfaisance et l'humanité; et par de singulières interprétations, il
se trouve qu'on en a fait un stoïcisme nouveau, qui soumet la pensée à
la volonté des prêtres, tandis que l'ancien rendoit indépendant de
tous les hommes; un stoïcisme qui fait votre coeur humble, tandis que
l'autre le rendoit fier; un stoïcisme qui vous détache des intérêts
publics, tandis que l'autre vous dévouoit à votre patrie; un stoïcisme
enfin qui se sert de la douleur pour enchaîner l'âme et la pensée,
taudis que l'autre du moins la consacroit à fortifier l'esprit, en
affranchissant la raison.
Si ces réflexions, que je pourrais étendre beaucoup plus, si votre
esprit, madame, ne savoit pas y suppléer; si ces réflexions, dis-je,
vous ont convaincue que celui qui veut conduire les hommes à la vertu
par la souffrance, méconnoit la bonté divine, et marche contre ses
voies, vous serez d'accord avec moi dans toutes les conséquences que
je veux en tirer.
Retracez-vous tous les devoirs que la vertu nous prescrit; notre
nature morale, je dirai plus, l'inpulsion de notre sang, tout ce qu'il
y a d'involontaire en nous, nous entraîne vers ces devoirs. Faut-il un
effort pour soigner nos parens, dont la seule voix retentit à tous les
souvenirs de notre vie? Si l'on pouvoit se représenter une nécessité
qui contraignît à les abandonner, c'est alors que l'âme seroit
condamnée aux supplices les plus douloureux! Faut-il un effort pour
protéger ses enfans? la nature a voulu que l'amour qu'ils inspirent
fût encore plus puissant que toutes les autres passions du coeur. Qu'y
auroit-il de plus cruel que d'être privé de ce devoir? parcourons
toutes les vertus, fierté, franchise, pitié, humanité; quel travail ne
faudroit-il pas faire sur son caractère, quel travail ne feroit-on pas
en vain, pour obtenir de soi, malgré la révolte de sa nature, une
bassesse, un mensonge, un acte de dureté? D'où vient donc ce sublime
accord entre notre être et nos devoirs? de la même Providence, qui
nous a attirés par une sensation douce vers tout ce qui est nécessaire
à notre conservation. Quoi! la Divinité qui a voulu que tout fût
facile et agréable pour le maintien de l'existence physique, auroit
mis notre nature morale en opposition avec la vertu! La récompense
nous en seroit promise dans un monde inconnu; mais pour celui dont la
réalité pèse sur nous, il faudroit réprimer sans cesse l'élan toujours
renaissant de l'âme vers le bonheur; il faudroit réprimer ce sentiment
doux en lui-même, quand il n'est pas injustement contrarié.
De quelles bizarreries les hommes n'ont-ils pas été capables? Le
Créateur les avoit préservés de la cruauté par la sympathie, le
fanatisme leur a fait braver cet instinct de l'âme, en leur persuadant
que celui qui en avoit doué leur nature leur commandoit de l'étouffer.
Un désir vif d'être heureux anime tous les hommes, des hypocrites ont
représenté ce désir comme la tentation du crime. Ils ont ainsi
blasphémé Dieu, car toute la création repose sur le besoin du bonheur.
Sans doute on pourroit abuser de cette idée comme de toutes les
autres, en la faisant sortir de ses limites. Il y a des circonstances
où les sacrifices sont nécessaires; ce sont toutes celles où le
bonheur des autres exige que vous vous immoliez vous-même à eux: mais
c'est toujours dans le but d'une plus grande somme de félicité pour
tous, que quelques-uns ont à souffrir; et le moyen de la nature, au
moral comme au physique, ce sont les jouissances de la vie.
Si ces principes sont vrais, peut-on croire que la Providence exige
des hommes de supporter la plus amère des douleurs, en les condamnant
à rester liés pour toujours à l'objet qui les rend profondément
infortunés? Ce supplice seroit-il ordonné par la bonté suprême? Et la
miséricorde divine l'exigeroit-elle pour expiation d'une erreur?
Dieu a dit: _Il ne convient pas que l'homme soit seul_; cette
intention bienfaisante ne seroit pas remplie, s'il n'existait aucun
moyen de se séparer de la femme insensible ou stupide, ou coupable,
qui n'entreroit jamais en partage de vos sentimens ni de vos pensées!
Qu'il est insensé, celui qui a osé prononcer qu'il existoit des liens
que le désespoir ne pouvoit pas rompre! La mort vient an secours des
souffrances physiques, quand on n'a plus la force de les supporter, et
les institutions sociales feroient de cette vie la prison d'Hugolin,
qui n'avoit point d'issue! Ses enfans y périrent avec lui; les enfans
aussi souffrent autant que leurs parens, quand ils sont renfermés avec
eux dans le cercle éternel de douleurs, que forme une union mal
assortie et indissoluble.
La plus grande objection que l'on fait contre le divorce, ne concerne
point la situation où se trouve M. de Mondoville, puisqu'il n'a point
d'enfans; je ne rappellerai donc point tout ce qu'on pourrait répondre
à cette difficulté. Néanmoins, je vous dirai que les moralistes qui
ont écrit contre le divorce, en s'appuyant de l'intérêt des enfans,
ont tout-à-fait oublié que si la possibilité du divorce est un bonheur
pour les hommes, elle est un bonheur aussi pour les enfans, qui seront
des hommes à leur tour. On considère les enfans en général comme s'ils
dévoient toujours rester tels; mais les enfans actuels sont des époux
futurs; et vous sacrifiez leur vie à leur enfance, en privant, à cause
d'eux, l'âge viril d'un droit qui peut-être un jour les auroit sauvés
du désespoir.
J'ai dû, m'adressant à un esprit de votre force, discuter l'opinion
qui vous intéresse sous un point de vue général; mais combien je suis
plus sûr encore d'avoir raison, en ne considérant que votre position
particulière! Léonce vouloit s'unir à vous; c'est par une supercherie
qu'il est l'époux de mademoiselle de Vernon; vous n'avez pu renoncer
l'un à l'autre, vous passez votre vie ensemble, Léonce n'aime que
vous, n'existe que pour vous; sa femme l'ignore peut-être encore, mais
elle ne peut tarder à le découvrir; votre généreuse conduite envers M.
de Valorbe, a été la première cause des abominables injustices dont
vous souffrez; mais il étoit impossible que, tôt ou tard, votre
attachement pour Léonce ne vous fît pas beaucoup de tort dans
l'opinion. Vous vivez, par un hasard que vous devez bénir, dans une de
ces époques rares où la puissance ne méprise pas les lumières; dans un
mois la loi du divorce sera décrétée, et Léonce, en devenant votre
époux, vous honorera par son amour, au lieu de vous perdre en s'y
livrant. Craindriez-vous la défaveur du monde? Vous avez vu ma femme
la supporter peut-être avec peine; mais je vous prédis que cette
défaveur ira chaque jour en décroissant; les moeurs deviendront plus
austères, le mariage sera plus respecté, et l'on sentira que tous ces
biens sont dus à la possibilité de trouver le bonheur dans le devoir.
Il est vrai que le divorce, paraissant à quelques personnes le
résultat d'une révolution qu'elles détestent, leur déplaît sous ce
rapport beaucoup plus que sous tous les autres; et comme les haines
politiques se dirigent plutôt contre un homme que contre une femme, il
se peut que Léonce soit blâmé plus vivement que vous, en adoptant une
résolution que l'esprit de parti réprouveroit. Mais s'il faut une
sorte de raison hardie dans les femmes, pour se déterminer à devenir
l'objet des jugemens du public, il ne doit rien en coûter à un homme
sensible, pour assurer la gloire et la félicité de celle que son amour
a pu compromettre.
Je sais que M. de Mondoville a été élevé dans un pays où l'on tient
beaucoup à toutes les idées, comme à tous les usages antiques; mais il
est trop éclairé pour ne pas sentir que les illusions qui inspiroient
autrefois de grandes vertus, n'ont pas assez de puissance maintenant
pour les faire renaître. Ces souvenirs chancelans ne peuvent nous
servir d'appui, et il faut fonder les vertus civiles et politiques sur
des principes plus d'accord avec les lumières et la raison. Enfin, je
n'en doute pas, il vous suffira d'apprendre à M. de Mondoville que le
divorce devient possible, pour qu'il saisisse avec transport un tel
espoir de bonheur; il seroit indigne de lui de sacrifier votre
réputation à son amour, et de ne ménager que la sienne! il seroit
indigne de lui, de s'affranchir comme il le fait du joug de son
mariage, et de n'avoir pas la volonté de le briser légalement!
Voudroit-il reconnoître que sa passion pour vous est plus forte que
ses devoirs, mais qu'elle céderoit aux frivoles censures de la
société? Je m'arrête; une telle supposition est impossible.
J'ai toujours pensé qu'un homme ne peut répondre, ni de son bonheur,
ni de celui de la femme qu'il aime, s'il ne sait pas dédaigner
l'opinion ou la subjuguer. M. de Mondoville est, de tous les
caractères, le plus fort, le plus ardent, le plus énergique; se
pourroit-il qu'il fût dépendant des jugemens des autres, tandis qu'il
semble plus fait que personne pour dominer tous les esprits? non, je
ne puis le croire, et c'est de vous seule que dépendra sans, doute la
décision de votre sort.
Vous inspirez, madame, un intérêt si tendre et si profond, vous vous
êtes conduite pour ma femme et pour moi avec une générosité si
parfaite, que je donnerais beaucoup de mes années pour vous inspirer
le courage d'être heureuse. Le ciel, l'amour, l'amitié, toutes les
puissances généreuses seconderont, je l'espère, les voeux que je fais
pour vous.