LYCÉNION.--Oh! nous resterons amis, de loin.
DAPHNIS.--Amis de faïence. Soyez certaine que je ne dirai jamais de mal
de vous.
LYCÉNION.--Vous êtes trop bon. Si, de mon côté, il m'arrive de vous
noircir, ce sera par politique et pour les besoins de ma cause. Me
rendez-vous mon portrait?
DAPHNIS.--Je le garde.
LYCÉNION.--Il vaudrait mieux me le laisser ou le déchirer que de le
jeter au fond d'une malle.
DAPHNIS.--Je tiens à le garder, et je dirai: C'est un portrait d'actrice
qui était très bien dans une pièce que j'ai vue.
LYCÉNION.--Et mes lettres?
DAPHNIS.--Vos lettres froides de cliente à fournisseur, je les garde
aussi. Elles me défendront si on me soupçonne.
X
DAPHNIS.--Je me vois descendant les marches de l'église avec la petite
en blanc. Et je pense--faut-il vous le dire?--je pense à des histoires
de vitriol.
LYCÉNION.--Ah! vous me sondez! Eh bien, mon ami, changez vos idées au
plus tôt: elles vous donnent l'air niais. Est-ce assez vilain, un homme
qui a peur? Car vous avez peur, et vous vous tiendrez sur la défensive,
le coude levé en parapluie. Ce sera drôle à divertir un saint dans sa
niche. Vous mériteriez...--mais je craindrais de tacher ma robe.
LYCÉNION.--Je m'en vais.
DAPHNIS.--Oui, je sais, vous vous en allez--tout à l'heure.