_À Édouard Dubus._
La neige (existe-t-il un pays où la neige est noire?) tombe et suggère
des comparaisons fades.
Dans la rue, un gamin pétrit une boule, la pose sur une couche unie,
sans ornière ou marque de pas, et la pousse prudemment. Elle roule et
s'enveloppe à chaque tour comme d'une feuille de ouate. Bien que
«gobes», les mains suffisent d'abord à la conduire par les sentiers
blancs. Puis il y faut mettre le pied, les genoux, les épaules, toutes
les forces.
Souvent la boule résiste, entêtée, s'écorne, se fendille. Enfin elle
s'immobilise.
Le gamin, petit pâtissier en gros, dédaigneux de fignoler son travail,
n'ayant plus rien à faire, disparaît.
Aussitôt, le soleil maladif et pâle, las de toujours monter sans jamais
bouger de place, suce lentement, jusqu'à l'heure du coucher, lèche
doucement l'informe gâteau de neige, comme une personne patraque
grignote un morceau de sucre, du bout des dents, à petites reprises.