«Monsieur, je vous avais confié au mois de mai de l'année dernière,
pour trois ou quatre mois, mon tableau de la _Liberté de 1830._[393]
J'avais résisté, à plusieurs reprises, à vos offres, préférant renoncer
à ce qu'elles présentaient d'avantageux aux inconvénients nombreux
d'un déplacement pour un ouvrage déjà ancien et nécessitant une foule
d'opérations toujours dangereuses, telles que clouer et déclouer
plusieurs fois la toile, la rouler, l'emballer, la transporter,
etc.... J'ai cédé, avec le désir de vous obliger personnellement, et
pressé également par le consentement de M. Ch. Blanc [394], votre ami;
vous deviez, dans la quinzaine qui a suivi la remise du tableau, me
compter une somme de mille francs, _quel que fût le résultat de votre
entreprise._ Vous ne vous êtes pas acquitté de cet engagement. Dans
l'entrevue que j'ai eue avec vous, environ un mois après, vous m'avez
assuré que cette somme allait m'être comptée, et cependant cette
nouvelle promesse est restée sans effet. J'ai attribué à la difficulté
du moment le retard que j'éprouvais, mais j'attendais au moins que vous
me tiendriez au courant de ce que vous comptiez faire à cet égard. Je
n'ai reçu de vous aucune nouvelle, ni en ce qui concerne l'engagement
que vous aviez contracté relativement à la somme promise, ni même au
sujet du sort du tableau dont je n'avais entendu, en aucune manière, me
priver pendant un si long espace de temps. Huit mois se sont écoulés,
et je suis sur tous ces points dans la même ignorance.
«Je désire donc, Monsieur, que vous ayez l'obligeance de me renvoyer
au plus tôt le tableau dont j'ai appris indirectement que vous n'avez
pas tiré parti comme vous le pensiez. J'ose attendre de vous que vous
fassiez prendre tous les soins nécessaires, pour qu'il soit emballé
et expédié avec toutes les précautions convenables. Je vous avais
prié de faire consolider la caisse pour le retour; elle en a le plus
grand besoin, la route devant être plus longue et plus difficile dans
cette saison. Comme vous êtes à Lyon, à ce que je crois, vous pourrez
surveiller les précautions que je vous demande, car je vous avoue aussi
qu'après la promesse que vous m'aviez faite également au mois de mai
de suivre le tableau à son départ, et d'assister, de votre personne,
à sa mise en état pour l'Exposition, j'avais été fort désappointé que
cette opération n'ait pas été faite comme vous me l'aviez assuré,
c'est-à-dire en votre présence.
«Veuillez, Monsieur, m'écrire un mot à ce sujet. Vous voudriez bien
adresser le tableau directement à M. le directeur du Musée du Louvre;
cela évitera de le retendre, détendre et retendre plusieurs fois.
«J'espère donc, dans cette circonstance, dans l'obligeance que
je réclame de vous, et vous prie de recevoir l'assurance de ma
considération.»
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14 _janvier._--Rendez-vous au Palais-Royal à midi, avec la commission,
pour visiter les lieux pour l'Exposition. ...Dévastation dégoûtante,
galeries transformées en magasin d'équipement. Caisse d'escompte
établie avec bureaux, etc. Club avec tribune,... l'odeur de la pipe
et de la caserne, etc. Ensuite aux Tuileries pour le même objet: le
même spectacle affligeant, à cela près que le palais ne contient plus
d'hôtes du genre de ceux que nous avions trouvés au Palais-Royal;
mais partout les traces de la dégradation, de la puanteur. Le lit de
l'ex-Roi porte encore les matelas et les couvertures qui lui ont
servi, ainsi qu'à la Reine. Dans le théâtre, était un monceau de débris
de meubles brisés, d'écrins forcés, d'armoires enfoncées, et partout
les portraits mis en pièces, à l'exception toutefois de ceux du prince
de Joinville; d'où vient cette préférence? Il est difficile de s'en
rendre compte.
Je devais, en sortant, aller chez J...; j'étais trop fatigué et suis
rentré chez moi.
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