31 _janvier._--Travaillé aux _Femmes d'Alger._

--Le soir, chez J... Elle a vu Vieillard [250]; il est toujours

inconsolable.

Elle me donne un article de Gautier, sur le Luxembourg, qui est

par-dessus les toits.

[227] _Alphonse-Henri de Gisors_, architecte, né en 1796, mort en 1866,

élève de Percier. Il a exécuté notamment le remaniement du palais et du

jardin du Luxembourg.

[228] _Alphonse Masson_, graveur. On lui doit plusieurs portraits

de Delacroix. Ce fut lui qui fut chargé par le maître de graver à

l'eau-forte le _Massacre de Scio._ Il a gravé aussi un _Lion._ (Voir

_Catalogue Robaut_, n° 985.)

[229] _Adolphe-Pierre Leleux_, peintre de genre, né à Paris en 1812:

il fit de la peinture sans autre guide que lui-même. Il commença par

faire de la gravure, de la lithographie et des vignettes, pressé qu'il

était par le besoin; puis, après plusieurs années de luttes, exposa au

Salon de 1835 _Un voyageur_, aquarelle qui fut remarquée. Il voyagea en

Bretagne, d'où il rapporta des études de nature et de mœurs; puis

dans les Pyrénées aragonaises. Les événements de 1848 jetèrent Leleux

dans une voie nouvelle: il donna le _Mot d'ordre_, scène de juin 1848;

la _Sortie_, autre scène de Juin; _Une patrouille de nuit à cheval_,

scène de Février. Certains critiques ont voulu faire de lui un des

chefs de l'École réaliste en peinture, à cause de son exactitude à

reproduire la nature.

[230] _Alexandre Vimont_, peintre, qui exposa aux Salons de 1846, de

1850 et de 1861.

[231] _Mort de Valentin_, toile datée de 1847. Salon de 1848,

Exposition universelle de 1855. Vente Collot, 1852, 4,750 francs, à Mme

M. Cottier, qui en a légué la nue propriété au Musée du Louvre. (Voir

_Catalogue Robaut_, n° 1008.)

[232] Sans doute _Agnès de Méranie_, qui fut représentée à l'Odéon en

décembre 1846, et dont le succès ne répondit pas aux espérances fondées

sur l'auteur de _Lucrèce._

[233] «Je travaille maintenant à mon petit _Christ au jardin des

Oliviers_, que je fais au pastel et que je prierai Mme Roché d'accepter

en souvenir de ses bontés.» (_Corresp._, t.I, p. 329.) Voir _Catalogue

Robaut_, n° 178 et 999.

[234] _Georges Duval_, vaudevilliste français et auteur de plusieurs

ouvrages sur la Révolution.

[235] _Robert Bruce_, opéra en trois actes, de Rossini, représenté à

l'Opéra pour la première fois le 30 décembre 1846.

[236] _Mme Cavé_, artiste, née à Paris vers 1810; elle étudia

l'aquarelle avec _Camille Roqueplan_, et exposa aux Salons de 1835

et 1836. Elle avait épousé le peintre _Clément Boulanger_, sous la

direction duquel elle aborda la peinture de genre. Veuve en 1842, elle

épousa, quelques années après, _François Cavé_, qui fut chef de la

division des Beaux-Arts. En dehors des Salons, elle se fit connaître

par une _Méthode de dessin sans maître_, qui parut en 1853, et qui

eut l'honneur de fixer l'attention de Delacroix. Le peintre fit sur

cette méthode un rapport qui fut publié par le _Moniteur officiel_ et

reproduit par les journaux d'Art. Il écrivait à ce propos en 1861:

«Je suis persuadé que la simplicité de cette méthode porterait la

conviction dans tous les esprits, abrégerait beaucoup nos travaux et

amènerait une décision plus prompte.» Les écrits de Mme Cavé l'avaient

assez frappé pour qu'à plusieurs reprises dans son Journal, on trouve

des réflexions sur la technique de la peinture qui lui avaient été

suggérées par elle. «Voilà la première méthode de dessin qui enseigne

quelque chose»: tel était le début de l'article de Delacroix sur Mme

Cavé.

[237] Au moment où une chapelle de Saint-Sulpice fut donnée à Delacroix

pour la décorer, on parlait encore de lui confier le mur du transept de

l'église. Ce projet fut abandonné, et la chapelle des Anges livrée à

Delacroix, qui commença son travail en 1859 et ne le termina qu'en 1861.

[238] _Soutman_, peintre et graveur hollandais, né en 1580, mort en

1653, élève de Rubens.

[239] Amateur dont la vente eut lieu le 7 décembre 1871.

[240] Marchand de tableaux et de couleurs.

[241] _Laurent Jan_ était un des journalistes les plus spirituels de

cette époque.

[242] Il s'agit ici d'une variante du tableau: _Femmes d'Alger_, qui

fut exposé au Salon de 1834 et qui appartient au Musée du Louvre. Le

tableau dont il est question ici, et qui est mentionné au catalogue

Robaut sous le titre: _Femmes d'Alger dans leur intérieur_, fut envoyé

par Delacroix au Salon de 1849. La disposition des bras de la négresse

n'est pas tout à fait la même que dans le tableau du Louvre. Il fait

maintenant partie de la galerie Broyas au Musée de Montpellier.

[243] _Manuel Garcia_, musicien français, fils du célèbre chanteur

_Manuel Garcia._ Formé par son père à l'enseignement du chant, il

s'y consacra lui-même exclusivement, et fut attaché vers 1835 au

Conservatoire de Paris. Ses sœurs, _Marie_ et _Pauline Garcia_, se

sont toutes deux rendues célèbres comme cantatrices, la première (morte

en 1836 à Bruxelles) sous le nom de _Mme Malibran_, la seconde sous le

nom de _Mme Viardot._

[244] _Giuseppe Naldi_, chanteur italien, né en 1765, mort en 1820 à

Paris. Après de grands succès en Angleterre, il débuta en 1819 sur la

scène des Italiens, a Paris; mais l'année suivante un terrible accident

vint mettre fin à sa carrière. Une marmite de récente invention, et

dont la soupape avait été trop fortement fixée, éclata en morceaux dans

une expérience, et Naldi, atteint par les débris, fut tué net.

Sa fille et son élève, Mlle Naldi, avait débuté également en 1819 au

théâtre Italien et partagé la vogue de la Pasta. Elle quitta la scène

en 1823 pour épouser le comte de Sparre, et depuis cette époque elle ne

s'est plus fait entendre que dans les salons.

[245] Voir _Catalogue Robaut_, n° 468.

[246] Delacroix avait connu la _comtesse Marliani_ chez George Sand.

Son mari, le comte Marliani, compositeur et professeur de chant, fit

représenter au théâtre Italien plusieurs opéras, notamment le _Bravo._

[247] _Anselme Petetin_, administrateur et publiciste. Il fut

successivement préfet et directeur de l'Imprimerie nationale.

[248] _Edmond Hédouin_, peintre et graveur, élève de Célestin Nanteuil

et de Paul Delaroche. Il s'est surtout consacré au paysage et aux

sujets de genre. Il fut chargé d'exécuter les peintures décoratives

dans la galerie des fêtes au Palais-Royal.

[249] Voir le _Catalogue Robaut_, n° 170.

[250] _Louis Müller_, peintre, né en 1815, élève de Gros et de Coignet.

Il remplaça Hippolyte Flandrin à l'Institut en 1864.

* * * * *

2 _février._--Le matin chez Müller.--Chez Gaultron [251].--Dupré et

Rousseau venus dans la journée; ils m'ont répété beaucoup d'arguments

en faveur de la fameuse société; mais j'avais pris mon parti, et leur

ai déclaré ma complète aversion pour le projet.

Que faire après une journée, ou plutôt une matinée pareille? La sortie

le matin et puis la venue de ces deux parleurs, au moment où j'eusse pu

retrouver quelque disposition au travail, m'ont complètement abattu

jusqu'au soir.

* * * * *

3 _février._--Müller [252] m'a rendu ma visite prestement; l'aplomb de

ce jeune coq est remarquable. J'avais critiqué certaines parties de

ses tableaux avec une réserve extrême; je ne puis m'empêcher en général

de le faire, et je n'aime pas à affliger. Chez moi, il m'a paru tout à

son aise: «Ceci est bien, ceci me déplaît.» Telles étaient les formes

de son discours.

Hédouin est furieux. Il m'a parlé de l'extrême confiance en lui-même

de Couture [253]. C'est assez le cachet de cette école, dans laquelle

Müller se confond; l'autre cachet, c'est cet éternel blanc partout et

cette lumière, qui semble faite avec de la farine.

J'ai effacé, sur ce que m'ont dit ces messieurs, la fenêtre du fond des

_Marocains endormis._[254]

--Henry m'apprend l'accouchement de sa sœur Claire.

--Travaillé aux _Arabes en course_: l'obscurité me force d'y renoncer.

Je commence alors à ébaucher le _Christ au tombeau_ (toile de 100), le

ciel seulement. [255]

Rivet [256] est arrivé à quatre heures. J'ai été heureux de le voir, et

sa prévenance m'a charmé. Nous avons été bientôt comme autrefois. Je le

trouve changé, et ce changement m'afflige. Il est très satisfait de mon

article sur Prud'hon [257].

Resté le soir chez moi. Situation d'esprit mélancolique, si je puis

dire, et point triste. Les diverses personnes que j'ai vues aujourd'hui

ont causé sans doute cet état.

J'ai fait d'amères réflexions sur la profession d'artiste; cet

isolement, ce sacrifice de presque tous les sentiments qui animent le

commun des hommes.

* * * * *

4 _février._--Au moment de partir pour la Chambre des députés, M.

Clément de Ris [258] est venu: aimable jeune homme. Laurent Jan est

survenu; j'ai frémi en le voyant ramasser le gant aussitôt, sur

quelques mots de l'interlocuteur qui, heureusement, est parti peu

après. Laurent n'est pas resté non plus.

Arrivé à la Chambre à onze heures et demie. Vu, en arrivant, les

voussures de Vernet [259]; il y a un volume à écrire sur l'affreuse

décadence que cet ouvrage montre dans l'art du dix-neuvième siècle. Je

ne parle pas seulement du mauvais goût et de la mesquine exécution des

figures coloriées, mais les grisailles et ornements sont déplorables.

Dans le dernier village, et du temps de Vanloo, elles eussent encore

paru détestables.

J'ai revu avec plaisir mon hémicycle [260]; j'ai vu tout de suite ce

qu'il fallait pour rétablir l'effet; le seul changement de la draperie

de l'Orphée a donné de la vigueur au tout.

Quel dommage que l'expérience arrive tout juste à l'âge où les forces

s'en vont! C'est une cruelle dérision de la nature que ce don du

talent, qui n'arrive jamais qu'à force de temps et d'études qui usent

la vigueur nécessaire à l'exécution.

--J'ai observé dans l'omnibus, à mon retour, l'effet de la demi-teinte

dans les chevaux, comme les bais, les noirs, enfin à peau luisante:

il faut les masser, comme le reste, avec un ton local, qui tient le

milieu entre le luisant et le ton chaud coloré; sur cette préparation

il suffit d'un glacis chaud et transparent pour le changement de plan

de la partie ombrée ou reflétée, et sur les sommités de ce même ton de

demi-teinte, les luisants se marquent avec des tons clairs et froids.

Dans le cheval bai, cela est très remarquable.

* * * * *

5 _février._--J'ai passé toute la journée à me reposer et à lire dans

ma chambre. Commencé _Monte-Cristo_: c'est fort amusant, sauf cependant

les immenses dialogues qui remplissent les pages; mais, quand on a lu

cela, on n'a rien lu...

Après dîner, chez Pierret, où j'ai trouvé le jeune Soulié [261].

Pierret est toujours malade de son point de côté. Ensuite chez Alberthe

[262]; sa fille est alitée.

--Voici des titres d'ouvrages à avoir, que j'ai pris chez elle:

_Moyen infaillible de conserver sa vue en bon état, jusqu'à une extrême

vieillesse_, traduit de l'allemand de M. G.-J. Beer, docteur en

médecine de l'Université de Vienne.

Journal de Eugène Delacroix, Tome 1 (de 3) 1823-1850 · 第 40 / 86 题