Il l'enleva dans ses bras pour l'installer devant le siège du pilote.
Il la tint un moment serrée étroitement contre sa poitrine. Puis il la
déposa doucement sur le siège de bois, l'enveloppa dans son manteau de
fourrure, boucla la ceinture et les courroies. Elle le regardait avec
des yeux souriants où il y avait de la joie...
Il lui adressa quelques recommandations brèves, lui fit mettre ses
lunettes d'automobile. Il grimpa lestement dans le fuselage et s'assit.
La petite Phyl se retourna pour le regarder. Il lui tendit la main et
leurs doigts, un moment, s'entrelacèrent.
...Quand, après quelques mètres de course rapide sur l'herbe rase du
pré, la petite Phyl a vu le sol s'enfoncer à l'avant de l'appareil,
elle a compris que l'oiseau prenait son vol et un subtil frisson l'a
saisie... Puis, peu à peu, une paix confiante s'est faite en elle...
...Le monoplan volait à deux cents mètres au-dessus de la mer. La
petite Phyl ne voit plus rien que le ciel et la mer... La mer est si
vaste et si déserte qu'elle songe à la création du monde, aux temps
mornes où Dieu n'avait pas encore séparé la terre d'avec les eaux... La
petite princesse peut se croire au bord de l'infini...
Un moment, tout était si calme que, n'ayant à faire agir aucune
commande, les grandes mains protectrices de Guillaume se sont posées
sur les épaules de Phyllis... Phyllis a incliné la tête vers elles, et
elle a appuyé sa bouche...
Ce fut un instant de douceur infinie...
...L'oiseau vole, plus rapide. Il monte, monte...
Soudain, la voix de Kerjean crie:
-- La Terre!
Et Phyllis a l'impression qu'il a crié: "La vie"!
Alors son coeur se fond et la petite Phyl se met à pleurer, parce
qu'elle est heureuse... Après tout, les rêves de la princesse ont
peut-être annoncé la vérité...