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_Frithiof_, poème d'Isaïe Tegner, traduit du suédois par MM. M. Desprez

et F. R. 1 vol. in-18.--Paris, 1844. _Challamel_. 3 fr. 50.

Le poème de _Frithiof_ jouit en Suède d'une grande célébrité: en peu

d'années il est devenu populaire, et le temps n'a fait que consolider ce

succès. En le traduisant en français, MM. Desprez et F. R. ont d'abord

voulu mettre leurs compatriotes «en état de juger par eux-mêmes, dans

une de ses meilleures productions, cette poésie du Nord que très-peu

connaissent, que les autres ignorent ou qu'ils n'ont étudiée que sur le

témoignage des savants.» Mais ils ont vu aussi dans leur publication des

intérêts plus généraux: un intérêt de système littéraire et un intérêt

politique. L'étude de ce chef-d'oeuvre littéraire de l'un des principaux

écrivains de l'école romantique prouve, dans leur opinion, que le

romantisme est, sous beaucoup de rapports, un système primitif, et qu'il

ne convient ni à un âge de philosophie tel que le nôtre, ni à un peuple

actif comme nous le sommes et comme tout peuple doit l'être; d'autre

part, les poésies de Tegner leur paraissent pouvoir être considérées,

sous le point de vue politique, comme l'expression même des vraies

dispositions politiques du peuple suédois. S'il chante les anciennes

franchises, les vieilles assemblées des hommes du Nord, l'indépendance

des anciens paysans suédois, les limites du pouvoir royal, la

toute-puissance du mérite personnel, il n'en est pas moins partisan des

institutions monarchiques. Toutes les fois qu'il en trouve l'occasion,

il vante le pouvoir d'un seul, la gloire des rois, la force de la

royauté. «Ici encore, disent les traducteurs de _Frithiof_ éveille un

puissant écho dans les sentiments de la nation; il n'y a point de pays

où l'on manifeste, avec un plus ardent désir de reforme, un penchant

plus prononcé pour le pouvoir royal, un respect plus religieux pour les

traditions. Les Suédois offrent le rare spectacle d'un peuple qui veut

arriver à la liberté à l'aide des lois existantes, et qui ne pense point

que l'égalité dans la société implique la république dans le

gouvernement. Ils ne demandent que le développement de leurs

institutions primitives, et la régénération de cet esprit de justice qui

se trouve àl'origine historique de toutes les nations, mais qui s'est

mieux conservé chez eux que chez tous les autres peuples de l'Europe.

L'Illustration, No. 0058, 6 Avril 1844 · 第 8 / 16 题