CHAPEAUX FAITS AVEC LE DUVET DES CHÈVRES DU CACHEMIRE.

_Rapport fait_ par M. de LASTEYRIE, _au nom du comité des arts

économiques, sur le duvet de chèvres des Hautes-Alpes._

M. Serres, sous-préfet à Embrun, département des Hautes-Alpes, a

adressé à la société d'encouragement un chapeau, deux échantillons

148 de feutre, et un petit échantillon de tricot, le tout fabriqué avec

le duvet de chèvres indigènes.

Le chapeau est parfaitement confectionné, le feutrage en est égal,

solide, ferme et élastique: la teinture est d'un beau noir et

paraît être solide, mais elle n'a pas le brillant que l'on trouve

dans les chapeaux de poil de lapin. Le chapelier de Lyon qui l'a

fabriqué croit que la teinture détruit le moelleux et le brillant

du poil. On voit, en effet, pour les deux échantillons de feutre

pris sur le même morceau, que celui qui a passé à la teinture est

dur et raide, tandis que celui qui n'a pas subi cette opération est

beaucoup plus souple et plus moelleux. Ce genre de chapeau manque

aussi du beau brillant que donne le poil de castor ou celui de

lapin, mais il serait facile d'obtenir cette qualité, par le

mélange de l'un de ces poils avec le duvet de chèvre. Il est encore

à remarquer qu'à dimensions égales, le poids d'un chapeau de duvet

de chèvres est moindre d'un huitième, comparé à celui d'un chapeau

fait avec du poil de lièvre. Au reste, il parait que l'emploi du

duvet de chèvre dans la chapellerie est connue depuis long-temps

sous le nom de Chevron d'Abyssinie; il a été reconnu qu'il fortifie

beaucoup le feutre.

Il résulte de tous ces faits qu'on peut fabriquer d'excellens

chapeaux avec le duvet de nos chèvres indigènes, et tout porte à

croire qu'ils auront autant de solidité et de durée que les

chapeaux ordinaires. Le prix de fabrication est à peu près le même.

La matière qui entre dans celui qui vous a été envoyé

est estimée par le chapelier de Lyon à 6 fr. 90 c.

Le feutrage à 3 30

La teinture, apprêt et garniture, à 5 »

Total 15 fr. 20 c.

En évaluant les bénéfices de fabrication à environ un quart, on

aura des chapeaux qui reviendront à 20 ou 21 fr.

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M. Serres a aussi envoyé un petit échantillon de tricot, dont la

finesse, le soyeux et surtout la mollesse, sont très

recommandables. C'est encore un genre d'industrie qui mérite

l'attention des fabricans, et qui peut s'appliquer aux autres

parties de la bonneterie; enfin l'expérience lui a appris que l'on

peut, en avisant les races indigènes avec les chèvres d'Asie,

obtenir des produits aussi fins et aussi abondans que ceux qu'on

retire de ces dernières.

Nous pensons que la société d'encouragement doit remercier M. le

sous-préfet d'Embrun, pour le zèle actif qu'il a montré en

cherchant à donner une nouvelle impulsion à notre industrie, et le

prier de vous faire connaître, ainsi qu'il le propose, la méthode

qu'il emploie pour extraire le duvet des chèvres.

Signé DE LASTEYRIE, rapporteur. Adopté en séance, le 9 mai 1822.

_Façon de fabriquer les chapeaux de poil de loutre, par_ M.

TROUSIER.

Pour préparer les peaux, on commence par faire arracher le jarre de

dessus la peau; c'est un poil commun qui n'est bon à rien, ensuite

on frotte la peau avec de l'eau-forte apprêtée avec du mercure; on

la prépare en mêlant, pour une douzaine de peaux, trois onces de

mercure par livre d'eau-forte: on le fait digérer au bain-marie

pendant six heures. Ensuite on met trois livres d'eau de rivière

par chaque livre d'eau-forte apprêtée, et on en frotte ladite peau.

On la laisse pendant quarante-huit heures avant de la mettre sécher

aux étuves, on a soin de la couvrir avec une toile sur laquelle on

met quelque chose de pesant, pour qu'elle soit bien imbibée, et que

le secret ne s'évapore point.

On met la peau dans une cave pour qu'elle se ramollisse et qu'on

puisse en couper le poil.

150

Le poil étant coupé, on met trois onces de ce poil de loutre

sécrété, et deux onces de poil veule naturel, une demi-once de

castor sécrété, et une demi-once de vigogne fine rouge; on carde le

tout ensemble, ce qui fait six onces d'étoffe pour faire un

chapeau.

On partage les six onces d'étoffe en quatre parties égales que l'on

arçonne l'une après l'autre; les quatre capades étant faites, il

reste environ une demi-once d'étoffe qui sert à ce que l'on appelle

travers, qui se met en deux parties pour former le lien du chapeau;

il faut que l'arçonnage donne une étoffe très unie pour en former

les quatre capades, et qu'il n'y ait pas quatre poils ensemble,

attendu que cela ferait un défaut dans le chapeau.

On commence par prendre deux capades, entre lesquelles on met du

papier pour qu'il n'y ait que la tête et les côtés qui tiennent

ensemble.

Cet assemblage se fait dans une toile qu'on appelle feutrière, dans

laquelle on commence à faire feutrer; ensuite on développe la

feutrière, ce qui fait le commencement du chapeau.

On y ajoute le travers pour donner de la force; après cela on

arrose avec un goupillon sur le travers; on pose ces deux dernières

capades, et on enveloppe le tout dans la feutrière pour que le tout

se trouve feutré ensemble.

On prend ledit chapeau, on le trempe dans un seau d'eau froide,

attendu que l'eau chaude le ferait feutrer trop vivement, et on le

met à la foule, on verse dans une chaudière trois seaux d'eau dans

laquelle on met un demi-seau de lie de vin pressée; on fait

bouillir cette eau, dans laquelle on foule le chapeau environ

quatre heures.

Par intervalle il faut avoir le soin de retourner le chapeau pour

l'épuiseter et le frotter avec une brosse, et lorsque le chapeau a

assez de travail, on le dresse sur une forme à l'ordinaire, sur

laquelle on le fait sécher.

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_Composition d'une seconde qualité de chapeaux._

Deux onces et demie de castor sécrété, une demi-once de loutre

sécrétée, deux onces et demie de loutre veule, une demi-once de

vigogne fine.

Les chapeaux de trois quarts castor sont composés de trois onces de

lièvre sécrété, une demi-once castor sécrété, une demi-once de

vigogne fine.

Pour la dorure, une once et demie de castor veule.

_Mélange des demi-castors._

Deux onces et demie de lièvre sécrété, une once et demie de lapin

veule, une once de lapin sécrété, deux gros de vigogne fine.

Pour la dorure, une once de castor veule.

Pour sécréter le castor, le lièvre et le lapin, je mets deux livres

d'eau de rivière et une livre d'eau forte apprêtée avec la même

quantité de mercure, comme j'ai marqué ci-dessus.

Ma nouvelle façon de fabriquer mes chapeaux castor, trois quarts

castor, demi-castor et autres, donne beaucoup plus de solidité et

de finesse aux chapeaux, parce que je mets ma dorure entre mes

capades en baissant mon chapeau, et par ce moyen le castor se

trouve bien incorporé et bien pénétré, et que la ponce ni la robe

ne peuvent point l'endommager; cela fait que le castor paraît

dessus et dessous également; que les chapeaux sont aussi beaux,

après les avoir repassés et retournés, qu'étant neufs, et ne sont

point sujets à prendre l'eau, ce qui est une chose essentielle pour

le public. La différence est, que tous les fabricans de chapeaux ne

mettent leurs dorures que quand le chapeau est avancé de travail à

la foule; par ce moyen la dorure ne reste que d'un côté, et ne peut

152 pas pénétrer dans le chapeau, ce qui fait que la dorure se trouve à

moitié coupée par la ponce et emportée par la robe, et, quand on

retourne le chapeau, il se trouve beaucoup plus commun et de bien

moins d'usage.

_Méthode de fabriquer des chapeaux mêlés de soie_; par M. MIRAGLIO

de Paris.

_Manipulation._

On prend le cocon de semence qui n'a pas été étouffé dans le four,

et on le carde, ce qui produit un poil que l'on coupe au sortir de

la carde sans aucun autre apprêt, de la longueur de dix-huit

lignes; on mélange deux onces quatre gros de ce poil ainsi coupé,

avec une once six gros de lapin sécrété, six gros de plume de

lièvre sans secret, et six gros de roux de lièvre; on carde le tout

ensemble; on arçonne; on réunit le poil en la forme de chapeau de

la grandeur que l'on désire; on serre le chapeau à l'arçon, et on

le foule à la manière ordinaire.

Le chapeau fabriqué passe à la teinture, où il prend un beau noir;

enfin on lui fait subir l'apprêt ordinaire, qui se fait avec

beaucoup plus de succès.

Par ce procédé, on obtient un chapeau beaucoup plus léger, plus

beau, très moelleux, plus durable et moins sujet à prendre l'eau. A

la vérité, on est obligé de mélanger, soit avec du poil de castor,

de lièvre ou de tout autre animal, mais par moitié seulement.

Le poil de cocon se manipule très bien avec le poil des animaux, il

a même l'avantage de donner plus de force et plus de lustre. Comme

il est beaucoup plus long, on est dispensé de le passer au

sécrétage du mercure et de l'eau-forte; opération pernicieuse pour

les ouvriers.

M. Robiquet, dans son excellent article du Dictionnaire

technologique, sur l'art du chapelier, avait annoncé que M.

Guichardière était parvenu à faire un feutre excessivement léger et

153 fin, avec le poil de la loutre marine. Ce fabricant lui a écrit

depuis pour lui dire qu'il avait commis une erreur, et qu'il avait

seulement recouvert les chapeaux avec ce poil, ce qui est

différent. M. Robiquet croit être certain de ne pas s'être trompé.

En preuve, il cite le passage du Mémoire de M. Guichardière, inséré

dans les Annales de l'industrie, pour 1824, dans lequel il annonce

ce fait en ces termes: _Qu'il était parvenu à feutrer des poils

d'ours marin_, etc. S'il a voulu répudier sa découverte, M.

Trousier a bien fait de s'en emparer et de la porter plus loin.

Enfin, M. Lousteau a obtenu un brevet de perfectionnement de cinq

ans, pour des chapeaux composés d'une matière filamenteuse

quelconque, revêtue d'un apprêt de gomme et de colle-forte, et

recouverte d'un tissu imitant le castor, sur lequel est appliqué un

enduit composé d'huile de lin, de céruse et de litharge.

FABRICATION DE CHAPEAUX D'HOMMES ET DE FEMMES, EN PLUMES DE

VOLAILLES; PAR M. MASNIAC. (Par brevet d'invention du 14 août 1824)

_Description du procédé._

On prend un petit anneau, dans lequel on passe quelques plumes, que

l'on serre entre deux fils à l'aide d'un noeud qui ne peut se

desserrer. On commence par huit ou dix fils attachés à un petit

morceau de cuir rond; on les double à proportion que l'ouvrage

grandit: ce cuir tourne verticalement devant l'ouvrier pour faire

le fond et le bord, et se meut horizontalement pour former le corps

du chapeau; on place des plumes à chaque noeud, qui doit serrer les

tuyaux.

On obtient, de cette manière, des chapeaux plus chauds que ceux

dont on se sert ordinairement, qui ne pèsent que quatre onces et

qui, outre l'avantage d'être imperméables, ont encore celui de ne

154 pas se déformer, de ne pas perdre leur lustre, et de durer bien

plus long-temps que les autres.

_Premier brevet de perfectionnement et d'addition pour le mécanisme

suivant, propre à la confection des chapeaux en plumes de

volaille._

Ce mécanisme est formé d'un cadre en fer, représentant la forme du

chapeau, et que l'on peut rendre plus grande plus petit, suivant la

grandeur des chapeaux. Du côté où se fait le travail, sont deux

cylindres qui servent de montant et qui sont rapprochés de manière

à ce qu'il ne puisse passer qu'une seule plume entre eux. L'ouvrier

fixe la plume d'une main et de l'autre il coud, avec une aiguille

et du fil, les plumes les unes contre les autres, en ayant soin,

avec la pointe de l'aiguille, de passer le duvet en dehors.

L'ouvrage tourne devant l'ouvrier entre les deux cylindres, qui

donnent l'uni et la forme demandée. On peut faire usage de tous les

points demandés dans la couture pour la confection d'un chapeau de

plumes; on se sert aussi du fil de laiton, mais il a l'inconvénient

de rendre l'ouvrage plus pesant.

Les chapeaux de plumes de volailles peuvent être appropriés de la

même manière que ceux de feutre, et avec de l'eau gommée, que l'on

applique dessus pour lier le duvet, sur lequel on passe ensuite le

fer; on leur donne l'uni et le luisant du verre.

_Deuxième brevet de perfectionnement et d'addition, du 7 avril

1826._

La plume destinée à la confection des chapeaux doit être teinte, à

moins qu'on ne l'emploie dans sa couleur naturelle. On prend les

plumes les unes après les autres, on colle la pointe jusqu'au

duvet; on met cette pointe collée sur une autre pointe, que l'on

enfonce dans une petite rainure qui se trouve en dedans d'un

155 cercle, soit en bois, fer-blanc ou plomb, etc. Ainsi, cette

préparation de la plume renferme de l'apprêt dans le corps de

l'ouvrage, et tourne le duvet du même côté. Pour confectionner le

bord du chapeau, on colle les plumes les unes sur les autres, sans

rainure, et le duvet reste des deux côtés, ce qui fait poil en

dessus et en dessous du bord. La plume ainsi préparée et collée,

forme des rubans de la longueur voulue, que l'on peut aussi obtenir

avec du fil fin. L'ouvrier coud ces rubans en tresses les unes sur

les autres, en mettant le duvet en dehors pour le corps du chapeau,

et pour le bord il le laisse des deux côtés. On peut encore

préparer les plumes de bien des manières, en les collant sur de la

paille qu'on a enveloppée de duvet, soit sur de l'osier, de la

baleine, du cordonnet; soit sur toute autre espèce de corps solide

et léger. On peut même, avec les rubans de plumes, faits à la colle

ou avec du fil, obtenir des tissus avec une trame d'une matière

filamenteuse quelconque; l'étoffe qu'on se procurera de cette

manière pourra être employée avantageusement pour coiffure ou

autres objets quelconques, suivant les goûts et les modes. On peut

aussi tisser de la plume dont a arraché le duvet qui tient à une

pluïole, et qui, mise avec attention dans une trame, produit encore

une belle étoffe. L'auteur ajoute que le mécanisme qu'il a décrit

dans son premier brevet de perfectionnement, n'a pas donné tous les

résultats qu'il en espérait.

_Troisième brevet de perfectionnement, etc., du 27 octobre 1826._

La grande solidité qu'ont les chapeaux de plumes de volaille, fait

que les procédés par lesquels on les obtient peuvent s'appliquer

avec avantage à la chaussure et autres objets d'utilité. Le duvet

de plume peut être déchiré et tissé avec une trame, pour obtenir

une étoffe qui, appliquée sur papier imperméable, carton ou

156 tresses, produit des chapeaux légers, imperméables, dégagés des

côtes et tuyaux de la plume. Le duvet coupé contre la côte, mêlé

avec du poil de toute espèce et sécrété, se feutre et donne de

jolis chapeaux. Toute espèce de fil, de quelque matière qu'il soit,

imbibé de colle, gomme, etc., qu'on plonge dans du duvet, qui

s'attache et se tortille autour par un mouvement de rotation, qu'on

passe ensuite dans un tuyau d'une grosseur convenable, plus étroit

du côté où l'on tire le fil, qui se trouve totalement enveloppé de

duvet, et qu'on tisse ensuite avec une trame de matière

filamenteuse quelconque, donne une étoffe qui peut être employée à

une infinité de choses utiles. Les chapeaux se confectionnent alors

comme ceux de soie et de peluche. On colle cette étoffe sur papier,

toile, et l'on coud les bords et le fond.

On peut, à l'aide d'un métier fait exprès, tisser en rond le duvet

préparé comme on vient de le dire; dans ce cas le chapeau se trouve

sans couture.

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Manuel complet des fabricans de chapeaux en tous genres · 第 22 / 33 题