_Sous-acétate de deutoxide de cuivre (verdet ou vert-de-gris)._
En France, ce sel est fabriqué dans les départemens de l'Aude et de
l'Hérault. On prend des plaques de cuivre mince, on les bat, et on
les fait chauffer à environ cinquante degrés. On les trempe alors
dans du vin chaud ou du vinaigre. On place sur le sol une couche de
bon marc de raisin, et par-dessus, une couche de plaques de cuivre,
et successivement une couche de marc et une de cuivre. Au bout d'un
mois ou d'un mois et demi, suivant le degré de spirituosité du
44 marc, les plaques sont couvertes d'une couche verdâtre. On les
enlève, et on les place l'une à côté de l'autre transversalement.
On les arrose ensuite plusieurs fois avec de l'eau acidulée par le
vinaigre, et quelquefois avec de l'eau tiède. Cette couche de sel
se gonfle, et l'on voit se former une efflorescence blanchâtre qui
offre sur les bords de longues aiguilles, et qui se sépare
facilement de ces plaques: alors le vert-de-gris est fait. On le
racle, et on laisse reposer les plaques quelque temps, pour
reprendre ensuite cette opération. Il est bon de faire observer
que, tant qu'elle dure, on chauffe l'atelier de manière à
entretenir la température à +20° C.
Ce sel, tel qu'il se trouve dans le commerce, est en pains de douze
à vingt livres, tassés dans un sac de peau blanche; il doit être
vert, avec des efflorescences blanches, très sec et dur; il est
indécomposable par l'acide carbonique. Traité par l'eau, ce liquide
dissout l'acétate neutre, et l'oxide hydraté de cuivre reste pour
résidu. Par l'action du calorique, le métal est réduit. D'après M.
Proust, le vert-de-gris est composé de:
acétate de cuivre neutre. ... 43
hydrate de cuivre....... 37,5
eau.............. 15,5
Ce sel est un poison violent; malgré cela il entre dans la
composition de quelques médicamens externes; il est employé dans la
peinture, etc.
_Acétate de cuivre (verdet cristallisé, cristaux de Vénus)._
On prépare ce sel en faisant dissoudre le vert-de-gris dans le
vinaigre, filtrant la dissolution, et la laissant cristalliser.
L'acétate de cuivre a une saveur styptique et sucrée; il est
soluble dans l'eau et l'alcool; il cristallise en rhombes très
réguliers. D'une belle couleur verte très foncée qui tire sur le
45 noir. Le calorique le décompose; il s'en dégage de l'acide
acétique coloré par un peu d'oxide qu'il entraîne; et il se sublime
en même temps, suivant la remarque de Vogel, un peu de cet acide
anhydre, qui est en cristal d'un blanc satiné. Ce sel est composé
de:
acide acétique 51, 29
deutoxide de cuivre 39, 05
eau 9, 06
Ce sel est employé dans la peinture pour le vert d'eau, pour le
lavis des plans, pour préparer le vinaigre radical, etc. On le
conseille en médecine comme excitant; mais il est si vénéneux que
nous n'hésitons point à en proscrire l'emploi.
La couche de cette substance verte qui se forme sur les vases de
cuivre, et à laquelle on donne le nom de vert-de-gris, est un
sous-carbonate de cuivre qui est même plus délétère que le verdet
du commerce.
_Acétate de fer._
On peut obtenir trois acétates de fer:
1º Le proto-acétate, en faisant bouillir la tournure de fer sans le
contact de l'air, par l'acide acétique concentré; dans ce cas,
l'eau est décomposée, son oxigène se porte sur le fer et l'oxide,
tandis que son hydrogène se dégage.
2º Le deuto et tri-acétate de fer, en dissolvant le deuto ou
tritoxide de fer dans le même acide.
3º Le procédé suivi dans les manufactures pour obtenir le
tri-acétate de fer, consiste à laver la limaille de fer, à la
laisser exposée à l'air pendant quelques jours, et à la faire
bouillir dans du bon vinaigre ou dans l'acide pyro-acétique avec le
contact de l'air. Dans ce cas l'oxigène de l'air et celui de l'eau
concourent à l'oxidation du fer. Le tri-acétate de fer est liquide,
très soluble et incristallisable. Sa solution évaporée se convertit
46 en sous-acétate insoluble, que l'eau convertit bientôt en péroxide
de fer. Ce tri-acétate est maintenant très employé dans les
manufactures de toiles peintes, pour les couleurs rouille, et comme
base des couleurs noires qui n'ont pas, comme celles où entre le
sulfate de fer, l'inconvénient de tourner au brun.
_Citrate de fer._
Comme pour le sel précédent, on lave bien la limaille de fer, on
l'expose à l'air, on la mouille de temps en temps, et quand elle
est convertie en sous-carbonate de fer (rouille), on la fait
bouillir dans une chaudière en fer avec du suc de citron clarifié,
jusqu'à ce que cet acide en soit saturé; on filtre alors et l'on
fait évaporer convenablement. Le citrate de fer est soluble dans
l'eau et susceptible de cristallisation. C'est peut-être le
meilleur sel ferrugineux qu'on puisse employer pour la teinture en
noir, surtout pour la chapellerie. Malheureusement le prix de
l'acide citrique est trop élevé pour pouvoir y recourir
économiquement.
_Hydro-ferro-cyanate de fer (bleu de Prusse)._
Découvert en 1710 par Diesbach, de Berlin. Ce sel est d'un très
beau bleu; il est insipide, inodore, insoluble dans l'eau et
l'alcool, s'altérant par le contact de l'air, et prenant avec le
temps une couleur verte. Par la distillation, il donne des acides
hydrocyanique et carbonique, du carbonate ammoniacal, un gaz
inflammable, etc. Le résidu calciné est attirable à l'aimant.
L'acide sulfurique le décompose en le décolorant. Ce caractère
distingue le bleu de Prusse de l'indigo, que cet acide dissout sans
47 altérer sa couleur. Les alcalis, la chaux, etc., le décolorent et
s'unissent à son acide en précipitant presque tout l'oxide de fer.
On prépare le bleu de Prusse en grand, en calcinant, à une chaleur
rouge, un mélange, à parties égales, de potasse et de sang
desséché, ou des débris de cornes et de plusieurs autres substances
animales.
Ce sel est formé par l'acide hydro-ferro-cyanique et l'oxide de
fer. Il est employé dans les arts et pour la teinture du bleu
Raymond.
_Hydro-ferro-cyanate de potasse._
Ce sel est jaune serin, transparent, cristallisant en gros cristaux
prismatiques quadrangulaires, inodore, s'effleurissant à l'air,
soluble dans l'eau et en conservant 0,13 dans ses cristaux. On
l'obtient en faisant digérer le bleu de Prusse en poudre dans
l'acide sulfurique, pour lui enlever l'alumine et les substances
étrangères qu'il contient souvent; on lave à plusieurs eaux le
résidu, et on le verse dans une solution bouillante de potasse
jusqu'à ce qu'elle cesse de décolorer; on filtre et l'on obtient ce
sel en cristaux par l'évaporation d'une partie de la liqueur.
Ce sel est très employé dans la teinture dite bleu Raymond, du nom
du chimiste qui en a fait la première application à cet art.
_Nitrate de deutoxide de mercure._
On prépare ce sel en faisant bouillir un excès d'acide nitrique sur
du mercure; si l'on concentre ensuite la liqueur, ce nitrate
cristallise en belles aiguilles blanches, solubles dans l'eau.
Cette dissolution est très corrosive; elle tache l'épiderme en
rouge et le décompose même; ces cristaux, broyés et traités par
l'eau, sont décomposés. Il en résulte un sous-sel insoluble qui est
48 blanc si l'on opère avec de l'eau froide, et jaune si c'est avec
l'eau bouillante; ce dernier porte le nom de _turbith nitreux_. La
liqueur tient en dissolution un sur-sel qui est très acide.
Le nitrate de mercure est employé pour le feutrage des poils de
lièvre et de lapin.
_Sulfate de deutoxide de cuivre (couperose bleue, cuivre vitriolé,
vitriol bleu, vitriol de cuivre, vitriol de Chypre, etc.)_
Ce sel est inodore, d'une saveur âcre et très styptique, en
cristaux bleus transparens, irréguliers, et quelquefois en
octaèdres ou décaèdres, jouissant de la double réfraction,
légèrement efflorescens, et offrant alors une matière pulvérulente
d'un blanc verdâtre; soluble dans quatre parties d'eau froide, et
subissant la fusion aqueuse. L'alcali volatil en précipite l'oxide
qui reste suspendu dans la liqueur et lui donne une belle couleur
bleue. On désigne cette préparation par le nom d'_eau céleste_.
_Sulfate de fer (couperose, couperose verte, vitriol vert, vitriol
martial, mars vitriolé, etc.)_
Récemment cristallisé, ce sel est en prismes rhomboïdaux, d'un beau
vert d'émeraude, transparent, et s'effleurissant à l'air en
absorbant son oxigène; il se convertit alors en sulfate de
tritoxide de fer, qui est en taches jaunes sur les cristaux
précités. Le sulfate de fer est inodore, stytique, et si soluble
dans l'eau, que neuf parties de ce liquide bouillant en dissolvent
douze de ce sel. Ce sel exposé à l'action d'une haute température,
perd d'abord son eau de cristallisation, ensuite une plus grande
partie de son acide, tandis que l'oxide passe au maximum
49 d'oxidation; l'on a alors pour produit un sous-sulfate de tritoxide
de fer, nommé _colcotar_, qui est de couleur rouge.
_Tartrate de fer._
Ce sel se prépare comme le citrate de fer, avec la seule différence
qu'on emploie l'acide tartrique au lieu de l'acide citrique.
Employé pour la teinture en noir, et supérieur au sulfate de fer,
mais d'un prix bien plus élevé.
_Tournesol en pain._
On fabrique cette substance colorante en Auvergne, en Dauphiné,
etc., avec plusieurs lichens, principalement avec le _varidaria
orcina_ d'Achard. Le procédé consiste à pulvériser les feuilles de
ces lichens, à en faire une pâte avec de l'urine et la moitié de
leur poids de cendres gravelées, en ayant soin d'ajouter de l'urine
à mesure qu'elle s'évapore. Au bout de quarante jours de
putréfaction, ce mélange acquiert une couleur pourpre; on le met
alors dans une autre auge, et on y ajoute encore de l'urine: c'est
alors que se développe la couleur bleue. Alors on divise cette pâte
et on y ajoute de l'urine et de la chaux. Pour dernière
préparation, on fait entrer dans la composition de cette pâte,
ainsi obtenue, du carbonate de chaux pour lui donner de la
consistance, et on la réduit en petits pains qu'on fait sécher.
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