La fabrication des chapeaux est une des branches de l'industrie qui
exige le plus l'application des progrès de la chimie. Cette
fabrication embrasse une foule d'opérations diverses dont quelques
unes réclament de nombreuses améliorations, tant sous le rapport de
l'art que sous celui de la santé des ouvriers. Nous nous bornerons
à parler de l'opération connue sous le nom de _sécrétage_, qui se
pratique au moyen du nitrate de mercure. Ce sel, comme on sait, est
un poison violent; aussi les vapeurs et les particules qui se
dégagent des poils sont-elles très nuisibles aux ouvriers. Les
procédés de teinture sont loin aussi de répondre à ce qu'on devait
attendre du grand pas qu'ont fait les arts chimiques. Il est en
effet démontré qu'on obtient souvent des noirs qui, avec le temps,
tournent au bronze, au brun, et même au rougeâtre. On attribue
généralement ce grave inconvénient au sulfate de fer, auquel on a
proposé de substituer le tartrate, et mieux encore l'acétate de ce
métal. La Société d'encouragement pour l'industrie nationale, dont
l'oeil vigilant se porte sur toutes les branches des arts
chimiques, économiques, mécaniques et industriels, qui réclament
les bienfaits des sciences, n'a pas manqué de porter son attention
sur les diverses opérations de la chapellerie, dont plusieurs ont
déjà fait l'objet des prix qu'elle a proposés. Si tous n'ont pas
encore été complètement résolus, ils ont donné lieu à des
recherches et à des améliorations marquées au coin de l'utilité, et
qui probablement auront ouvert la voie à de nouvelles découvertes.
Nous devons ajouter que plusieurs fabricans et divers
technologistes français et étrangers se sont livrés de leur côté
avec persévérance à de nombreux travaux pour améliorer leur art;
nous nous bornerons à citer MM. Guichardière, Morel de Beaujolin,
Robiquet, Lenormand, Williams, Malartre, Malard et Desfossés,
Collin, Borradaille, Chaming Moore, Ritchard et Franc, Trousier,
Miraglio, Masniac, Vilcok, Mierque et Drulhon, Achard et Audet,
Gury, Loustau, Perrin, Bercy jeune, Buffum, Pichard, Milcent,
Reins, Blouet, de Bernardière, Weber, Wels, Cobbet, Michon;
mesdames Manceau, Reyne, Bernard, Cavillon. Nous aimons à convenir
avec reconnaissance que non seulement nous avons profité de leurs
travaux, mais que nous avons même copié textuellement leurs plus
utiles documens, afin de leur conserver cette couleur technique et
pratique qu'il faut savoir présenter aux ouvriers.
Pour plus de clarté, nous avons divisé notre ouvrage en quatre
parties; la première contient la description de toutes les matières
employées pour la fabrication des chapeaux.
La seconde partie comprend les chapeaux feutrés divers, et toutes
les opérations nécessaires à leur confection.
La troisième a pour but les chapeaux de soie, de coton, d'étoffes
filamenteuses, etc.
La quatrième embrasse tous les chapeaux de paille divers, ceux
d'osier, de bois, etc.
Nous avons exposé fidèlement les meilleurs modes de fabrication
suivis tant en France que dans l'étranger pour ces divers genres de
chapeaux; et nous avons rapporté tous les brevets d'invention qui
ont été pris sur les diverses branches de la chapellerie; nous
avons cru que c'était le meilleur moyen de faire connaître une
grande partie des améliorations que cet art a éprouvées; enfin nous
avons allié aux connaissances que nous avons acquises par notre
pratique les meilleurs documens qu'offrent les technologistes
français et étrangers.