Péché originel et éducation

Le péché originel, admis ou nié, est à la base de tout système

d’éducation.--Exposé du Jansénisme, déclarant la nature complètement

viciée par lui: conséquences illogiques de ce système en

éducation.--Exposé des théories de Rousseau, déclarant la nature

foncièrement bonne: conséquences pratiques de cette vue fausse, en

éducation.--Persistance actuelle de cette double théorie.--Originalité

et sagesse de la méthode du Saint, qui, passant entre ces deux excès, ne

voulait être, pour l’enfant, ni le tyran de sa volonté, ni le témoin

passif de son jeu, mais le collaborateur indispensable de sa jeune

activité un peu folle.

A deux heures diverses de l’histoire, à deux siècles de distance, sous

la plume de deux grands écrivains, le problème de l’éducation a reçu

deux solutions radicalement opposées, qui toutes deux cependant

prétendaient s’inspirer d’une enquête approfondie des origines de

l’humanité, tant il est vrai que l’affirmation ou la négation du péché

originel est à la base de tout système d’éducation! Le système salésien

se rattache, lui aussi, à ce mystère intime de notre être; mais, à la

différence de ces écoles extrémistes, il a l’avantage de se tenir à

l’écart de tout excès de doctrine et d’application, de respecter l’ordre

réel des choses et de prendre cette voie de milieu qui, d’après l’adage

antique, est le propre même de la vertu. Pour nous en convaincre,

relisons Pascal et Rousseau, rattachons leurs systèmes à la doctrine qui

les a suggérés; puis, comme dans l’un et l’autre, à côté de vues

nouvelles, nous trouverons un corps d’enseignements que notre foi de

chrétiens ne saurait accepter, demandons-nous si la conciliation de ces

théories opposées ne saurait se faire, ne s’est pas faite au siècle qui

suivit, non pas sous la plume, mais dans la vie et les œuvres de

quelqu’un qui était mieux qu’un philosophe, puisque c’était un saint,

mieux qu’un théoricien, puisque c’était un éducateur, et l’un des plus

nobles que le monde ait connus.

* * * * *

Ce mystère du péché originel, mystère intime de notre être, mystère de

misères et de grandeurs mêlées, Pascal, on le sait, en a fait le centre

de son apologie de la Religion. Nul penseur n’a plus que lui écrasé de

ses dédains la raison humaine, nul plus que Pascal ne l’a montrée, non

pas courte par quelque endroit, comme disait Bossuet, mais courte par

tous les bouts; nul aussi n’a chanté, et avec quel lyrisme, la grandeur

de ce «roseau le plus faible de la nature, mais qui pense». Et il

conclut: «Quelle chimère est-ce donc que l’homme! Quel monstre! Quel

prodige! Juge de toutes choses, imbécile ver de terre, dépositaire du

vrai, cloaque d’incertitudes et d’erreurs, gloire et rebut de

l’univers!... Qui démêlera cet embrouillement?» Et sa pensée inquiète va

mendier la réponse aux philosophies: vaine démarche! Aucun système ne

résout l’énigme. Seule la religion peut tout expliquer grâce au dogme de

la chute: sans ce mystère, le plus incompréhensible de tous, nous sommes

incompréhensibles à nous-mêmes. Mais une fois admis tout s’éclaire d’un

jour limpide. «Si l’homme n’avait jamais été corrompu il jouirait, dans

son innocence, et de la vérité et de la félicité avec assurance. Et si

l’homme n’avait été que corrompu, il n’aurait aucune idée ni de la

vérité, ni de la béatitude.» Misère et grandeur peuvent ainsi se

concilier. «Ce sont, dit-il dans une image grandiose, misères d’un grand

seigneur, misères d’un roi dépossédé.»

Pourquoi faut-il qu’une œuvre si forte ait été gâtée dans le détail par

le jansénisme dont Pascal ne secoua jamais le joug? Cette raison qu’il

eût suffi de montrer incertaine dans ses démarches, faculté amoindrie

par la faute originelle, il la présente comme frappée d’impuissance

absolue; cette volonté, dont il devait souligner les défaillances

quotidiennes, il nous la donne comme radicalement incapable de se

déterminer au bien; cette nature enfin, amoindrie par la faute d’Adam,

puissamment inclinée au mal, brisée dans son harmonieux équilibre, il

nous la dépeint comme foncièrement mauvaise, et tout cela pour faire

triompher la théorie janséniste de la grâce infailliblement victorieuse.

Et comme les idées sont des forces tendant incessament à s’épanouir en

actes dans les divers champs de l’activité humaine, cette théorie devint

une règle de vie, et cette règle de vie enfanta un système d’éducation.

Le plus illogique qui soit, mais aussi le plus admirable pour le temps!

Illogique, car s’il est vrai que, abandonnée à elle seule, la nature ne

peut que suivre la pente de son égoïsme, et que, dès que la grâce

intervient, comme elle est toujours nécessairement efficace, la nature

humaine se trouvera irrésistiblement orientée vers Dieu, pratiquement la

vie morale du chrétien devrait consister dans un simple «laisser faire».

Mais ces Messieurs de Port-Royal[19] ne prirent pas garde à

l’inconséquence de leur système, et ils s’attachèrent fortement à jouer

à la grâce efficace, et à contraindre la nature à se régler suivant le

bien. De là un corps d’idées qu’à juste titre les spécialistes de tous

les temps ont admiré. Le voici en quelques lignes:

[19] Les Messieurs de Port-Royal étaient quelques «solitaires»

jansénistes qui avaient ouvert dans l’ancienne Abbaye de

Port-Royal-des-Champs, sise en la vallée de Chevreuse, les fameuses

«Petites Écoles» où la pédagogie janséniste tenta ses premières

applications.

D’abord il faut soustraire l’enfant au monde, où il perd son innocence,

et aux collèges trop peuplés où il se gâte. Rappelez-vous la phrase de

Mirabeau: «Les hommes sont comme les pommes, toutes les fois qu’ils sont

en groupe ils se pourrissent.» Le chiffre des élèves des _Petites

Écoles_ ne dépassera donc jamais cinquante, et pour que l’enseignement

puisse s’adapter à la nature de chacun, et que la surveillance,

absolument nécessaire, soit facile à assurer, la maison se subdivisera

en chambres, et chaque chambre ne comprendra pas plus de six élèves

placés sous la direction d’un maître spécial. Les maîtres se

rappelleront qu’ils doivent se montrer plus «précepteurs que

professeurs». Dans ce but ils écarteront soigneusement tout ce qui

serait de nature à faire connaître le mal et donner l’éveil aux

passions. Ils auront soin aussi de tenir l’élève constamment occupé pour

écarter du rêve, toujours dangereux, sa jeune imagination; et enfin ils

accompliront leur tâche sans rigueur, mais sans gâterie, et n’useront

jamais de coups, ni de verges... Tandis qu’ailleurs les élèves

apportaient dans leurs relations une familiarité brutale, ils étaient

habitués là à se prévenir d’honneur et à ne se tutoyer jamais. D’un mot,

ces éducateurs s’efforçaient de reproduire l’image de la maison

paternelle. Pour apprécier cet ensemble de règles si justes ne suffit-il

pas d’écrire: quoi de plus salésien!

Mais il y a le revers du tableau, les articles inspirés par la pensée

janséniste. Ainsi, les fêtes et les jeux bruyants n’étaient pas de mise

dans la maison; on les remplaçait--hélas!--par des travaux et par des

pratiques religieuses sévères et prolongées; de la sorte on pensait

éviter les saillies de la nature viciée. Puis, comme unique excitant au

travail, on avait le devoir; le seul désir de mériter l’approbation du

maître devait les encourager au bien. Défense absolue de faire appel à

l’amour-propre, à l’intérêt, à l’émulation, sentiments naturels, donc

corrompus dans leur fond. «Quand il y avait quelque bien dans ces

enfants, a écrit l’un de ces maîtres, on me conseillait toujours de n’en

point parler et d’étouffer cela dans le secret.» Le résultat, on le

prévoit. Si l’émulation peut faire des vaniteux, son absence fait

presque toujours des paresseux. Pascal désenchanté disait en parlant de

ces élèves: «Les enfants auxquels on ne donne point cet aiguillon

d’envie et de gloire tombent dans la nonchalance.» Ils tombaient aussi

dans autre chose, témoin cet enfant qui déroba, pour la vendre deux

liards, la calotte d’un de ces graves messieurs et vola plus tard des

couverts en argent. Sa victime, il est vrai, se consolait en disant:

«Que voulez-vous, il n’était pas prédestiné!» Avec sa profondeur

habituelle de style, Pascal aurait pu dire de cet essai pédagogique:

«Qui veut faire l’ange finit par faire la bête!» Pour avoir trop

comprimé la nature, elle a réagi avec violence.

* * * * *

A un siècle de là, pour l’avoir libérée, sans scrupule, de toute

contrainte, en vertu de principes jugés certains, elle devait se

déchaîner de la façon la plus atroce. Voici comment la chose advint.

La même question que Pascal s’était posée devant le mystère de

contradiction de notre nature, de bien et de mal panachés que tout homme

porte en soi, Rousseau se la posa. Comment expliquer cet être de

contrastes? Une loi terrible plus impérieuse que celle de la pesanteur

l’attire en bas, ses facultés penchent vers le mal, son corps en nourrit

l’incessant désir; et cependant ce même homme se sent soulevé vers les

hauteurs, tout idéal l’attire, tout rêve le sollicite. Par moment il

paraît éprouver la nostalgie de la fange et l’instant d’après vous le

trouvez en flagrant délit d’extase devant la pureté. Quel sphinx donnera

le mot de l’énigme? Ah! ce fut vite fait. Pascal avait répondu avec sa

foi, ses traditions, son siècle, sa pensée nourrie de l’Écriture; mais

l’autre, le vagabond élevé sur les grands chemins, répondit avec sa

seule sensibilité et son expérience des grandes routes. «L’homme est

bon, mais les hommes sont mauvais.» Voilà! C’est tout. Mais encore

comment cela est-il arrivé? «Voici: moi aussi j’ai été bon, raisonne

Rousseau, j’ai eu quarante ans de bonté facile: c’était l’époque où je

vagabondais de Suisse en Savoie, de Savoie en Italie, d’Italie en

France! Les heureux jours! Mes mouvements de haine et de malice, depuis

quand les ai-je éprouvés? Depuis que je suis entré dans la société des

hommes. Si tant est que je sois gâté, je l’ai été par eux. L’humanité

tout entière a dû subir la même transformation. L’homme est né bon, il

s’est rendu méchant en se faisant social. C’est à l’état de nature que

l’humanité devait rester: revenons-y. L’homme naturel, voilà ce qui

était bon; l’homme naturel, voilà ce que l’éducation doit tâcher de

retrouver.» Pour cela, il faut d’abord isoler l’enfant de la société, le

retirer même de sa famille dont le contact pourrait lui être fâcheux, et

le confier à un précepteur chargé, non pas de l’instruire, mais de

veiller jalousement sur son ignorance. Pour l’indispensable à acquérir,

laisser faire la nature: elle est bonne; de soi, instinctivement, rien

qu’à suivre sa pente, elle trouvera son bien; plus tard l’expérience des

choses et l’observation, c’est-à-dire encore la nature, compléteront ce

rudimentaire bagage d’élève. Liberté, liberté complète, dans l’isolement

et la solitude! Point de maillots dans le tout bas âge, point de

lisières au seuil de l’adolescence! Veiller seulement à ce que le dehors

n’ait pas prise sur lui: cet unique souci suffira à préserver son esprit

de l’erreur, son cœur du vice. Ainsi entendue, l’éducation se définirait

fort bien: «L’art de respecter dans l’enfant la nature, de le laisser se

développer à l’aise, en se contentant de le défendre contre la

pernicieuse influence des conventions sociales.» (_Jules Lemaître_)

Éducation purement négative, comme on le voit. Plus tard seulement, vers

l’âge de douze ans, le maître songera--non pas à enseigner, cela

jamais--mais à mettre l’enfant dans de certaines conditions où il sera

capable de s’instruire, bien disposé à s’instruire, excité à

s’instruire. Dans ce dessein il ne se servira pas de livres--absolument

inutiles dans cette éducation--mais des choses qu’il rapprochera

soigneusement de l’enfant, de façon à éveiller sa curiosité ou aiguiser

son besoin. Ainsi, par exemple, Émile--vous savez que c’est son

nom--reçoit de temps en temps des billets d’invitation pour un goûter...

il cherche quelqu’un qui les lui lise; on se dérobe; alors l’enfant se

décide à apprendre à lire;--ou encore--dans une promenade on feint de

s’égarer: épouvante du mioche qui essaie de s’orienter: on lui glisse

alors en douceur l’astronomie. Comme c’est simple! Dernier exemple,

moins risible celui-là. Vers quinze ans, pas avant, car l’élève ne

serait pas capable de supporter de si hautes pensées, par un clair matin

d’été, on emmène Émile sur le sommet d’une haute colline au-dessous de

laquelle passe un fleuve imposant; et là, devant ce paysage magnifique,

on lui fait une belle démonstration d’un Dieu personnel, créateur de ces

merveilles, de l’immortalité de l’âme et de la vie future. Et ainsi du

reste.

Petit à petit, de soi-même, aiguillonné par son excellent maître,

réfléchissant et observant, jamais contraint, sevré de tout livre, avec

le moindre effort possible, renseigné toujours par les choses mêmes, par

l’expérience, ce jouvenceau atteindra l’âge d’homme. Son intelligence,

en cours de route, aura acquis tout ce qu’il est nécessaire de savoir

d’astronomie, de physique, de chimie, de géographie; l’apprentissage

d’un métier manuel, tout en assouplissant ses muscles, aura mis à sa

disposition son gagne-pain pour les heures de misère, et son cœur sera

paré de toutes les vertus. Ah! le chef-d’œuvre! Ce chef-d’œuvre nous

l’avons tenu avant la lettre même. Car l’enfant ainsi élevé, en toute

liberté, en dehors de la famille et du collège, en marge de la société,

à son caprice, en pleine nature, sans trop de livres, ne recevant de

leçons que des choses, autodidacte, se formant par ses propres sottises,

ce fut lui, Jean-Jacques. Son livre n’a fait que raconter son éducation.

Or, chacun sait quelle merveille de sagesse, de vertu et de sensibilité

est éclose de ce système[20].

[20] Nous ne faisons pas mystère que nous devons à la lecture de J.

Lemaître, Faguet et Brunetière d’avoir pu donner à nos lecteurs un

résumé de ces deux grandes écoles pédagogiques.

* * * * *

Toutefois, en dépit de l’insuccès de cette éducation, elle s’obstine à

vivre--comme l’autre aussi. Écoutez deux contemporains, deux illustres.

C’est Michelet d’abord qui écrit dans son livre d’erreur intitulé: _Nos

Fils_: «Besoin est d’examiner, d’approfondir notre principe, la foi pour

laquelle on combat, le fond de notre vie politique et religieuse. Notre

marche sera indécise si cette idée vacille.» Et ce fond, cette idée la

voici: «Plus de péché originel. L’enfant naît innocent et non marqué

d’avance par la faute d’Adam. Le mythe impie, barbare, disparaît. A sa

place, solidement, se fonde la justice et l’humanité. Donc deux

principes en face: le principe chrétien et le principe de 89. Quelle

conciliation entre eux? Aucune. Jamais le pair et l’impair ne se

concilieront, jamais le juste avec l’injuste, jamais 89 avec l’hérédité

du crime. La conséquence est donc que du berceau partiront pour la vie

deux routes absolument contraires. L’éducation sera autre et tout

opposée selon qu’elle part du vieux ou du nouveau principe.» Et c’est

Ferdinand Brunetière qui, du camp opposé, lui répond: «Belle ou laide,

la nature n’est pas bonne... Allons plus loin, la nature est immorale,

foncièrement immorale, j’oserai dire immorale à ce point que toute

morale n’est, en un sens, et surtout à son origine, dans son premier

principe, qu’une réaction contre les leçons ou les conseils que nous

donne la nature.» Ce sont les pures théories de Jean-Jacques Rousseau

que l’on essaya jadis d’appliquer à l’orphelinat rationaliste de

Cempuis; ce sont les idées de ces Messieurs de Port-Royal, qui, dans

certains collèges, continuent à inspirer l’éducation des petits

chrétiens. Jamais question, on le voit, ne fut plus actuelle!

* * * * *

Ne pourrait-on pas, partant d’une idée juste, orthodoxe, de la chute

originelle, et empruntant à ces systèmes leur part de vrai, fonder une

pédagogie qui respecte l’ordre réel des choses, et passe victorieusement

entre ces deux écueils de l’excessive rigueur et de l’extrême liberté?

Quelqu’un l’a tenté, et, après trente ans d’essais laborieux, sa pensée

a constitué un monument d’une noble unité, où le cœur et la raison,

l’autorité et la liberté s’équilibrent dans une constante harmonie.

D’instinct et parce qu’il savait que la nature a des pentes terribles,

il prit--oh! sans le savoir!--à ces austères Messieurs toutes les

disciplines qu’impliquait cette triste constatation. Il leur emprunta la

haute idée qu’ils se formaient de l’éducateur, la place de choix qu’ils

donnaient à l’éducation individuelle, la douceur de leurs procédés, leur

surveillance de toutes les minutes, et ce souci moral toujours à l’affût

de l’occasion mauvaise pour l’écarter; mais, en opposition avec eux, il

voulut voir l’enfant se divertir; il le laissa crier, chanter,

s’exprimer de toutes manières; il donna du jeu à sa liberté naissante,

encourageant son initiative qu’il contrôla sans l’étouffer et visant à

obtenir l’obéissance consentie de sa raison. Il ne rougit pas non plus

de faire appel aux moyens humains: affection, intérêt, émulation, quitte

à les vider avec le temps de leur contenu un peu trop naturel.

D’autre part, se souvenant--c’est Bossuet qui parle--que sous les ruines

de cette nature déchue il y a encore quelque chose de la beauté et de la

grandeur du premier plan, il n’eut pas peur d’imiter, sans le savoir

encore, le philosophe genevois, d’user abondamment de l’enseignement

intuitif, d’introduire dans la mesure du possible le plaisir en

éducation, de ne pas demander qu’aux livres, mais aussi aux promenades,

aux leçons de choses, aux observations sur le monde, les connaissances

nécessaires à la vie, de respecter la personnalité de l’enfant et d’en

provoquer l’éveil spontané. Mais, en opposition avec lui, il se refusa

de croire à la bonté native de l’homme, à son désir permanent du vrai et

du bien; il ne consentit pas à faire du maître un vulgaire surveillant,

au rôle tout négatif, mais il le regarda toujours comme un agent très

actif de réforme morale, car s’il accordait à l’âme de l’adolescent de

bons instincts que l’éducation peut laisser se développer, il y

découvrait aussi de méchantes inclinations qu’elle a pour mission de

réprimer, par des armes de lumière et d’amour, certes, mais sans

faiblesse toutefois.

Éducation idéale que celle-là, car elle répond bien à l’idée chrétienne

que nous nous en faisons. Elle ne doit pas, en effet, consister à

étouffer la personnalité de l’enfant, mais à l’épanouir; à libérer ses

énergies, mais à les discipliner. Pour elle, le maître n’est pas un

tyran des volontés, ni le témoin passif de leur jeu, mais le

collaborateur indispensable qui doit apprendre à l’enfant à se passer de

lui. Enfin et surtout, le Dieu qu’elle offre le plus tôt possible à

l’âme du petit chrétien n’est pas le Dieu morose, sévère et terrifiant

du jansénisme, dont le sanctuaire semble être le vestibule de la vallée

de Josaphat, ni ce Dieu complaisant, assez vague et banal de Rousseau,

dont le temple est l’univers--le premier, acteur unique de nos

destinées, le second, témoin indulgent de nos actions,--mais le Dieu qui

marche avec nous sur nos chemins, dont nous sentons la bonté et

l’humanité «_Apparuit benignitas et humanitas Salvatoris Domini Jesu

Christi_», dont les attraits sont ineffables, le frère, l’ami, l’aide et

la nourriture quotidienne, dont la demeure est douce et captivante comme

la maison de nos premiers ans: seul capable de verser au fond du cœur du

disciple et du maître la somme effrayante d’amour qu’exige cette commune

entreprise.

Arrêtons ici ces aperçus. Aussi bien on pourrait les multiplier sans

limites, mieux vaut conclure--et nous croyons le pouvoir faire

légitimement--que cette pédagogie de l’amour est bien fille de notre

raison et de notre foi, que Don Bosco qui l’a fondée eut bien le génie

de l’éducation, et que ses fils sont bien avisés de la divulguer à

travers le monde par leurs œuvres et leurs écrits.

La pédagogie d'un saint · 第 18 / 25 题