Les difficultés du moment ont retardé la publication de ces pages.
Écrites dans la guerre et pour la guerre, elles garderont néanmoins
toute leur vertu dans la paix. Ceux qui ont vu la mort en face devront
ne plus l’oublier de leur vie et demeurer à jamais pénétrés de cette
vérité si durement conquise et qui suffit à tout: _le but de la vie est
la mort_. C’est à ce prix qu’ils ressusciteront au jour tant de
camarades tombés qui n’ont pas eu sur la terre leur compte et qu’il
serait trop douloureux et trop injuste d’abandonner à leur néant. C’est
à ce prix qu’ils pourront leur montrer une fidélité et une
reconnaissance efficaces, en les aidant par la prière à parachever leur
salut. C’est à ce prix qu’il leur sera permis d’espérer un jour les
rejoindre dans l’éternelle amitié de Dieu. Pour bien mourir, ils
s’efforceront de bien vivre et la qualité de leur vie décidera de celle
de leur mort. Il est certes plus malaisé de bien vivre et de bien mourir
en temps de paix qu’en temps de guerre. Grâce au ciel, cette ambition ne
passe pas les forces du chrétien.
Devant Metz, le 15 novembre 1918.