ROI DU LUANG-PRABANG

L'attention générale est attirée en ce moment par les événements

d'Extrême-Orient sur nos sujets indochinois, si proches voisins et si

proches parents des Japonais remuants.

[Illustration: S. M. Sisavong Vong, nouveau roi du Luang-Prabang, ancien

élève de l'Ecole coloniale de Paris.]

Or, il est dans nos possessions du Laos un royaume dont autrefois la

splendeur fut grande. Le _Lane Sang Horn khao Muong Luang Prabang_,

royaume des Millions d'Eléphants et du Parasol Blanc, placé sous la

protection du Prabang, le bouddha miraculeux, disputa pendant de longs

siècles aux royaumes de Siam et de Vientiane la suprématie sur les

régions thaïes de la péninsule indo-chinoise.

Aujourd'hui il forme dans notre grande colonie d'Extrême Orient un

territoire à peu près équivalent à la Belgique comme superficie. Un

commissaire du gouvernement représente auprès du roi le résident

supérieur du Laos, sous l'autorité duquel est placé le Luang-Prabang.

Les Parisiens se souviennent peut-être encore du Tiao Maha Oupahat, qui

vint, avec quelques hauts fonctionnaires laotiens, visiter notre

Exposition de 1900. Sa belle attitude fut remarquée. L'Oupahat est le

second roi du pays, mais non avec certitude de succession future, et le

vieux monarque Zacharino étant mort en 1904, c'est son jeune fils

Sisavong qui fut désigné par le gouvernement de la République pour le

remplacer sur le trône, conformément à l'avis du Sénam, la haute

assemblée du royaume, et pour répondre aux désirs formels du défunt. Le

4 mars dernier, M. Mahé, résident supérieur au Laos, couronnait

solennellement le nouveau roi. Il était, pour ce faire, monté de

Vientiane, sa résidence habituelle, simple voyage de onze journées à

cheval. M. Ladrière, secrétaire particulier, et le docteur V.

Rouffiandis, chef du service de santé au Laos, accompagnaient le

résident supérieur. A Luang-Prabang étaient venus les commissaires des

provinces voisines: MM. Serizier, du Haut-Mékong; Emmerich, du Tranninh

et Wartelle, des Hua-Pahn. Tous étaient reçus par M. Vacle, commissaire

principal du royaume, l'un des hommes qui ont rendu le plus de services

à la France en Extrême Orient. Près de lui se trouvaient M. de

Sesmaisons, secrétaire général des colonies, spécialement chargé

d'organiser les territoires de la rive droite du Mékong, acquis à la

France par le traité récent, le docteur Philipp et dix ou douze

fonctionnaires et colons.

Les fêles furent merveilleuses, dans ce pays où la civilisation et le

faste de l'Inde ont laissé leur empreinte. Pendant une semaine, les

divertissements de toute nature, représentations théâtrales, danses,

cortèges, banquets, etc., sollicitèrent Français et Laotiens.

Les gravures que nous publions représentent quelques-unes des scènes

dont nous fûmes les spectateurs. L'une des plus curieuses est

certainement le salut des _Pou Gnieu Ma Gnieu_; les ancêtres des

Laotiens, venant saluer le nouveau roi. Ils sont trois, couverts de

longues étoupes, deux ont sur la figure un énorme masque à face humaine

de couleur rouge; le troisième est un animal fantastique, _sing_, en

laotien, que les interprètes traduisent par _lion_.

Le nouveau souverain du Luang-Prabang, S. M. Sisavong Vong, est âgé

d'une vingtaine d'années. Ancien élève de l'Ecole coloniale de Paris où

il passa deux ans, il parle couramment le français. L'an dernier, le

prince était retourné en France pour y étudier l'imprimerie et faire

l'acquisition d'un matériel qui lui permettra de répandre dans tout le

pays thaï les idées françaises et d'enlever ainsi aux Siamois de Bangkok

le monopole d'éditeurs qu'ils avaient jusqu'à ce jour.

C'est donc à un sincère ami de la France que nos compatriotes du Laos

souhaitaient l'autre jour long règne et prospérité.

A. Baquez.

[Illustration: Une danse indigène, par la troupe du théâtre royal.]

[Illustration: La collection de ferronnerie de M. Le Secq des

Tournelles.]

[Illustration: M. Georges Berger, président de l'Union centrale des Arts

décoratifs. _Phot. Walery._]

On inaugure solennellement, lundi, le musée des Arts décoratifs, enfin

définitivement logé au pavillon de Marsan. C'est une date importante

dans l'histoire de l'Union centrale des Arts décoratifs, une étape

heureuse dans le développement de l'oeuvre d'éducation si intéressante

qu'elle poursuit.

Deux conventions, successivement adoptées par le Parlement en 1897 et

1900, ont autorisé l'Union centrale à occuper, pour y installer ses

collections, le pavillon de Marsan, au Louvre, et ses dépendances

jusqu'au ministère des finances, à charge par elle d'exécuter, à ses

frais, tous les travaux d'appropriation et d'aménagement nécessaires.

Cette concession lui est faite pour une période de quinze années, à

dater de l'inauguration du musée, à l'expiration de laquelle le pavillon

et les collections qu'il va abriter feront retour à l'État.

[Illustration: Les salles d'exposition ouvertes sur le hall central.]

[Illustration: Le pavillon de Marsan, au Louvre, affecté au musée des Arts

décoratifs.]

L'Union centrale a dépensé en travaux près de deux millions. Elle a

apporté au pavillon de Marsan ses collections admirables et vient de

doter Paris d'un musée dont il pourra justement être fier. Mais, de son

côté, elle devra une gratitude infinie à M. Redon, l'éminent architecte

du Louvre, qui a dépensé des trésors d'ingéniosité et de talent pour

adapter à sa destination nouvelle un monument construit d'abord à une

tout autre fin.

Le pavillon de Marsan était primitivement destiné à la Cour des comptes.

Lefuel, son architecte, s'était efforcé de le concevoir à la fois

décoratif et habitable. Autour d'un spacieux vestibule qu'encombrait aux

deux tiers un escalier trop monumental, il avait disposé sur quatre

étages de petites alvéoles pour les conseillers et les bureaucrates,

leurs collaborateurs. M. Redon a démoli le grand escalier, supprimé un

étage de petits bureaux. Du vestibule, vaste nef de style néo-grec,

qu'il a décoré avec un goût sobre et sûr, il a l'air un hall de très

grand air, lumineux, gai, où s'arrangeront à merveille les expositions

temporaires. Et surtout, par le moyen de sortes de jubés coupant les

hautes arcades, au pourtour, il a masqué, avec un art consommé, la

criante dissymétrie qui existait entre les deux parties du pavillon,

l'une en façade sur la rue de Rivoli et se raccordant, avec ses hautes

baies cintrées, avec le décor de la façade du ministère des finances,

l'autre s'harmonisant avec l'architecture des Tuileries.

[Illustration: Le hall central. LE MUSÉE DES ARTS DÉCORATIFS, AU

PAVILLON DE MARSAN, QUI SERA INAUGURÉ LE 29 MAI 1905.]

Sur cette élégante nef débouchent, aux trois étages, les salles

d'exposition, parmi lesquelles nous mentionnerons, en passant, la salle

d'art moderne, celle des arts de l'Orient, de l'art gothique, de la

Renaissance, des étoffes, et la salle, donnant sur le Carrousel, où est

installée la collection fameuse de ferronnerie de M. Le Secq des

Tournelles, généreusement prêtée par le collectionneur à l'Union.

[Illustration: Une des salles du XVIIIe siècle.]

Et voilà réalisé ce musée dont rêvait depuis si longtemps l'Union

centrale des Arts décoratifs et que son dévoué président, M. Georges

Berger, définissait si heureusement «le temple consacré au génie

artistique de notre race et à son ingéniosité sans rivale dans les

applications du bel art à l'industrie, considérée dans l'universalité de

ses productions, depuis les plus magnifiques jusqu'à celles d'un charme

usuel».

Il faut en remercier hautement et l'Union et M. Georges Berger.

L'Illustration, No. 3248, 27 Mai 1905 · 第 11 / 21 题