Au moment où tu recevras cette lettre, mon cher Julien, j'aurai quitté
la France. Dans très-peu de jours, je serai à Rome et j'y prendrai le
voile au couvent de la Trinita-dei-Monti. Depuis bien des années c'était
un projet arrêté dans mon esprit; mais Dieu a toujours envoyé sur mon
chemin quelqu'un de plus malheureux que moi à secourir, de plus
chancelant à fortifier. Maintenant je crois avoir acquis le droit de
songer à mon repos. Tu es heureux; tu vas épouser la femme que tu aimes.
Je n'ai plus rien à faire ici-bas. Si tu as une fille, appelle-la
Aurélie. Ce nom, je vais le quitter comme le dernier anneau qui
m'attache à un monde dont je ne dois plus me souvenir. Écris-le en
caractères ineffaçables dans ton coeur, et qu'il y rappelle toujours une
affection qui fut sans partage et sans bornes. Adieu, Julien.