XVI

Au moment où tu recevras cette lettre, mon cher Julien, j'aurai quitté

la France. Dans très-peu de jours, je serai à Rome et j'y prendrai le

voile au couvent de la Trinita-dei-Monti. Depuis bien des années c'était

un projet arrêté dans mon esprit; mais Dieu a toujours envoyé sur mon

chemin quelqu'un de plus malheureux que moi à secourir, de plus

chancelant à fortifier. Maintenant je crois avoir acquis le droit de

songer à mon repos. Tu es heureux; tu vas épouser la femme que tu aimes.

Je n'ai plus rien à faire ici-bas. Si tu as une fille, appelle-la

Aurélie. Ce nom, je vais le quitter comme le dernier anneau qui

m'attache à un monde dont je ne dois plus me souvenir. Écris-le en

caractères ineffaçables dans ton coeur, et qu'il y rappelle toujours une

affection qui fut sans partage et sans bornes. Adieu, Julien.

Nélida; Hervé; Julien · 第 70 / 70 题