XIII

Je ne sais pas si elle est belle; je sais que chaque jour je la trouve

plus semblable à ce que j'étais aux jours de ma première jeunesse. Elle

est de ces femmes en qui réside, à leur insu même, un mystère sacré

d'ineffable tristesse. Sous sa longue paupière, on sent une force

attirante et douce. Elle a des alternatives subites et singulières de

gaieté sans cause et d'abattement mélancolique; il lui prend des rires

d'enfant à propos de rien; puis, tout à coup, on voit le rayon

disparaître à ses beaux yeux, une ombre pâlit son front, ses joues se

décolorent, tout son corps semble s'affaisser sous un poids invisible;

elle ressemble alors à un palmier du désert, dont les feuilles droites

et fières s'inclinent soudain et s'abaissent tristement sous le souffle

orageux du _simoun_ qui passe. Comme rien n'a été faussé en elle par le

monde ou l'éducation (elle ne s'est jamais éloignée de sa mère et n'a

jamais quitté la vallée), comme ses idées et ses sentiments n'ont pas

été froissés par l'expérience, elle est à la fois enthousiaste et

sensée, naïve et forte; son âme a des clartés merveilleuses; on sent que

toutes les espérances y ont un libre accès, et que tous les dévouements

s'y trouveraient à l'aise.

Nélida; Hervé; Julien · 第 67 / 70 题