Un volume, 1784.
(Page 77 de l’Éloge.) Ce sont quatre lettres adressées à l’un
des envoyés des États-Unis, M. John Adams, qui avoit désiré les
remarques de l’auteur sur les constitutions de l’Amérique: c’est
ce qui avoit induit en erreur, et fait dire dans le temps, que les
Colonies Angloises l’avoient choisi pour leur législateur.
Ses observations parurent sévères, mais il crut pouvoir dire la
vérité toute entière. «Les Américains, dit-il, ne sont plus sujets
du roi d’Angleterre: ils sont aujourd’hui des hommes libres; et si
mon opinion leur paroissoit aussi dure et aussi sauvage qu’elle
peut le paroître en Europe, je ne pourrois m’empêcher d’en tirer un
mauvais augure pour l’avenir.» (Observations, page 76.)
Aussi, est-il très-faux qu’on ait brûlé en Amérique, ou traîné dans
la boue l’ouvrage de _Mably_, comme on l’a prétendu dans quelques
papiers publics: il étoit plus digne d’un peuple si sage d’y
répondre.
C’est ce que vient de faire M. Adams dans un ouvrage intitulé:
Apologie des constitutions des États-Unis de l’Amérique. Nous
n’avons pas encore vu ce livre, qui n’est qu’annoncé; mais nous
connoissons une lettre imprimée de M. Adams (Journal Encyclop. du
mois de Mai 1787, pag. 113 et suiv.), où il semble se défendre
d’avoir invité l’abbé de _Mably_ à écrire ce qu’il pensoit sur les
constitutions Américaines; il invoque le témoignage de MM. les
abbés de Chalut et Arnoux, amis communs de M. Adams et de l’abbé de
_Mably_; et nous, nous sommes prêts à donner, s’il en est besoin,
la déclaration de ces deux Messieurs, que nous avons entre les
mains, et qui éclaircit pleinement la question à l’avantage de
l’abbé de _Mably_.
Au reste, s’il avoit besoin de justification pour avoir regardé les
Américains comme étant déjà trop vieux, et sur ce qu’il sembloit
redouter pour eux du commerce et des vices de l’ancien monde, nous
la trouverions dans l’ouvrage même du sage ministre qui a succédé,
en France, au John Adams et au Francklin. M. Jefferson, dans ses
observations sur la Virginie[n], craint aussi, pour l’Amérique, que
les étrangers n’y apportent leurs vices, leurs préjugés et leur
servilité d’Europe; et les semences de discorde qui commencent à
éclater, les mécontentemens, les réclamations armées, &c. sont peu
propres, peut-être, à nous rassurer sur ces craintes.
[n] _Notes on Virginia._ Voyez Merc. du 2 Juin 1787, p. 28.