Assez, que du leur, que du mien;
Tant qu'on ne vous en devra rien,
Jusqu'à la derreniere journée.
Jaulier, etc.
RONDEL.
(Orleans.)
Donnez l'aumosne aux prisonniers,
Reconfort, et espoir aussi,
Tant feray au jaulier Soussy,
Qu'il leur portera voulentiers.
Ilz n'ont ne vivres, ne deniers,
Crians de fain; il est ainsi.
Donnez, etc.
Reconfort, etc.
Meschans ont esté mesnagiers,
Tenuz pour debte jusques cy,
Faictes les euvres de mercy,
Comme vous estes coustumiers.
Donnez, etc.
RONDEL.
(Benoist d'Amien.)
N'oubliez pas les prisonniers,
Bonnes gens, aiez en mercy;
Ilz sont en la tour de Soussy,
Et n'ont ne mailles, ne deniers,
Larrons ne sont point, ne murtriers,
Par envie on les tient ainsi.
N'oubliez pas, etc.
Bonnes gens, etc.
Faictes comme bons aumosniers,
Pour la grant pitié que veez cy,
Et pour vous prieront Dieu aussi
De tres bon cueur, et voulentiers.
N'oubliez pas, etc.
RONDEL.
(Hugues le Voys.)
Jaulier des prisons de Pensée,
Ouvrez à Reconfort la porte,
Car à mon cueur l'aumosne porte,
Que mes yeulx lui ont pourchassée;
Tenu l'avez, mainte journée,
Ou cep d'anuy, et prison forte.
Jaulier, etc.
Ouvrez, etc.
Tant à faim et soif endurée,
Qu'il a perdu couleur et sorte,
Helas! pour Dieu, qu'on le supporte,
Autrement sa vie est finée.
Jaulier, etc.
RONDEL.
(Orléans.)
Banissons Soussy, ce ribault
Batu de verges par la ville,
C'est ung crocheteur trop habille
Pour embler joye qui tant vault;
Copper une oreille lui fault,
Il est fort larron entre mille.
Banissons, etc.
Batu de, etc.
Se plus ne revient, ne m'en chault,
Laissez le aller sans croix, ne pille,
Le Deable l'ait ou trou Sebille;
Point n'en saille pour froit, ne chault.
Banissons, etc.
RONDEL.
(Orléans.)
Des vieilles defferres d'Amours,
Je suis à present, Dieu mercy;
Vieillesse me gouverne ainsi,
Qui m'a condempné en ses cours.
Je m'esbahis quant à rebours
Voy mon fait, disant: Qu'est ce cy?
Des vieilles, etc.
Je suis, etc.
Mon vieil temps convient qu'ait son cours,
Qui en tutelle me tient sy,
Du jaulier appellé Soussy,
Que rendu me tiens pour tousjours.
Des vieilles, etc.
RONDEL.
(Orleans.)
Comme monnoye descriée,
Amours ne tient compte de moy;
Jeunesse m'a laissé, pourquoy?
Je ne suis plus de sa livrée.
Puisque telle est ma destinée,
Desormais me fault tenir coy.
Comme, etc.
Amours, etc.
Plus ne prens plaisir, qu'en pensée
Du temps passé; car, sur ma foy,
Ne me chault du present que voy,
Car Vieillesse m'est delivrée.
Comme, etc.
RONDEL.
(Orleans.)
Laissez Baude buissonner,
Le vieil Briquet se repose,
Desormais travailler n'ose,
Abayer, ne mot sonner.
On lui doit bien pardonner,
Ung vieillart peut pou de chose.
Laissez, etc.
Le vieil, etc.
Et Vieillesse emprisonner
L'a voulu, en chambre close;
Par quoy j'entens que propose
Plus peine ne lui donner.
Laissez, etc.
RONDEL.
(Hugues le Voys.)
Comme monnoye descriée,
Loyaulté je voy abriée
Dessoubz le pavillon de Honte,
Par Faulceté qui la surmonte,
Et l'a d'oultrance deffiée.
De Bonnefoy s'est alyée,
Et de son aide l'a priée,
Mais on n'en tient que peu de conte.
Comme, etc.
Loyaulté, etc.
Du tout la tiens pour ravallée,
Par montaigne et par vallée,
Est notoire ce que raconte;
En maison de Duc, ne de Conte,
Ne se treuve qu'à l'eschappée.
Comme, etc.
RONDEL.
(Orléans.)
Quant me treuve seul, à part moy,
Et n'ay gueres de compaignie,
Ne demandez pas s'il m'ennuye,
Car ainsi est il, sur ma foy.
En riens plaisance n'apercoy,
Fors comme une chose endormye.
Quant me, etc.
Et n'ay, etc.
Mais s'entour moy plusieurs je voy,
Et qu'on rie, parle, chante, ou crye,
Je chasse hors merencolie
Que tant hair et craindre doy.
Quant, etc.
RONDEL.
(Orléans.)
Trop ennuyez la compaignie,
Douloureuse Merencolie,
Et troublez la feste de Joye;
Foy que doy à Dieu, je vouldroye
Que feussiez du pays bannie.
Vous venez sans que l'on vous prie,
Bon gré, maugré, à l'estourdie,
Alez, que plus on ne vous voye.
Trop ennuyez, etc.
Douloureuse, etc.
Soussy avecques vous s'alye,
Si lui dy je que c'est folie,
Quel mesnaige! Dieu vous convoye
Si loing, tant que vous revoye
Querir, quant? jamais en ma vie.
Trop ennuyez, etc.
RONDEL.
(Orléans.)
Escollier de Merencolie,
Des verges de Soussy batu,
Je suis à l'estude tenu,
Es derreniers jours de ma vie;
Se j'ay ennuy, n'en doubtez mye,
Quant me sens vieillart devenu.
Escollier, etc.
Des verges, etc.
Pitié convient que pour moy prie,
Qui me treuve tout esperdu,
Mon temps je pers, et ay perdu,
Comme rassoté en folie.
Escollier, etc.
RONDEL.
(Hugues le Voys.)
Escollier de Merencolie,
Par Soussy qui est le recteur,
A l'estude est tenu mon cueur;
Et Dieu scet comme on le chastie.
De s'y mectre fist grant folie,
Car on le tient à la rigueur.
Escollier, etc.
Par Soussy, etc.
Bon temps n'aura jour de sa vie.
Puisqu'il y est, de son maleur,
Dedens le livre de douleur,
Lui est force qu'il estudie.
Escollier, etc.
RONDEL.
(Orléans.)
Et fust ce ma mort, ou ma vie,
Je ne puis de mon cueur chevir,
Qu'il ne veuille conseil tenir
Souvent, avec Merencolie.
Si lui dy je que c'est folie,
Mais comme sourt ne veult oir
Et fust ce, etc.
Je ne puis, etc.
A Grace, pour ce, je supplie
Qu'il lui plaise me secourir,
Au par aller ne puis fournir,
Se ne m'aide par courtoisie.
Et fust ce, etc.
RONDEL.
(Orléans.)
Allez vous en dont vous venez,
Ennuyeuse Merencolie,
Certes on ne vous mande mye.
Trop privée vous devenez.
Soussy avecques vous menez,
Mon huis ne vous ouvreray mye.
Allez vous en, etc.
Ennuyeuse, etc.
Car mon cueur en tourment tenez,
Quant estes en sa compaignie;
Prenez congié, je vous en prie,
Et jamais plus ne retournez,
Allez vous en, etc.
RONDEL.
(Orléans.)
A qui en donne l'en le tort?
Puisque le cueur en est d'accort,
Se les yeulx vont hors en voyage,
Et rapportent aucun message
De beaulté plaine de confort.
Ilz crient: Resveille qui dort,
Lors le cueur ne dort pas si fort,
Qui ne dye: J'oy compter rage.
A qui en, etc.
Puisque le, etc.
Adoncques Desir picque et mort,
Savez comment? jusqu'à la mort;
Mais le cueur, s'il est bon et sage,
Remede y treuve et avantage,
Bien, ou mal en vient oultre bort.
A qui en, etc.
RONDEL.
(Orléans.)
Doivent ilz estre prisonniers,
Les yeulx, quant ilz vont assaillir
L'embusche de plaisant desir,
Comme hardiz avanturiers;
Veu qu'ilz sont d'Amours souldoyers,
Et leurs gaiges fault desservir.
Doivent ilz, etc.
Les yeulx, etc.
Ilz se tiennent siens si entiers,
Qu'au besoing ne pevent faillir,
Jusques à vivre, ou à mourir.
Ilz le font bien, et voulentiers.
Doivent ilz, etc.
RONDEL.
(Orléans.)
N'oubliez pas vostre maniere,
Non ferez vous, je m'en fais fort,
Ennuy armé de desconfort,
Qui tousjours me tenez frontiere,
Venez combatre à la barriere,
Et faictes à coup vostre effort.
N'oubliez pas, etc.
Non ferez, etc.
Quant mectez sus vostre banniere,
Cueurs loyaux guerriez si fort,
Que les faictes retraire ou fort
De Douleurs, à piteuse chiere.
N'oubliez pas, etc.
RONDEL.
(Orleans)
Chiere contrefaicte de cueur.
De vert perdu et tanne painte,
Musique notée par fainte,
Avecques faulx bourdon de maleur.
Qui est il ce nouveau chanteur?
Qui si mal vient à son actainte.
Chiere, etc.
De vert, etc.
Je ne tiens contre, ne teneur
Enroué, faisant faulte mainte,
Et mal entonné par contrainte,
C'est la chapelle de douleur.
Chiere, etc.
RONDEL.
(Le grant Seneschal.)
Qui trop embrasse, peu estraint;
Je le dy pour maintes et maint
Qui scevent servir de telz tours,
Mectans loyaulté en decours,
Dont leur bon los peut estre estaint.
Qui a choisy et pris party,
Puisque son cueur y a party,
Est ce bien fait de le laisser?
Pose qu'on feust trop mieulx party,
Si seroit ce mal depparty,
Et son honneur trop fort blesser.
Qui varie, sans bien remaint;
Par fermeté souvent on vaint,
Les bons trouvent tousjours secours,
Ceulx qui changent, l'ont à rebours;
Il est pieca escript et paint.
Qui trop, etc.
RONDEL.
(Orléans.)
Il n'est nul si beau passe temps
Que de jouer à sa pensée,
Mais qu'elle soit bien despensée
Par raison, ainsi je l'entens.
Elle a fait milz despens contens,
Par espoir soit recompensée.
Il n'est, etc.
Elle dit: A ce je m'actens,
Veu qu'ay loyaulté pourpensée,
Que de mes soussiz dispensée
Seray, malgré les malcontens.
Il n'est, etc.
RONDEL.
(Fraigne.)
Le cueur, dont vous avez la foy,
Se recommande à vous, ma Dame,
Vous faisant savoir qu'il vous ame,
Mais pensez que ce n'est pas poy.
Il parle nuyt et jour à moy,
En vous louant, belle, plus que ame.
Le cueur, etc.
Se recommande, etc.
Il m'a juré, et je le croy,
Qu'à son vivant n'ayma tant femme,
Et Dieu scet comment il me blasme
Que plus souvent je ne vous voy.
Le cueur, etc.
RONDEL.
Prophetizant de vostre advenement,
Voyant venir voz haulx biens clerement,
Acompaignez de vostre grant beaulté,
A vous amer si fort me suis bouté,
Qu'au monde n'ay nul autre pensement.
Tres que mon oueil vous vit premierement,
Il ordonna mon cueur entierement
Pour vous servir en toute feaulté.
Prophetizant, etc.
Lors je jugay, à mon entendement,
Que quelquefoiz j'auroye advencement.
Vous remonstrant ma tres grant loyaulté,
Et que de biens j'auroye à grant planté,
Cela je creu des le commencement.
Prophetizant, etc.
RONDEL.
(Fraigne.)
Mon oueil, je te pry et requier
Que tu n'ayes plus en pensée
D'aler veoir ma tant desirée.
Ou tu me metz en grant dangier:
Et si te dy, pour abregier,
Que c'est ma mort toute jurée.
Mon oueil, etc.
Que tu n'ayes, etc.
Quant tu la verra au moustier,
Ou quelque part à la passée,
Ne te metz pas en sa visée,
Car perilleux est tel archier.
Mon oueil, etc.
RONDEL.
(Orléans.)
Pour Dieu, faictes moy quelque bien,
Veu que m'a desrobé Vieillesse,
Plaisance; car, en ma jeunesse,
Savez que vous amoye bien;
Pour vous n'ay espargné du mien,
Or suis povre, plain de foiblesse.
Pour Dieu, etc.
Veu que, etc.
Devoir ferez, comme je tien.
Car j'ay despendu à largesse,
Pieca, mon tresor de liesse,
Et maintenant je n'ay plus rien.
Pour Dieu, etc.
RONDEL.
(Orléans.)
C'est la prison Dedalus,
Que de ma merencolie,
Quant je la cuide faillie,
J'y rentre de plus en plus.
Aucunes foiz je conclus
D'y bouter Plaisance lie.
C'est la prison, etc.
Que de ma, etc.
Oncques ne fut Tantalus
En si tres peneuse vie,
Ne, quelque chose qu'on die,
Chartreux, hermite, ou reclus.
C'est la prison, etc.
RONDEL.
(Anthoine de Guise.)
Ha! mort, helas!
Veu que je suis de vivre las,
Que ne tens tu vers moy tes las,
Pour abregier mon infortune,
Aussi pour monstrer à Fortune
Qui me fortune,
La puissance que sur elle as.
Fay ton effort, et si t'avance,
Mais, pour Dieu, que ce soit avant ce
Que je m'occye de mes mains;
Monstre ton povoir et savance,
Puisque je vueil faire l'avance,
Car certes tu ne peutz à mains.
Pren tes esbas
A faire cesser noz debas,
Aussi bien sont ce tes cabas
Que de tousjours trouver rancune;
Tu es seule, celle et chascune:
Sans autre aucune,
Par qui tout cesse hault et bas.
Ha! mort, helas!
RONDEL.
(Anthoine de Guise.)
Par bien celer mains tours divers,
Monstrant de son vueil le revers,
Soubz ung peu de maniere fainte.
Avec abstinence contrainte,
Sont les secrez d'Amours ouvers.
Refus les deffent à travers,
Et ne sont à nulz descouvers,
Que ce ne soit en tres grant crainte.
Par bien celer, etc.
Honte, les tient clos et couvers,
Pour les faulx Dangiers et pervers.
Dont elle a eu repcouche mainte;
Mais pour venir à nostre actainte,
Loyaulté nous baille ces vers.
Par bien celer, etc.
RONDEL.
(Anthoine de Guise.)
Ou val obscur, avantureux,
Où les loyaulx cueurs doloreux
Des amoureux
Sont condempnez d'user leurs jours,
En piteux plains et grans clamours,
Me tient Amours,
Comme le chief des langoureux.
Et faut qu'avec les maleureux,
Par son faux refus rigoureux,
Plus que poureux,
J'actende la mort à secours.
Ou val obscur, etc.
C'est le hault guerdon dangereux,
Ordonné pour moy et pour eulx,
Peu savoureux,
Sans autre part avoir recours;
Et la voyant nostre decours.
De criz et plours,
Faisons ung tresor plaintureux.
Ou val obscur, etc.
RONDEL.
(Orléans.)
A! que vous m'anuyez, Vieillesse!
Que me grevez plus que oncques mes,
Me voulez vous à tousjours mes
Tenir en courroux et rudesse;
Je vous fais loyalle promesse
Que ne vous aymeray james.
A! que vous, etc.
Que me, etc.
Vous m'avez banny de jeunesse,
Rendre me convient desormais,
Et faictes vous bien? Nennil, mais,
De tous maulx on vous tient maistresse.
A! que vous, etc.
RONDEL.
Les biens de vous, honneur et pris,
M'ont tant espris
De vous amer, ma gente Dame,
Qu'il n'est pas en puissance d'ame
De tourner ailleurs mes espris.
C'est à moy trop hault entrepris,
Com mal apris,
Mais blasmez en, s'il y a blasme,
Les biens, etc.
Donc, puisqu'Amour ainsi m'a pris
En son pourpris,
Et que tant loyaument vous ame,
Amez moy, je prens sus mon ame
Que jamais n'en serons repris.
Les biens, etc
RONDEL.
M'amerez vous bien?
Dictes par vostre ame,
Mais que je vous ame
Plus que nulle rien;
Le vostre me tien,
Sans faire autre Dame.
M'amerez, etc.
Dictes par, etc.
Dieu mist tant de bien
En vous, que c'est basme;
Pour ce, je me clame
Vostre, mais combien.
M'amerez, etc.
RONDEL.
C'est par vous que tant fort souspire,
Tousjours m'empire;
A vostre advis, faictes vous bien?
Que tant plus je vous vieulx de bien,
Et, sus ma foy, vous m'estes pire.
Ha! ma Dame, si grief martire,
Ame ne tire
Que moy, dont ne puis mais en rien.
C'est par vous, etc.
Vostre beaulté vint, de grant tire,
A mon oueil dire
Que feist mon cueur devenir sien;
Il le voulut, s'il meurt? et bien,
Je ne lui puis aider, ou nuyre.
C'est par vous, etc.
RONDEL.
Pour mectre fin à mes douloureux plains,
Et aux ennuys dont je me sens si plains,
Fort me complains
A toute heure, mais remede n'y treuve,
Fors qu'il me fault de mort faire l'espreuve,
Ou dame neuve,
Car la mienne se rit, tant plus me plains;
Souvent m'a veu pleurant par brais et plains,
A triste cueur, de dueil paliz et tains,
Mais pensez vous que de riens et se meuve?
Pour mectre fin, etc.
Nenny, ains dit par sa foy, qu'autres mains
Seuffrent des maulx plus que moy, soirs et mains,
Et qu'en ay mains
Que je ne dy, ainsi mon fait repreuve,
Bien lui plairoit qu'elle feust de moy veufve,
Son cas le preuve;
Ne suis je pas doncques en bonnes mains?
Pour mectre, etc.
RONDEL.
(Orléans.)
Temps et temps m'ont emblé jeunesse,
Et laissé es mains de Vieillesse,
Où vois mon povre pain querant;
Aage ne me veult, tant ne quant,
Donner l'aumosne de liesse.
Puisqu'elle se tient ma maistresse,
Demander ne lui puis promesse,
Pour ce, n'enquerons plus avant.
Temps, etc.
Je n'ay repast que de foiblesse,
Couchant sur paille de destresse,
Suis je bien payé maintenant
De mes jeunes jours cy devant?
Nennil, nul n'est qui le redresse.
Temps, etc.
RONDEL.
(Orléans.)
Asourdy de Nonchaloir,
Aveuglé de Desplaisance,
Pris de goute de Grevance,
Ne scay à quoy puis valoir.
Voulez vous mon fait savoir?
Je suis presque mis en trance.
Asourdy, etc.
Aveuglé, etc.
Se le Medicin Espoir,
Qui est le meilleur de France,
N'y met briefment pourveance,
Vieillesse estaint mon povoir.
Asourdy, etc.
RONDEL.
(Orléans.)
Dedens la maison de douleur,
Où estoit tres piteuse dance,
Soussy, Vieillesse et Desplaisance
Je vy dancer comme par cueur.
Le tabourin nommé Maleur
Ne jouoit point par ordonnance.
Dedens la, etc.
Où estoit, etc.
Puis chantoient chancons de pleur,
Sans musicque, ne accordance;
D'ennuy, comme ravy en trance,
M'endormy lors, pour le meilleur.
Dedens la, etc.
RONDEL.
(Simonnet Caillau.)
Dedens la maison de douleur,
Où n'a leesse, ne musique,
Mon las cueur gist merencolique,
Malade ou piteux lit de pleur.
Dieu! n'est ce pas grant maleur?
Il est pis que paralitique.
Dedens la, etc.
Où n'a, etc.
Par racine, feuille, ne fleur,
Ne par medicine auctentique,
Remedier n'y scet phisique;
Confesse soy, c'est le meilleur,
Dedens la, etc.
RONDEL.
(Orléans.)
Je vous sans, et congnois venir,
Ennuyeuse Merencolie,
Mainteffoiz, quant je ne vueil mye,
L'uys de mon cueur vous fault ouvrir;
Point ne vous envoye querir,
Assez hay vostre compaignie.
Je vous sans, etc.
Ennuyeuse, etc.
Jeunes pevent paine souffrir,
Plus que vieillars; pour ce, vous prie
Que n'ayez plus sur nous envie,
Ne nous vuelliez plus assaillir.
Je vous sans, etc.
RONDEL.
(Orléans.)
Mentez, menteurs à quarterons,
Certes point ne vous redoubtons,
Ne vous, ne vostre baverye,
Loyaulté dit, de sens garnie.
Fy de vous et de voz raisons;
On ne vous prise deux boutons,
Et pour ce, nous vous deboutons.
Esloignant nostre compaignie.
Mentez, etc.
Voz parlez, pires que poisons.
Boutent par tout feu en maisons;
Que voulez vous que l'en vous die?
Dieu tout puissant si vous mauldie,
Vous donnant de maulx jours foisons.
Mentez, etc.
RONDEL
(Gilles des Ourmes.)
Pour bien mentir souvent et plaisamment,
Mais qu'il ne tourne à aucun prejudice,
Il m'est advis que ce n'est point de vice,
Mais est vertu et bon entendement:
On en voit maint eslevé haultement,
Bien recueilly et requis en service,
Pour bien, etc.
Mais qu'il, etc.
Mais controuveurs qui mentent faulcement,
Pour diffamer quelcun par leur malice,
Soient pugniz par droit, selon justice;
Pour ce, chascun s'avise saigement.
Pour bien mentir, etc.
RONDEL.
Des soucies de la court,
J'ay acheté aujourdui,
De deulx bien garny j'en suy,
Quoique mon argent soit court.
A les avoir chascun y court,
Mais quant à moy, je m'enfuy.
Des soucies, etc.
J'ay acheté, etc.
Je deviens vieil, sourt et lourt,
Et quant me treuve en ennuy,
Nonchaloir est mon apuy,
Qui mainteffoiz me secourt.
Des soucies, etc.
RONDEL
(Jehan Monseigneur de Lorraine.)
Je voy mal faire et mal parler,
Je voy meschefz renouveller,
Je voy loyaulté du tout morte,
Je voy trahison aspre et forte,
Je voy partout tout mal aler.
Je voy hayneurs entre acoler,
Verité voy dissimuler,
Grans et petiz sont d'une sorte.
Je voy mal, etc.
Je voy vertuz aux piez fouler.
Je voy amictié desseler,
Raison voy musser à la porte,
Par mehain voy justice morte,
Quant honneur veult voile caller.
Je voy mal, etc.
RONDEL.
(Jehan Monseigneur de Lorraine.)
Je prens le temps ainsi qu'il peut venir,
Je metz courroux hors de mon souvenir,
Je suis content de tout ce que j'oy dire,
Je n'ay soucy qui me garde de rire,
Je suis d'amours bien aise à tenir.
Dorenavant plus ne vueil vivre en dueil,
Dorenavant consentir plus ne vueil
Qu'ame, fors moy, ait de mon cueur la garde.
C'est folie d'asubgetir son vueil,
C'est simplesse que pour ung regart d'ueil,
Sans coup ferir, te blesser par mesgarde.
N'ay je pas droit de joyeulx devenir?
N'ay je cause de mon ennuy bannir?
N'ai je raison de rigueur desconfire?
Ne doy je pas paix et repos eslire?
Je dye oy, et pour ce maintenir,
Je prens le temps, etc.
RONDEL.
Je n'ay deffaulte que de veue,
Et ne congnois riens qu'à demy,
En nonchaloir j'ay tant dormy
Qu'ay mainte chose descongneue.
Vieillesse tient mon cueur en mue,
Accompaignée de soucy.
Je n'ay, etc.
Et ne, etc.
Plus ne suis de la retenue
De jeunesse qui m'a banny;
Mais, au fort, puisqu'il est ainsi,
Souffrir fault fortune advenue.
Je n'ay, etc.
RONDEL.
Tais toy, cueur, pourquoy parles tu?
C'est folie de trop parler
De ce que ne puis amender,
Ton jangler ne vault ung festu;
Tu pers temps, d'espoir devestu.
Pense de toy reconforter.
Tais toy, etc.
C'est folie, etc.
J'ay desja plusieurs ans vescu,
Et tant congnois qu'au par aler
Il faut bien, ou mal endurer,
Riens ne gaigner d'estre testu.
Tais toy, etc.
RONDEL.
Qu'a mon cueur, qui s'est esveillé,
A faire chancon, ou balade?
Dieu mercy, il n'est plus malade,
Tant a par eaue travaillé;
D'Orleans s'est appareillé
Aler à Blois mangier salade.
Qu'a mon, etc.
A faire, etc.
Son harnois fourbira rouillé,
Quelque foiz aussi sa salade;
Mais qu'il ait joyeuse ambaxade,
Tout se trouvera retaillé.
Qu'a mon, etc.
RONDEL.
(Orléans.)
Tout plain ung sac de joyeuse promesse,
Soubz clef fermé, en ung coffin d'oublie,
Qui me poursuit, certes c'est grant folie,
Tant qu'on en ayt par raison, à largesse;
Craindre ne fault Fortune la diverse,
Qui Passe temps avecques elle alie.
Tout plain, etc.
Soubz clef, etc.
Conseil requier à gens plains de sagesse,
Qui mieulx saura, si leur plaist, com le die;
Car Bon espoir, quoy qu'on le contrarie,
A droit vendra et trouvera richesse.
Tout plain, etc.
RONDEL.
(Benoist d'Amien.)
Nagent en angoisse parfonde,
Où joye, ne plaisir n'abite,
Mon dolent cueur en nef mauldite,
D'Ercules a passé la bonde;
D'y avoir bien nul ne s'y fonde,
La voye si est interdite.
Nagent, etc.
Où joye, etc.
L'aider, nul ne peut en ce monde,
Fors Thetis qui Deesse est dicte
De la mer, car, sans contredite,
En elle tout povoir habonde.
Nagent, etc.
RONDEL.
(Benoist d'Amien.)
Tant plus regarde, moins y voy;
Et plus y voy, moins y congnois;
Le monde va de deux en trois,
Sans savoir comment, ne pourquoy.
Faulceté regne, et tient sa loy
En trestous les lieux où je vois.
Tant plus, etc.
Et plus, etc.
Loyaulté si est en recoy,
Deboutée on l'a tant de foiz,
Que passez sont mains jours et mois,
Qu'on ne la vit, comme je croy.
Tant plus, etc.
RONDEL.
Dieu les en puisse guerdonner,
Tous ceulx qui ainsi tormenter
Font, de vent, de neige et de pluye,
Et nous et nostre compaignie;
Dont peu nous en devons louer.
Mais il fauldra qu'au par aller,
Comment qu'il en doye tarder,
Que nous, ou eulx, en pleure, ou rie.
Dieu les, etc.
Or ca, il fault parachever.
Et puisqu'il est trait, avaler;
On congnoistra qu'est de clergie,
D'Orleans trait de Lombardie,
Tous bien faiz convendra trouver.
Dieu les, etc.
RONDEL.
Prenons congié du plaisir de noz yeulx,
Puisqu'à present ne povons mieulx avoir.
De revenir faisons nostre devoir,
Quant Dieu plaira, et sera pour le mieulx.
Il faut changier aucunefoiz les lieux,
Et essayer, pour plus, ou moins savoir.
Prenons congié, etc.
Puisqu'à, etc.
Ainsi parlent les jeunes et les vieulx;
Pour ce, chascun en face son povoir,
Nul ne mecte sa seurté en espoir,
Car aujourduy courent les eurs tieulx queulx.
Prenons, etc.
RONDEL.
M'appelez vous cela jeu?
En froit d'aler par pays;
Or pleust à Dieu qu'à Paris
Nous feussions empres le feu.
Nostre prouffit veulent peu,
Qui en ce point nous ont mis.
M'appelez, etc.
En froit, etc.
Deslyer nous faut ce neu,
Et desployer faiz et dis.
Tant qu'aviengne mieulx, ou pis.
Passer convient par ce treu.
M'appelez, etc.
RONDEL.
De Vieillesse porte livrée
Qu'elle m'a puis ung temps donnée,
Quoy que soit contre mon desir,
Mais maugré myen le fault souffrir,
Quant par Nature est ordonnée.
Elle est d'ennuy si fort bordée,
Dieu scet que l'ay chiere achaptée,
Sans gueres d'argent de plaisir.
De Vieillesse, etc.
Par moy puist estre bien usée,
En eur et bonne destinée,
Et à mon souhait parvenir,
Tant que vivre puisse et mourir
Selon l'escript de ma pensée.
De Vieillesse, etc.
RONDEL.
(Orléans.)
Saluez moy toute la compaignie
Où à present estes à chiere lie,
Et leur dictes que voulentiers seroye
Avecques eulx, mais estre n'y porroye,
Pour Vieillesse qui m'a en sa baillie.
Au temps passé, Jeunesse si jolie
Me gouvernoit; las! or n'y suis je mye,
Et pour cela, pour Dieu, que excusé soye.
Saluez moy, etc.
Amoureux fus, or ne le suis je mye,
Et en Paris menoye bonne vie;
Adieu bon temps, ravoir ne vous saroye,
Bien sanglé fus d'une estroite courroye,
Que, par aige, convient que la deslie.
Saluez moy, etc.
CHANCON.
Et eussiez vous, Dangier, cent yeulx
Assis, et derriere, et devant,
Ja n'yrez si pres regardant,
Que vostre propos en soit mieulx;
Estre ne povez en tous lieux,
Vous prenez peine pour neant.
Et eussiez, etc.
Assis, etc.
Les faiz des amoureux sont tieux,
Tousjours vont en assoubtivant,
Jamais ne saurez faire tant
Qu'ilz ne vous trompent, se m'aist Dieux.
Et eussiez, etc.
CHANCON.
Patron vous fais de ma galée
Toute chargée de pensée,
Confort, en qui j'ay ma fiance,
Droit ou pais de Desirance,
Briefment puissiez faire arrivée;
Affin que, par vous, soit gardée
De la tempeste fortunée
Qui vient du vent de Desplaisance.
Patron, etc.
Au port de Bonne destinée
Deschargez tost, sans demourée,
La marchandise d'Esperance;
Et m'aportez quelque finance,
Pour paier ma joye empruntée.
Patron, etc.
RONDEL.
Apres l'escarde route,
Mectons à saquement
Annuyeulx pensement,
Et sa brigade toute;
Il crye: Volte route,
Ralions nostre gent.
Apres, etc.
Mectons, etc.
Se Loyaulté s'y boute,
Par advis saigement
Dye gaillardement:
Daly brusque sans doubte.
Apres, etc.
RONDEL.
Les fourriers d'Esté sont venus
Pour appareillier son logis,
Et ont fait tendre ses tappis,
De fleurs et verdure tissus:
En estendant tappis velus
De vert herbe par le pais.
Les fourriers, etc.
Pour, etc.