Il n'y a plus de cirque sans eau. Le Cirque-d'Hiver, lui aussi, a voulu
avoir sa pantomime nautique. Il fallait pour cela transformer la piste
où tout à l'heure débattaient les chevaux, les écuyères, et les jolis
chiens savants que l'on peut voir en tête de notre page de gravure, en
un véritable lac. Je n'entreprendrai pas de vous décrire par le menu le
système employé.
Il est, en tout cas, d'une rapidité d'exécution exemplaire. Deux toiles
goudronnées enveloppent complètement la piste et remontent vers une
estrade sur laquelle se passent les scènes comiques de la parodie et qui
permet aux artistes de plonger dans l'eau: celle-ci, grâce à une
ingénieuse combinaison de conduite, arrive en quelques secondes, et nous
sommes ainsi tout d'un coup transportés en plein océan.
La pantomime commence. Notre gravure en donne les principaux incidents.
Elle commence par une parodie de Cléopâtre: l'aspic célèbre est remplacé
par un gigantesque serpent long de quinze pieds... Nous voyons aussi
Antoine et Cléopâtre débarquer; Octave les poursuit, il les rejoint,
mais, dans sa lutte avec Antoine, il est précipité dans l'eau par le
farouche triumvir... La pantomime n'a pas oublié la vie «inimitable» que
menaient les deux amants: ainsi des suivantes de Cléopâtre dansant
devant nous une danse du ventre très expressive.
Viennent ensuite des scènes d'un autre ordre, celle d'un ivrogne, dont
l'idée fixe est de prendre un bain, celle du vol en bateau, que
représente une de nos gravures... Un ménage bourgeois est attaqué par
des voleurs, des pirates, qu'arrêtent à la fin de non moins aquatiques
policemens... Tout cela est gai et amusant.
_Port Tarascon_, par Alphonse Daudet, paraît aujourd'hui dans le format
in-18 à 3 fr. 50, chez l'éditeur E. Flammarion.
Les «dernières aventures de l'illustre Tartarin», complètent cette
trilogie célèbre de la collection Guillaume, illustrée: _Tartarin de
Tarascon, Tartarin sur Alpes_ et _Port Tarascon._
[Illustration.]