AVANT PROPOS.

Dans son action destructive, le temps n'eut jamais d'auxiliaire

plus actif que les révolutions; celles-ci font disparaître les

ruines qu'il a laissées debout et effacent de la mémoire des

hommes, les traditions les plus utiles.

Bien que de nos jours, les tribunaux aient retenti et

retentissent encore des discussions élevées entre les

exploitans des mines de houille et les propriétaires des

arènes, néanmoins la matière de ces discussions paraît être

généralement inconnue : elle est presque totalement

étrangère aux intéressés et les exploitans, qui pourraient

le mieux en discourir avec connaissance de cause, se refusent à

reconnaître l'évidence des faits parce que leurs intérêts

privés s'y trouvent plus ou moins engagés.

L'Utilité constante et perpétuelle des arènes, les droits

sacrés et irrévocablement concédés

[ii]

à ceux qui les ont construites, à leurs successeurs ou ayant

cause, le refus des exploitans de reconnaître ces droits, les

moyens généralement employés pour se soustraire aux

prétentions légales des Arèniers, toutes ces considérations

m'ont déterminé à entreprendre cet opuscule. Puisse-t-il

produire quelque rectitude dans les idées que l'on s'est

formées des arènes et des droits des arèniers! Puisse-t-il

surtout concourir à faire jouir des administrations de

bienfaisance de la ville de Liége, co-propriétaires de

plusieurs arènes, d'une portion intéressante du patrimoine de

l'indigence!

Ce fût en vain que pour arrêter et prévenir les procédures

dispendieuses qui éclatèrent de toute part entre les

administrations de bienfaisance de la ville de Liége,

propriétaires d'Arènes, et les exploitans de houille, les

ci-devant préfets tentèrent de concilier les différens en

persuadant les exploitans de servir le cens d'Arène.

L'obstination prévalut; les actions s'accumulèrent; et les

exploitans, forcés dans tous leurs retranchemens, dans tous

leurs moyens de défenses, s'adressèrent sans succès au

Gouvernement français puis

[iii]

au Gouvernement belge pour se soustraire à l'effet des

condamnations prononcées contre eux.

Autant que qui que ce soit, je partage l'intérêt dû à ceux

qui se livre à l'exploitation des mines d'après des plans

conçus et exécutés dans l'intérêt de la société : mais

cet intérêt a nécessairement ses limites; et là, se trouve

la première borne où commence la loi des contrats, où se

rencontrent les droits des tiers.

Je n'avancerai rien dans cet ouvrage qui ne soit appuyé sur les

lois, les usages, la jurisprudence, les édits et les records

qui régissaient les travaux des mines de houille au Pays de

Liége.

J'ai conservé les mots techniques dont font journellement usage

les mineurs Liégeois (houilleurs) : non-seulement il m'eût

été difficile pour ne pas dire impossible, de les remplacer

convenablement; mais j'eusse infailliblement diminué le haut

intérêt dû aux exploitations de mines de houille du pays de

Liége. Mr. Cordier, (1) savant distingué de la France, me fit

un jour observer que le mineur liégeois,

(1) Monsieur Cordier est aujourd'hui si je ne me trompe,

inspecteur général des mines en France.

[iv]

est le seul qui ait son dictionnaire, le seul qui ait des mots

propres aux travaux d'extraction. En effet il chercherait envain

dans les autres langues, dans les autres idiomes, des mots

semblables ou même analogues pour rendre l'objet de sa pensée,

expliquer ses travaux et indiquer les ouvrages qui s'exécutent

dans la mine.

Quelle similitude en effet, quelle analogie peut-il exister

entre _Arène_ (1) et _galerie d'écoulement_, mot dont on se

sert communément, pour rendre en français celui d'Arène?

Certes aucune, absolument aucune. Il s'en faut de beaucoup, que

les mots : _arènes_ et _galeries d'écoulement_ soient

synonimes, ma pensée éprouve un vide immense,

lorsqu'embrassant le mot arène dans toute l'étendue de

l'acception, on le remplace par celui de galerie d'écoulement.

Celui-ci, n'est propre qu'à la partie de l'arène, depuis son

oeil jusque aux points où elle pénètre dans les couches des

mines; cette partie est celle que le mineur liégeois, appelle

_Mahais_ de l'arène.

(1) Ce mot Arène s'écrivait anciennement _Arhaine_ et _Araine_.

[v]

J'ai divisé ce travail en quatre chapitres : le premier

traitera des arènes; le second des arèniers et de leurs

droits; le troisième des exploitans, de leurs titres et des

contestations entre eux et les arèniers; le quatrième de

l'ancienne cour du Charbonnage dite des _Voir-Jurés_. Chaque

chapitre sera divisé en autant de sections que le comportera la

matière.

-oOo-

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[1]

CHAPITRE PREMIER

Des arènes.

Traité des Arènes construites au Pays de Liége, pour l'écoulement et l'épuisement des eaux dans les ouvrages souterrains des exploitations de mines de houille · 第 6 / 36 题