Arrivée à Oxford

Mes premiers jours à Oxford ont été consacrés à l’amitié. Il est si doux

de parler du temps passé, avec ceux qui l’ont vécu, de parler de la

génération qui précéda la nôtre, avec les derniers contemporains de

cette génération. Le souvenir de ma mère bien-aimée planait sur tout ce

que nous disions, le passé me ressaisissait tout entière. Par instant il

me semblait qu’elle était là, que j’allais l’entendre, la voir... Chère

bonne mère, elle avait bien placé son affection, et sa vieille amie m’a

délicieusement reçue. Chacune de vos lettres m’a-t-elle dit, me donnait

du soleil pour toute la journée. La distance disparaissait, mon

affection vous évoquait, ma pensée retrouvait la vôtre et j’avais la

tendre illusion de me croire près de vous. Aujourd’hui je tiens la

réalité, quel bonheur! Quand on est entré dans mon cœur, c’est pour la

vie, autrement, l’amitié ne serait ni sincère, ni vraie.

Malgré son existence qui s’écoule en Angleterre, le snobisme britannique

ne l’a pas atteinte. Elle est restée bien française par le cœur et par

l’esprit. Aujourd’hui, on est un peu brutal dans ses idées, un peu crû

dans ses expressions, cela s’appelle du _naturalisme_, un long mot, que

personne ne comprend guère, pas même ceux qui s’en servent le plus.

Mon amie au contraire a gardé des expressions élégantes et choisies, et

pratiquant l’art du bien dire, fait tout passer sans choquer personne.

Et je suis heureuse de nos causeries, comme elle est heureuse de ma

présence. Ah! que j’ai bien fait de venir!

Voyages loin de ma chambre t.1 · 第 114 / 161 题