«L'an 1914, le 28 août, à 9h 45 du matin, un officier supérieur allemand,
se disant envoyé par un général chef d'état-major commandant des troupes
cantonnées à environ 20 kilomètres de Bruxelles, s'est présenté à l'Hôtel
de Ville et m'a requis de lui fournir 20 à 25 livres et au besoin 50
livres de levure. J'ai répondu que je ne pouvais satisfaire à cette
demande; qu'en effet, par convention du 24 courant, le Gouvernement
allemand s'était engagé vis-à-vis de moi à ne plus faire de réquisitions
en vivres pendant un délai de huit jours. L'officier a fait observer que,
son mandant ayant un grade supérieur à celui du gouverneur allemand de
Bruxelles, il ne se considérait pas comme lié par cette convention et
persistait par conséquent dans sa demande, offrant au surplus de payer les
quantités de levure qui lui seraient fournies.
«J'ai déclaré qu'il allait de soi que toute réquisition de la part des
autorités allemandes devait donner lieu à paiement, mais que la convention
que j'invoquais suspendait le principe même dès réquisitions. Qu'au
surplus, cette convention n'émanait pas du gouvernement allemand militaire
de Bruxelles, en son nom personnel, mais qu'elle liait le Gouvernement
allemand lui-même, étant d'ailleurs signée non seulement par le
gouverneur, mais aussi par le conseiller aulique, seul représentant
autorisé de la légation allemande en ce moment à Bruxelles.
«L'officier ayant annoncé que, nécessité faisant loi et ses troupes
devant, être nourries, il se verrait forcé de passer outre, j'ai répondu
qu'en ce cas je réunirais les membres du corps diplomatique et les
prierais de faire connaître au monde civilisé que l'Empire allemand
violait une parole donnée en son nom. L'officier m'a prié de mettre à sa
disposition un membre du personnel de l'Administration communale pour le
guider dans ses recherches en vue de découvrir les magasins où il pourrait
se procurer de la levure. J'ai répondu que je ne pouvais accéder à sa
demande. Il s'est retiré alors en me faisant connaître qu'il allait en
référer au gouverneur militaire.»
Le 29 août, le bourgmestre pouvait annoncer que les bons de réquisition
étaient payables dans les bureaux du Sénat, rue de Louvain, de 9 heures à
midi et de 3 à 5 heures de relevée.
_(M. Adolphe Max, bourgmestre de Bruxelles. Son administration du 10 août
au 16 septembre 1914,_ p. 25.)
Voici un bon exemple de confiscation:
Encore une confiscation allemande.
Le Gouvernement allemand a congédié les dirigeants de la Croix-Rouge et a
confisqué leur caisse où se trouvait encore une somme de 250.000 francs.
Prétexte: La Croix-Rouge refusait d'obéir aux volontés du Gouvernement
allemand qui ordonnait à l'institution charitable belge de «coopérer
méthodiquement aux oeuvres de bienfaisance d'un caractère urgent» (_sic_),
d'après le texte de l'affiche allemande.
Motif réel: La Croix-Rouge refusait de s'occuper d'une catégorie spéciale
de blessés des deux sexes, que nous désignerons suffisamment sous cette
appellation: «les blessés du vice». Or, cette catégorie de blessés a subi
une très notable augmentation depuis l'invasion allemande. On a dû y
consacrer tout un hôpital rien que pour Bruxelles.
Tout prétexte leur est bon pour nous extorquer de l'argent. Bruxelles a dû
payer 5 millions parce qu'un de ses agents de police avait maltraité
un mouchard.[76] La ville de Liège a été condamnée à une amende de 20
millions pour une prétendue attaque de francs-tireurs, complètement
inventée par les Allemands.
Toutefois, leurs trois plus grosses opérations financières restent les
réquisitions en masse à Anvers, [77] la contribution annuelle de 480
millions et la saisie d'un milliard.
[Note 76: Voir p. 4 et _Comment les Belges résistent_..., p. 177.]
[Note 77: _La Soupe_, no. 357, a publié _in extenso_ le rapport de M.
Castelein, président de la Chambre de Commerce d'Anvers.]
Un épisode caractéristique de la furie allemande.