Sire, le trein de Mr le comte de Lincoln a commancé, dez jeudy
dernier, XXIIe de ce moys, de s'acheminer à Douvre, pour passer dellà,
et luy partira après demein, XXVIe, en dellibération de descendre à
Boulogne, le dernier du moys, sans fallyr; sa troupe est ung peu plus
grande qu'il ne cuydoit, et pourra estre d'environ deux centz
chevaulx. Il semble que la Royne d'Angleterre laysse sa première
opinyon de retourner à Grenvich, et qu'elle yra à Hamptoncourt pour
plus honnorablement recepvoir Mr de Montmorency et messieurs voz
depputés. Elle ne veult permettre que Mr le comte de Lestre soit leur
hoste en ceste ville, ains elle leur a faict dresser une de ses
maysons, nommée de _Sommerset Place_, qui est fort belle et ample, et
l'a faicte garnyr de ses meubles; mais le dict sieur comte ne laysse,
pour cella, de faire préparer la sienne pour y festoyer la compagnie;
et monstre, toute ceste court, d'estre fort disposée de bien recepvoir
et caresser les françoys.
Toutes les dellibérations du parlement, qui se tient maintenant icy,
sont encores en suspens; et, parce que je creins qu'on y veuille faire
des décretz contre la Royne d'Escoce, j'ay desjà remonstré à des
principaulx de l'assemblée que cella ne pourroit bien sonner pour la
réputation de Vostre Majesté, et dissouldroit plustost que
n'estreindroit quelcun des neudz de la bonne amityé qui est
encommancée; et qu'il estoit trop meilleur et plus honnorable pour la
Royne d'Angleterre qu'elle obtînt par ses Estats la faculté d'eslire
ung successeur, que non pas de faire priver maintenant la Royne
d'Escoce du tiltre de la succession, ny ordonner rien de mal contre
elle. Sur quoy m'a esté despuis respondu que la dicte Royne
d'Angleterre vous vouloit porter tant de respect que, si elle sçavoit,
à bon esciant, que vous deussiez estre offancé pour quelque chose de
la Royne d'Escoce, qu'elle n'auroit garde de permettre qu'on y
touchât. Je ne sçay encores ce qui en sera.
J'ay receu une lettre de Mr Du Croc, du XVIe du présent, et avec
icelle ung pacquet pour Vostre Majesté, par lequel je m'assure qu'il
vous donne bon compte des choses d'Escoce; dont je ne vous en feray
icy aultre mencion, sinon de vous dire, Sire, que ceste princesse,
voyant la confirmation que m'aviez escripte, le IIIIe de ce moys, de
l'advis que, le XXVe du passé, vous m'aviez mandé luy dire touchant
les dictes choses d'Escoce, n'a longuement différé de me laysser
donner conduicte à vostre pacquet vers le dict Sr Du Croc, qui à mon
advis, l'a desjà en ses meins. Et, quant aulx aultres particullarités
que j'ay dictes à la dicte Dame, (de l'accord de messieurs de Guyse
avec monsieur l'Admiral, et de la volontayre démission que ceulx de la
religion ont faicte en voz meins, des places que leur aviez layssées
pour leur seureté, et de la prochaine consommation des nopces de
Madame avec Monsieur le Prince de Navarre, aussytost qu'il sera guéry)
elle en a faict une semblable conjouyssance, comme si ce fussent
particullières prospérités pour elle et pour son estat. Ayant rendu
grâces à Dieu de l'heur et du bon succès qu'elle voyoit maintenant en
toutz voz affères, elle a loué grandement la prudence et la vertu de
Voz Majestez, qui les y sçaviez très bien disposer. Et n'entendz, à
ceste heure, Sire, rien plus ordinayrement des propos de la dicte
Dame, sinon qu'elle est fermement résolue de persévérer en vostre
amityé et bonne intelligence, tant que Dieu la layssera en ce monde.
Il semble que aulcuns angloys se veulent dispenser, de eulx mesmes,
d'aller accompaigner les wuallons, qui sont icy, pour aller ayder
ceulx de Fleximgues, et estime l'on que le nombre pourra estre de
quatre à cinq mille. Sur ce, etc.
Ce XXIVe jour de may 1572.