Sire, estant le courrier de Vostre Majesté et ung aultre de la Royne
d'Angleterre partys d'icy, le jeudy sainct, avec l'entière responce
des poinctz qui concernent la conclusion du traicté; le jour
ensuyvant, est venu advertissement à la dicte Dame comme milord de
Flemy continue de faire son apprest en Bretaigne, pour passer, du
premier jour, avec de l'argent, des monitions et des gens de guerre,
en Escoce; de quoy elle et ceulx de son conseil se sont assez esmeus.
Et ont les dicts du conseil envoyé incontinent ung des clercs de leur
compagnie devers moy, pour me prier de faire une prompte dépesche là
dessus à Vostre Majesté, affin que cella ne puisse retarder le
traicté; et m'ont faict bailler l'extrêt du dict advis, lequel, parce
qu'il désigne les lieux et les jours, et encores d'aultres
particullarités, il monstre avoyr du vraysemblable. Néantmoins je leur
ay respondu qu'il fault adjouxter plus de foy à vostre parolle que à
leur advis, et qu'en tout évènement, s'il se trouve qu'il y ayt des
françoys ou des angloys en Escoce, le traicté règlera Voz Majestez de
les debvoir mutuellement retirer dedans quarante jours. Ilz ont cecy
fort à cueur, et disent que ceulx de Lislebourg, pour la venue de
milord de Sethon, du costé de Flandres, et sur l'attante de milord de
Flemy, de France, sont devenus si insolans qu'ilz rejettent, à ceste
heure, toutes les condicions de paix et de trefves, qu'ilz trouvoient
auparavant très bonnes; de quoy ilz infèrent de plus grandes
conséquences et de plus grandz dangers, que ne sont pas les troubles
des Escouçoys. Et c'est à moy matière propre pour les arguer du
retardement de Mr Du Croc, et que, s'ilz le layssoient aller, avec
l'adjoinct qu'ilz luy bailleroient d'icy, que les deux remédieroient
par ensemble fort facillement à toutz ces inconvénientz; mais ilz sont
résolus d'atandre ce que leurs ambassadeurs leur manderont, et que
Vostre Majesté leur en aura respondu; avec lesquelz je desire bien,
Sire, qu'ayés prins une vertueuse résolution de faire continuer au
dict Sr Du Croc son dict voyage: car se voyt, de plus en plus, qu'il
est très nécessayre à l'Escoce; et ceulx cy n'ont nulle occasion de ne
le vouloir, ny nulle bonne rayson de le contredire. Pareillement, si
Vostre Majesté condescend de gratiffier ceste princesse, sur le
passage de milord de Flemy, à le retarder quelque temps, ou bien à ne
le laysser passer guières accompaigné, que par mesme moyen soit prins
seureté d'elle qu'il ne sera, en façon du monde, rien atempté, de sa
part, au dict pays d'Escoce, sans vostre exprès consentement.
Elle et ceulx de son conseil monstrent de persévérer en très bonne
disposition vers Vostre Majesté et vers vostre royaulme, et semble que
le comte de Lestre passera dellà, si continués, Sire, de monstrer que
vous le désirés; dont sera bon que, de rechef, il soit donné entendre
assez expressément à leurs ambassadeurs que ce vous sera chose très
agréable qu'il face le voyage. J'ay devisé avec milord de Burgley
que, si le dict comte n'y pouvoit aller, qu'il falloit que ce fût luy
et son beau filz, le comte de Oxford, lequel, à présent, est le
premier comte et grand chamberland d'Angleterre, qui heussent ceste
commission; ce qu'il n'a nullement rejetté. Tant y a que, quand la
résolution sera prinse, de l'ung ou de l'aultre, ou bien d'un tiers,
je mettray peyne de sçavoir comme ilz se voudront conduyre en allant
dellà, affin que messieurs voz depputés preignent mieulx leur advis
comme venir icy.
Il se parle fort que ceste princesse, incontinent après Pasques, fera
publier ung parlement, où je creins que c'est pour débouter
perpétuellement la Royne d'Escoce de la succession de ceste couronne,
chose qui, semble, conviendroit bien à Vostre Majesté que ne se fît
jamais, et au moins que ne se fît pas si près, comme l'on est, de la
conclusion du traicté: car, possible, vouldra l'on penser que ce soyt
du mesmes marché; ou bien que le dict parlement est convoqué pour
authoriser davantaige la condempnation et confiscation du duc de
Norfolc. J'espère que bientost s'en entendra l'occasion.
Les choses de Flandres se mènent assez lentement; néantmoins elles se
poursuyvent en une façon que, peu à peu, il s'en accomode toutjour
quelque poinct; dont je pense que, sur le faict des deniers, et sur
celluy des laynes, qui sont les deux plus importantz, les
particulliers, qui y sont intéressés, en seront aucunement
satisfaictz. L'apprest des grandz navires de ceste princesse se
continue, ensemble la description des gens de guerre et des marinyers,
vray est qu'on y va encores à petitz frays, attandant les procheynes
nouvelles qui viendront et d'Escoce et de dellà la mer. Ceulx cy font
semblant de n'avoir entendu, ou de ne se souvenir des instances, que
Vostre Majesté leur a faictes faire pour les deux mil escus qui
alloient en Escoce; il vous plerra le leur faire renouveller. Et sur
ce, etc.
Ce VIIe jour d'apvril 1572.
L'on me vient de dire que milord de Burgley ayant, vendredy
dernier, prins une mèdecine, il se trouve extrèmement mal, ce qui
retardera, et, possible, changera beaucoup l'ordre de noz
affayres.