Sire, en la segonde et troysiesme conférance, que j'ay heues, avec les
Seigneurs de ce conseil, sur les poinctz du traicté, les choses ont
esté, de rechef, fort débatues; et, encor que ce ayt esté, du
commencement, avecques doulceur, il y est, peu à peu, intervenu de la
véhémence, et puis de la contention, car les partisans contraires
n'ont sceu colorer de si bonne aparance de rayson leurs opositions,
qu'ilz n'ayent monstré qu'ilz les faysoient en intention de tout
rompre; et je n'ay voulu laysser aller ung seul de tous les poinctz de
vostre réputation aux simulés argumentz qu'ilz ont allégué de la
seureté de leur Mestresse, si bien qu'ilz ont esté constreinctz de
retourner enfin à quelque modération.
Dont voycy, Sire, en quoy ce conseil persiste maintenant: que,
touchant le premier des deux poinctz que m'avez mandés, si Vostre
Majesté demeure ferme de ne vouloir que celluy de la religion soit
aulcunement inséré dans le traicté, il vous playse trouver bon d'en
faire expédier ung acte, à part, par lettres de vostre grand sceau,
aux propres termes de l'escript que leur en avez desjà faict
communicquer, et que la Royne, leur Mestresse, fera le semblable,
atandu que, toutes les foys qu'il a esté question de l'interprétation
d'ung traicté, l'on en a toutjour faict ung segond, aussy solennel que
le premier, et y a l'on aposé les grandz sceaulx des princes; et si,
en ceste cy, qui leur est très importante, ilz ne pouvoient avoyr ung
nouveau traicté, qu'à tout le moins ilz ayent vostre sceau, et vous
celluy de ce royaulme, affin que toutes les solennités n'y
deffaillent, non pour en uzer sinon privéement entre Voz Majestez, ce
qu'ilz estiment que se pourra faire aussy secrettement que par lettres
de voz meins, atandu que Mr le présidant de Birague, duquel ilz ont
heu fort bonne relacion par leurz ambassadeurs, et qui est ung de voz
depputés, en pourra luy mesmes fayre la dépesche.
Quand au segond poinct, il ne se peut faire que la Royne, leur
Mestresse, par aulcunes raysons puisse estre persuadée, ny eux le luy
vueillent conseiller, que la Royne d'Escoce soit insérée en ung mesme
traicté avec elle, ny qu'elle soit, en façon du monde, nommée en
cestuy cy; et encores, touchant la couronne et estat du pays, ilz
desireroient qu'on se déportât d'en parler, toutesfois si Vostre
Majesté ne veult que cella passe soubz silence, que aulmoins le
premier des articles, que je leur ay baillés pour remplir le blanc,
soit rejetté, et que le segond, le troysiesme et quatriesme y soient
insérés, seulement pour vous complayre, en la manière que milord de
Burgley les a réformés, ou aultrement leur résolution est qu'ilz
demeurent du tout ostés; que d'aultant que le XXXIIIIe article est
général, et concerne aultant voz alliés que ceulx de leur Mestresse,
et peut oster beaucoup de souspeçon aulx aultres princes, ilz
heussent desiré qu'il fût demeuré inséré dans le traicté; et mesmes
ont artificieusement proposé que, puisque vous aviez tant à cueur d'y
mencionner l'Escoce et les Escouçoys, qu'il estoit rayson qu'ilz y
mencionassent le Roy d'Espaigne et ses pays.
A quoy je leur ay respondu qu'il y avoit très grand raison, et pour
nous et pour eulx, de nommer l'Escoce en particullier, et laysser les
aultres en général; toutesfoys je ne voyois pas qu'il y heût grand
inconvéniant que chacun peût nommer ses alliés, dont Vostre Majesté
nommeroit le Pape, l'Empereur, le mesme Roy d'Espaigne, les Suisses et
aultres, s'ilz le trouvoient bon, et qu'ilz nommassent ceulx qu'ilz
voudroient; qui a esté cause qu'ilz ont remis cella à l'arbitre de
Vostre Majesté, quand ilz ont ouy nommer le Pape.
Au regard de ce qu'ilz m'avoient dict, que Vostre Majesté debvoit
offrir plus grand secours à leur Mestresse que celluy qu'avez à
espérer d'elle, ilz n'y ont incisté; mais ouy bien à la forme du
payement du dict secours, qu'ilz desirent que chacun des deux princes
le face sellon le rolle et payes de ses propres gens de guerre, de
façon que Vostre Majesté payeroit les Angloys ainsy que françoys, et
leur Mestresse les François ainsi que angloys; ce que je leur ay
remonstré estre impertinant. Et enfin se sont accordés que leurs
ambassadeurs le proposeront à Vostre Majesté, mais se contenteront que
cella soyt réduit à proportion si esgalle, qu'il n'y ayt plus
davantaige pour l'ung que pour l'autre.
Touchant l'émologation, qu'ilz demandent en voz parlemens, des
articles du commerce, je leur ay dict que j'estime que Vostre Majesté
ne le refuzera, et ay baillé une coppie du pouvoir que m'avez envoyé,
concernant le dict commerce, à milord de Burgley qui me l'a demandé;
et j'entendz qu'il en envoye ung semblable au Sr de Vualsingam, et m'a
dict qu'incontinant après Pasques nous pourrons procéder au faict de
ceste commission.
Quant à procurer que le comte de Lestre, ou, à son deffault, milord de
Burgley passent en France, je n'ay obmis une seule de toutes les
considérations qui se peuvent alléguer sur l'utilité de ce voyage, que
je ne l'aye desduite à ceste princesse, laquelle a esté fort près de
me le concéder, de l'ung ou de l'aultre, non sans vous rendre, Sire,
ung singulier grand mercys pour ceste vostre élection, qui luy fait
prendre une très grande confiance des choses qu'avez à traiter
ensemble; et enfin néantmoins, m'a pryé de vous escripre que, à cause
des temps suspectz, et de ce que, présentement, ces deux siens
conseillers sont très nécessayres en ung parlement qu'elle veut tenir
après ces festes, et aussy pour ung progrès qu'elle est contreinte
d'entreprandre vers le North, incontinant après la Pantecouste, et que
le dict sieur comte admèneroit avecques luy cinq ou six centz des plus
confidantz gentilshommes d'auprès d'elle, elle vous supplye, Sire,
trouver bon qu'elle vous puisse envoyer ung aultre des siens, me
nommant son admiral, comme l'ung des plus dévotz et bien affectionnés
seigneurs qui soyent en ce royaulme, vers Vostre Majesté et vers la
France; et que néantmoins, si Vostre Majesté ne demeuroit bien
satisfaicte que l'ung des aultres deux n'y allât, qu'elle retarderoit
ses propres affères pour l'y envoyer. Sur quoy, Sire, sachant combien
toutz deux envyent ceste commission, je fay tout ce que je puis
qu'elle soyt bientost résolue, mais si, d'avanture, la difficulté se
trouve si grande, comme à la vérité je l'y voy, qu'il ne se puisse
faire, il se faudra contanter du dict sieur admiral, lequel, après les
deux, est bien le plus à propos que nul aultre qu'on sceût choysir en
ceste cour.
Cepandant, Sire, pour les souspeçons que ceulx cy prennent de la venue
du duc de Medina Celi, ilz arment beaucoup de navires, et lèvent des
gens de guerre, et disent assés ouvertement que c'est pour envoyer
vers l'Escoce, affin de garder qu'il n'y descende d'Hespagnols; dont
Vostre Majesté me commandera comment je debvray uzer en cella, ne
pouvant convenir à vostre réputation ny qu'ilz y aillent, car ilz
s'esforceront incontinent d'opprimer ceulx de Lillebourg, ny de voyr
que eulx et les Hespaignols se débatent, sans vous, de l'entreprinse
de ce pays là, qui est tout entièrement de vostre alliance. Sur ce,
etc.
Ce IIIe jour d'apvril 1572.
Tout maintenant, l'on me vient de mander, de ceste cour, que
certein propos que je tins, hier, à ceste princesse, a heu tant
d'efficace qu'elle dellibère maintenant d'envoyer le comte de
Lestre en France, à quoy je mettray peyne de la conforter; et Voz
Majestez pourront aussy beaucoup ayder de dellà avec ses
ambassadeurs, si leur monstrés que ne demeureriez assez bien
satisfaictes, si le dict comte ou milord de Burgley n'y
passoient. Je n'ay esté, despuys que je suis en Angleterre, si
grandement traversé d'inventions caultes et malicieuses, sur les
affaires de vostre service, comme, ceste foys, sur la conclusion
de ce traicté; mais, grâces à Dieu, la Royne d'Angleterre vous
demeure plus confirmée d'amytié et de confédération que jamais,
et, le traicté conclud, Dieu, par sa grâce, acheminera, s'il lui
playst, le reste.