Sire, sur l'heure que j'ay receu vostre dépesche du IIIIe, VIIIe et Xe
de ce moys, par Nicolas le chevaulcheur, la mienne, que j'ay envoyée
à Vostre Majesté par mon secrettère, estoit desjà si achevée, et luy
si prest de partir, que j'ay estimé ne debvoir retarder l'une pour
l'arrivée de l'aultre, espérant que, le jour ensuyvant, j'aurois
audience, et que bientost je vous pourrois encores renvoyer le dict
Nicollas; mais, la nuict d'après, il a prins ung si grand mal et une
si grande torcion d'estomac à la Royne d'Angleterre, à cause, comme on
dict, qu'elle avoit mangé du poisson, qu'il m'a fallu avoir pacience,
et a esté la douleur si griefve et si véhémente que toute ceste cour
s'en est trouvé en grand estonnement; et le dict comte de Lestre et
milord de Burgley ont veillé, troys nuictz entières, près de son lict,
mais, à ceste heure, ilz me viennent de mander que, grâces à Dieu, le
mal luy est beaucoup dimynué, et qu'ilz espèrent que, dans peu de
jours, elle se portera mieulx, et qu'ilz me manderont quand je pourray
parler à elle. Cella sera cause, Sire, que je n'auray le moyen, si
tost que le desiriez, de vous mander la responce des poinctz qui sont
contenuz en vostre et dernière dépesche. Néantmoins je incisteray de
l'avoir, et qu'il ne m'y soit uzé de remise, lorsque je verray que,
honnestement et avec rayson, j'en pourray presser la dicte Dame. Et
sur ce, etc.
Ce XXVe jour de mars 1572.
Encores tout maintenant, un des clercs de ce conseil me vient de
dire, de la part de milord de Burgley, que la Royne, sa
Mestresse, desire que je la voye demein; mais que ce soit sans
toucher aulcune négociation d'affères.