Sire, après que ceulx cy ont heu pensé et pourveu à la dépesche qu'ilz
avoient à faire en France par l'homme de Me Smith, ilz ont tenu
conseil sur les choses d'Escoce, ès quelles ilz ont advisé d'y
pourvoir sellon l'occurance du temps, car, en premier lieu, ilz ont
renvoyé le Sr de Cuninguen devers ceulx d'Esterlin, les persuader à
l'abstinence de guerre pour deux moys, attandant l'yssue du tretté qui
est encommancé avec Vostre Majesté, leur promettant que, par la
conclusion d'icelluy, l'authorité du jeune Roy demeurera confirmée, ou
bien que la Royne d'Angleterre ne leur manquera de secours et de
forces pour la luy establyr par les armes. Après, ilz préparent de
faire partyr, dès demain, mestre Randol devers ceulx de Lislebourg
pour les exorter de se ranger à l'obéyssance du dict jeune Prince; et
que, par ce moyen, ilz se vueillent mettre d'accord avec les aultres,
avec promesses qu'ils seront restitués en leurs biens, maysons,
charges et honneurs, et qu'ilz seront associés à l'administration et
gouvernement, et tenus pour conseillers de l'estat, sellon leurs rengs
et qualités, comme auparavant: et puis le maréchal Drury le doibt
suyvre dans troys jours, pour aller, luy et milord Housdon, estre
arbitres du dict accord, et estipulateurs des promesses qui se feront
des deux costés, et pour confirmer aussy celles qui se feront à l'ung
party ou à l'aultre de la part de ceste princesse. En quoy j'entendz
qu'il emporte deux secrettes commissions; l'une, de dresser quelques
forces en faveur de ceulx d'Esterlin, au cas que le dict accord ou
l'abstinence ne succèdent; l'aultre, de convenir avec eulx d'avoir le
comte de Nortomberland entre ses meins, ce que je creins estre au
dommaige de l'évesque de Roz: dont je desire bien, Sire, que le Sr de
Vérac puisse avoir receu vostre dépesche en ce qu'avec icelle je luy
ay escript, du XXVIe de l'aultre moys, premier que toutz ces dèmenés
se facent. Mais ce, en quoy la contrariété s'est monstré plus grande
en ce conseil, a esté de la personne de la Royne d'Escoce, à qui en
demeureroit la garde, car ceulx, de qui l'opinyon est plus
ordinayrement suivye, crioyent toutz, d'une voix, qu'elle debvoit
estre menée plus en çà vers Londres, et estre commise à sir Raf
Sadeller. A quoy le comte de Cherosbery, n'ozant ouvertement
contredire, a seulement monstré que ce seroit un argument ou de n'y
avoir bien faict son debvoir jusques icy, ou qu'on se deffieroit de
luy pour l'advenir; et a l'on heu tant de respect à luy que, jeudy
dernier, la Royne d'Angleterre, avec plusieurs parolles de confience,
luy a confirmé la garde de la dicte Dame: dont incontinant il a
préparé son congé, et, de peur qu'on changeât l'ordonnance, il est
party, le lendemain de grand matin, pour s'en retourner en sa mayson,
avec commission de renvoyer sir Raf Sadeller par deçà; qui n'est peu
de bien ny petite consolation à ceste pouvre princesse en ung temps de
si grand dangier.
J'ay entendu que l'évesque de Ross a esté escript au rolle de ceulx
qu'on appelle icy _indictes_, qui doibvent estre menés en jugement,
avec les deux secrettères du duc de Norfolc, en grand danger de
condempnation de mort; mais j'ay envoyé, au nom de Vostre Majesté,
faire ung office bien exprès pour luy envers ceulx de ce conseil, qui
enfin m'ont respondu que la Royne, leur Mestresse, ne lui fera que
tout honnorable trettement.
Mècredy dernier, et encores vendredy, l'on a, de toutes les partz de
ceste ville, accouru à la Tour comme pour voyr l'exécution du dict duc
de Norfolc, ce qu'on a estimé avoir esté faict à poste, pour essayer
le cueur de ce peuple. Quelques ungs estiment que la dicte Dame se
soyt ung peu modérée en son endroict, et ses amys font, soubz mein, ce
qu'ilz peuvent, mais il a des ennemys qui procèdent tout à descouvert
et bien redde contre luy. Dieu le vueille préserver.
Les depputés de Flandres sont attandantz les trente jours portés par
la proclamation de la vente des marchandises, et avoir responce du duc
d'Alve là dessus, après qu'il aura ouy l'ambassadeur d'Espaigne, qui
doibt estre desjà arrivé devers luy. Il y a bien cinq semaines qu'il
n'est venu aulcune dépesche du dict duc, et le dict ambassadeur a fait
détenir à Gravellines, et sur le chemin, tous les pacquetz et postes
qu'il a trouvés, et encores a faict arrester quelques angloys, à cause
de son mestre d'ostel, qui a esté retenu prisonnier par deçà. J'ay
sceu, à la vérité, que ceste grande flote de Flandres, sur laquelle
don Francès d'Alava s'estoit embarqué, a esté contreincte par temps
contrayre de venir relascher vers Dertemue, et que le dict don Francès
n'a jamès voulu que le vaysseau, où il estoit, ayt abordé en nulle
part de ce royaulme; dont les mariniers jugent, veu la grande
tourmente qui a continué despuis, qu'il est allé périr ez costes de
Bretaigne. Sur ce, etc. Ce Ve jour de febvrier 1572.