AU ROY.

Sire, par ma dépesche de devant ceste cy, laquelle est du IIIe de ce

moys, il a esté satisfaict à celle que j'ay despuys reçue de Vostre

Majesté, du XXIIIIe du passé, en ce qui concerne les choses advenues à

Paris, desquelles et des aultres bruictz, qui ont couru de monsieur de

Guyse et de monsieur l'Admyral, j'en avois desjà si bien informé la

Royne d'Angleterre et les seigneurs de son conseil, sur voz

précédentes du XIXe, qu'il n'a esté besoing de leur en donner plus

grand esclarcissement. Et me semble, Sire, qu'ilz sont demeurés très

bien persuadés de la paix de vostre royaulme, sinon que le Sr de

Quillegrey, par ses dernyères, leur en ayt faict penser aultrement;

lequel a escript que la Royne de Navarre avoit refuzé de venir, parce

que Mr de La Valète, avec sa compagnie, estoit dedans Leytoure, et

qu'elle disoit ne pouvoir vivre sans beaucoup de souspeçon, tant

qu'elle sentiroit ceste garnison si près d'elle. Je n'ay, à présent,

nul plus grand soing que de faire comprendre à ceulx cy que Vostre

Majesté a, en sa main, son royaulme très paysible et très puissant,

pour meintenir très bien et apuyer le leur, quant il en sera besoing,

et qu'ilz le doibvent ainsy espérer et s'en assurer parfaictement,

aussitost que Vostre Majesté leur en aura donné sa parolle. Et ay bien

tant faict, Sire, que, despuis six jours, ilz ont envoyé amplyer la

commission de Mr Smith, et luy ont mandé d'estreindre les choses le

plus tost que faire se pourra, et qu'il offre ardiment, de la part de

sa Mestresse, d'accomoder, par commune intelligence avec Vostre

Majesté, les choses d'Escoce, sans y envoyer des forces; et que mesmes

elle retirera celles qui s'y pourroient trouver de sa part, car ne me

veulent dissimuler que la dicte Dame ne soit preste d'y en envoyer,

aussitost qu'elle entendra que des estrangers y seroient descendus.

Tant y a que je ne puis pour cella changer de l'opinyon, que j'ay

desjà mandée, touchant le passage de milord de Flemy et de Mr Du Croc

par dellà, veu que ceulx cy ne cessent d'instemment presser et

solliciter ceulx de Lillebourg, desquelz ilz attandent leur responce

en brief, par le capitaine Caje, qui est encores devers eulx, et

lequel je sçay qu'a escript que l'espérance des choses, que les dicts

de Lillebourg attendent, d'heure en heure, du costé de France par

milord de Flemy et par le frère du capitaine Granges, les faict tenir

fort fermes.

Il y a heu du combat assés rude dans les faulxbourgs du dict

Lillebourg, de quoy, et des aultres choses que le dict capitaine Caje

rapportera de dellà, j'espère, Sire, de vous en escripre bien au long

aussytost qu'il sera arrivé. Je n'avois failly, dès le IIe du passé,

par une dépesche que j'avois faicte au Sr de Vérac, de l'assurer,

touchant ces mauvais et pernicieux bruietz, qu'on faisoit courir par

dellà, qu'ilz estoient faulx et malheureusement controuvés; et je le

luy confirmeray encores par la première commodité que j'auray de luy

escripre.

J'ay obtenu de pouvoir envoyer aulcunes besoingnes à la Royne d'Escoce

pour sa santé, mais avec condition que le messager doibve estre muet.

Je le luy ay desjà dépesché, et luy ay mandé toute la consolation, de

la part de Vostre Majesté, qu'il m'a esté possible. Sir Raf Sadeller

est desjà auprès d'elle, et me creins assés que, pendant que le comte

de Cherosbery sera icy, l'on la vueille remuer au chasteau de Herfort:

car j'entendz qu'on y a faict quelques provisions, et qu'on y envoyé

de la tapisserie, et ne voy point que, pour le bon propos où ceulx cy

sont avec Vostre Majesté, ilz monstrent nul signe de modération vers

ceste princesse, ny vers son ambassadeur, qui est fort estroictement

tenu, et bien fort mal tretté; et néantmoins la cause d'elle, et celle

du duc de Norfolc, n'ont faulte de leur support qui se manifeste en

plusieurs sortes dans ceste court, et ceulx de ce conseil en ont, à

toute heure, des adviz secretz; et voyent souvant des placartz et des

libelles diffamatoires qui s'en publient contre eulx, dont ilz vivent

en grande souspeçon et deffience les ungs des aultres.

Cependant l'on ne laysse de presser le partement de l'ambassadeur

d'Espagne, et, parce que la responce du duc d'Alve a semblé tarder

beaucoup, l'on l'a faict acheminer à Douvres, et luy a l'on offert

d'avancer ce qu'il debvoit icy d'argent, ou bien de luy faire donner

terme, et qu'il ayt à promptement se retirer; dont Hacquens luy a

desjà mené au dict Douvres le navyre de conserve, qui est ordonné pour

son passage. Les depputés de Flandres attandent aussi la responce du

duc d'Alve. Mais il est émerveillable combien ilz offrent de grandz

partys pour retourner aux termes de l'accord, et combien il se faict

de dilligences, par ceulx du party de Bourgoigne, pour les faire

accepter; en quoy je me conduys toutjour, le plus que je puys, sellon

qu'il vous a pleu, longtemps y a, me le mander par chiffre. Et sur ce,

etc. Ce IXe jour de janvier 1572.

Correspondance Diplomatique de Bertrand de Salignac de La Mothe Fénélon, Tome Quatrième Ambassadeur de France en Angleterre de 1568 à 1575 · 第 202 / 362 题