AU ROY.

Sire, sur le partement de Mr Smith, je vous ay mandé le plus de

particullaritez de sa dépesche que, de divers endroictz, il m'a esté

possible d'en apprendre, et suys bien marry que je n'ay heu le moyen

d'en donner davantaige lumière à Vostre Majesté; mais c'est parce que

milord de Burgley seul l'a dressée, à part soy, sur la secrecte

conférance d'entre la Royne sa Mestresse, le comte de Lestre et luy,

sans qu'il ayt permiz d'en rien passer par nulle aultre main.

Néantmoins je l'ay despuys faict observer, et sçay qu'il a dict, en

général, que le dict Sr Smith emportoit les plus amples instructions

qui, de ce costé, eussent, longtemps y a, esté envoyées en France, et

qu'il espéroit qu'il en réuscyroit ung très bon effect entre ces deux

royaulmes.

Cependant, Sire, l'on a procédé à l'accommodement des différans des

Pays Bas, et tant sont allez et venuz les commiz, depputez et

commissaires devers les seigneurs de ce conseil, et a l'on tant faict

d'assemblées et de conférances là dessus, que nous tenons, à présent,

le faict de la restitution des merchandises pour tout accordé, ou

qu'au moins il y reste si peu de difficultez qu'elles ne sont

considérables, et qu'on est meintenant à regarder sur le payement des

deniers, et comme, et à quelz termes ils pourront estre renduz.

Encores dict on qu'on a passé oultre à parler du restablissement du

commerce, jusques avoir articullé que, si les privillèges, dont les

Anglois jouyssoient devant ceste dernière suspencion, leur estoient

randuz, et qu'ilz ne fussent subjectz au dixiesme que le duc d'Alve a

nouvellement imposé, qu'ilz pourroient retourner, du premier jour,

traffiquer en Envers. Tant y a que, pour ceste heure, il semble que

cest article ne se trettera pas.

Le Sr de Cuniguem est, despuys trois jours, arrivé du Petit Lith sur

le poinct que ceulx cy estoient à dellibérer des choses d'Escoce; qui

raporte la nouvelle de la deffaicte que le Sr Adam Gourdon a faicte

près d'Abredin sur milord Forbons, et sur les gens que le comte de Mar

luy avoit baillez, de quoy icelluy de Mar et le comte de Morthon ont

prins occasion de presser meintenant bien fort, par le dict Cuniguem,

ceste princesse de leur envoyer le secours qu'elle leur a promiz.

Dont, après avoir esté longuement consulté là dessus, j'entendz, Sire,

qu'il a esté ordonné que le maréchal Drury partyra, devant Noël, pour

aller mettre ensemble quatre mil hommes de pied et quatre centz

chevaulx, de ceulx de la frontière du North, cinq pièces d'artillerye,

et ung nombre de pouldres, pour marcher incontinent droict à

Lillebourg affin de l'assiéger de rechef, après toutesfoys qu'on aura

encores une foys sommé ceulx de dedans de se soumettre, eulx et la

place, à l'obéyssance du jeune Roy; et que ceste princesse est résolue

de ne rien espargner pour forcer la ville et le chasteau. J'essayeray,

Sire, de m'y opposer en vostre nom le plus expressément qu'il me sera

possible, aussitost que je verray passer les choses plus avant; mais

je supplie Vostre Majesté de faire cependant presser milord de Flamy,

si d'avanture il est encores par dellà, qu'il ayt incontinent à

partyr; car, de son arrivée à temps, et de la bonne dépesche, que le

frère du capitaine Granges, et de celluy marchant que j'ay naguières

adressé à Mr de Glasco, emporteront, aura de dépendre le principal

évènement de toute l'entreprinse.

Je viens tout présentement de recepvoir par ung mesmes pacquet deux

dépesches de Vostre Majesté, du dernier du passé et du premier d'estuy

cy. Je verray bientost ceste princesse sur le contenu d'icelles,

lesquelles me semblent très convenables à ce qui est besoing de

négocier meintenant avec elle, et que Voz Majestez et Monseigneur avez

très prudemment et vertueusement usé en tout ce qu'avez dict et faict

en l'endroict du Sr de Quillegrey. Sur ce, etc. Ce XVIe jour de

décembre 1571.

La présente estoit desjà dattée et signée, quant milord de

Burgley m'a envoyé le Sr Cavalcanty pour me saluer de sa part, et

me dire que la Royne, sa Mestresse, et les seigneurs de son

conseil s'estoient enfin résoluz de ce qu'ilz avoient à faire en

l'endroict de l'ambassadeur d'Espaigne, et que, ceste après

dinée, l'on l'avoit mandé dans le conseil, où, après plusieurs

choses débattues, il luy avoit esté enjoinct de vuyder

d'Angleterre dans lundy prochain par tout le jour. Qui est une

résolution, Sire, que ceste princesse a prinse sur la ferme

asseurance, qu'il vous a pleu que je luy aye donné de vostre

bonne et parfaicte et perdurable amytié. J'estime que, pour

cella, l'on ne layssera de passer oultre à l'exécution des

accordz touchant la restitution des merchandises.

Correspondance Diplomatique de Bertrand de Salignac de La Mothe Fénélon, Tome Quatrième Ambassadeur de France en Angleterre de 1568 à 1575 · 第 191 / 362 题