AU ROY.

Sire, quant le Sr de Fiesque et le mareschal Drury ont esté arrivez,

l'ung, d'un costé, de Flandre, et l'aultre d'Escoce, ceulx, qui

jusques icy avoient retardé le voyage de maistre Smith pour France,

n'ont heu sur quoy davantaige le prolonger, mais j'ay esté de fort

bonne part adverty qu'ilz se sont esforcez de me faire plusieurs

traverses en ceste court pour divertyr la Royne d'Angleterre d'entrer

en aulcune intelligence avec Vostre Majesté; et ont essayé avec

deniers contantz, et par présens et grandes promesses, de gaigner, et,

possible, avoient desjà gaigné aulcuns des principaulx d'auprès

d'elle, qui sont non seulement cogneuz parciaulx de la mayson de

Bourgogne, mais encores plus expressément ce peu qu'il y en a qui ont

affection à la France, pour tenir la main qu'elle condescendît à

l'accord des Pays Bas sellon les articles du duc d'Alve, et luy

imprimer des scrupules de Vostre Majesté, de ce que j'avois envoyé des

lestres et des messagiers jusques à Lillebourg durant le siège, pour

faire que ceulx de dedans s'opiniastrassent à le bien soubstenir, et

despuys pour les destorner de la pratique que milord de Housdon,

milord Escrup et le dict mareschal menoient pour les ranger au party

qu'elle prétend establyr par dellà; de quoy, à la vérité, elle a esté

bien marrye.

Et ayant heu encores à parler meintenant à la dicte Dame de ces

particullaritez de la Royne d'Escoce, et nomméement de la suppression

de ces livres qui ont esté imprimez contre elle, jouxte vostre

dépesche du XVe du passé, j'ay estimé, Sire, qu'il m'estoit besoing de

luy mesler quelques aultres gracieulx propos qui fussent pour la

retenir et la faire bien persévérer vers vostre Majesté; et pourtant

je me suys servy de ce qu'elle mesmes, en la dernière audience,

m'avoit dict bien fort à la louange de Vostre Majesté et de la Royne,

vostre mère, et de Monseigneur; et l'ay asseurée que toutz trois aviés

prins de fort bonne part les honnorables propos qu'elle avoit

particullièrement tenuz d'ung chacun; et que la Royne, pour son

regard, me commandoit de luy dire qu'il ne se pouvoit rien ymaginer

d'office de bonne sœur, ny de bonne cousine, ny encores de vrayement

bonne mère, que la dicte Dame ne les deubt toutz attandre et espérer

d'elle, avec habondance d'amour et avec le respect, et honneur,

qu'elle sçavoit bien qui estoient deubz à sa grandeur et aux

excellentes qualitez que Dieu avoit mises en elle, et que Monseigneur

mettoit au plus hault compte de sa félicité, l'estime qu'elle avoit de

luy; qui pourtant desiroit de pouvoir employer ainsy sa personne pour

son service qu'il peult mériter ceste grande faveur: et Vous, Sire,

sur ce qu'elle m'avoit dict qu'il y avoit beaucoup de valleur et de

vertu en vous, et que nomméement vous abondiez d'intégrité, de

droicture et de vérité, aultant qu'il convenoit à un prince d'honneur

d'en avoir, que vous me commandiez de la remercyer infinyement de ce

tant favorable et advantaigeux jugement qu'elle faisoit de Vostre

Majesté, qui vous augmentoit le desir d'estre et devenir tel comme

elle vous estimoit, si d'avanture vous n'y estiez desjà parvenu, et

que vous ne la pouviez plus grandement récompenser de ceste sienne

bonne opinion que par l'avoir toute semblable d'elle et en telle

perfection de vertu et d'honneur, comme il se pouvoit ymaginer d'une

des plus accomplyes princesses du monde; et que c'estoit sur ce très

solide fondement de la mutuelle bonne estime de la vertu l'ung de

l'aultre, que vous desiriez voir principallement establye vostre

mutuelle amytié et que pourtant vous acceptez de très bon cueur celle

qu'elle vous offriroit de sa part, et lui promettez de mesmes la

vostre très parfaicte, et de demeurer fermement résolu en icelle, tant

que vous vivriez, et de la luy rendre encores perdurable à vostre

couronne et entre voz deux royaulmes, en toutes les meilleures sortes

qu'il seroit en vous de le pouvoir faire.

Duquel propos, Sire, la dicte Dame a monstré qu'elle restoit fort

consolée et merveilleusement contante, et me l'a faict redire une

seconde foys; puys m'a demandé si elle trouveroit celle correspondance

en Vostre Majesté, dont je l'asseuroys. A quoy ayant adjouxté toute la

confirmation qu'il m'a esté possible, elle m'a dict qu'elle ne

vouloit, pour ceste heure, rendre qu'un simple grand mercys pour ce

message, encor qu'il fût le plus grand, le meilleur et le plus desiré,

qui luy eust sceu advenir, mais que sur icelluy, qui qu'en deust

parler, elle dépescheroit le lendemain, sans plus de dilay ny remises,

maistre Smith devers Vostre Majesté, lequel auroit charge de vous en

remercyer davantaige, et de vous dire aulcunes aultres choses de sa

part, desquelles s'asseuroit que Voz Majestez Très Chrestiennes en

demeureroient très contantes.

Et après, nous sommes miz à débattre bien paysiblement les

particullaritez qui concernoient la Royne d'Escoce, et nomméement la

supression des livres qui ont esté imprimez au préjudice de son

honneur; en quoy la dicte Dame m'a asseuré qu'iceulx livres venoient

de l'impression d'Escoce et d'Allemaigne, et non de Londres, et m'a

allégué des occasions pourquoy elle ne debvoit commander qu'ilz

fussent suprimez, et que maistre Smith vous en satisferoit davantaige.

Puis m'a reproché les lettres et messages que j'avois mandé à

Lillebourg, et si je voulois entreprendre de luy estre ainsy

contraire.

Je luy ay respondu que je n'avois de rien plus esloignée mon intention

que de norrir division et contrariété entre Vostre Majesté et elle,

mais que je luy voulois tout librement confesser que, si j'avois peu

quelque chose en faveur de ceulx qui maintiennent vostre party en

Escoce, que indubitablement je l'avois faict; et que je ne vouldrois

en cella espargner ma vie, non que luy dényer que je n'y vollusse

employer quelque office de mon debvoir; mais qu'elle se moquoit de

moy: car elle donnoit bon ordre qu'il ne pouvoit aller, ny venir,

aulcunes lettres ny messages, de vostre part, par dellà.

Et ainsy m'estant licencié gracieusement de la dicte Dame, maistre

Smith est venu, le jour après, me trouver, desjà tout expédié d'elle

et des seigneurs de ce conseil; qui m'a asseuré qu'il emportoit de

quoy pouvoir conclure, ou par alliance, ou par ligue, une bonne et

bien estroicte amytié avec Vostre Majesté et avecques la France, s'il

vous playsoit, Sire, y procéder, ceste foys, à bon esciant. Je luy ay

respondu qu'il trouveroit une parfaictement bonne disposition en Voz

Majestez Très Chrestiennes, qui vous attandiez, à ce coup, de voir

réuscyr quelque effect de tant de bonnes parolles du passé, et que son

voyage, s'il ne tenoit à luy, seroit indubitablement très utille à ces

deux royaulmes; et luy ay offert ung des miens pour l'accompaigner, et

pour le faire bien recepvoir par dellà, qui a monstré qu'il le

desiroit infinyement; dont luy ay baillé le Sr de Sabran, lequel,

sellon le loysir que j'ay heu de le pouvoir instruyre, vous informera,

Sire, d'aulcunes choses qui s'entendent, et qui estoient en termes en

ceste court, sur la dépesche du dict Sr Smith, et aussi de ce qui

résulte, jusques à ceste heure, de la négociation que milord de

Housdon a faicte avec les Escouçoys, pareillement de l'estat de la

Royne d'Escoce, et comme se retrouvent à présent ceulx de Lillebourg,

avec aulcunes aultres particullaritez bien expécialles, qui me

semblent importer assés que Vostre Majesté les sache, premier que de

tretter avec le dict Sr Smith. Sur ce, etc.

Ce Xe jour de décembre 1571.

INSTRUCTION AU Sr DE SABRAN.

Je prie Leurs Majestez d'entendre ces aultres particularitez, que

j'ay baillées sommairement, et en haste, au Sr de Sabran, pour

leur dire:

Que ce n'est sans besoing que la Royne d'Angleterre cerche

meintenant l'amytié du Roy, mais, quant elle verra se pouvoir

mointenir sans icelle, ny elle s'y vouldra davantaige obliger, ny

quicter celle du Roy d'Espaigne, ains demeurer, ainsy qu'elle

est, sans rien innover entre les deux; dont, pendant qu'elle est

en doubte de l'austre costé, il est expédiant que, de celluy du

Roy, elle soit pressée de passer oultre avecques luy.

Maistre Smith, à ce que j'entendz, poursuyvra les propos du

mariage, et toutes les intelligences, que j'ay icy, concourent à

ce que ceste princesse y est à présent bien disposée, et le comte

de Lestre, et milord de Burgley, qui s'y monstrent affectionnez,

disent qu'on s'eslargira sur le poinct de la religion, mais ne se

layssent entendre commant; et semble que le dict Sr Smith le

débattra fort. Dont, sellon les termes où l'on en est de présent,

sera bon de monstrer que, pour n'espérer jamais fin en celle

dispute de la religion, qu'on n'ose plus en parler, et par ainsy,

gardant chacun son advantaige de ce qu'il en a dict, mesmes qu'on

ne vouldroit sans nouvelle instance en offrir jamais rien

davantaige de ce costé, sera bien faict qu'on passe incontinent à

l'aultre poinct, qui est de la ligue.

Lequel nous est icy assés contradict de plusieurs qui ont

authorité, et qui, avec l'affection qu'ilz ont au contraire,

allèguent beaucoup de raysons qui sont pour les anciennes

alliances, et pour ne les debvoir quicter pour des nouvelles; en

quoy intervient encores des présens, des promesses et des

persuasions grandes, du costé d'Espaigne.

Mais la bonne opinion qu'on a de la vertu et intégrité du Roy,

l'estime de Monseigneur, la grande espérance de Mr le duc,

l'observance de l'éedict de paciffication, les choses d'Escoce,

les mutuelles offances d'entre le Roy d'Espaigne et ceulx cy, (et

qu'ilz jugent que, s'il meurt, toutz ses estats, par faulte

d'hoyr, qui soit en aage pour les régir, seront incontinent en

trouble), font que plusieurs conseillent ouvertement à ceste

princesse la ligue avecques la France.

Et à cella ayde beaucoup que, tant plus l'on va aprofondissant

les souspeçons contre ces seigneurs qui sont dans la Tour, plus

l'on trouve que l'affaire s'estand bien loing, que presque toutz

les principaulx catholiques de ce royaulme sont aulcunement de

l'intelligence, mais bien peu de protestans meslez; que le tout

s'est dressé par les fuytifz qui sont en Flandres, et que

l'ambassadeur d'Espaigne, qui est icy, y a tenu la main; dont

semble que, pour ces occasions, ilz soyent pour conclurre à bon

esciant la ligue avecques le Roy.

Le dict Sr Smith a charge de renvoyer incontinent ung des siens

par deçà, aussitost qu'il aura cogneu de quelle vollonté sont à

présent Leurs Majestez, ou vers l'alliance, ou vers la ligue; et

semble qu'on entretiendra le Sr Fiesque en diverses négociations,

et qu'on temporisera la résolution des choses d'Escoce jusques

allors; mesmes ne deffault qui m'a donné adviz que le voyage du

dict Smith n'est à aultres fins que pour faire plyer le duc

d'Alve à plus doulces condicions, et pour amuser le Roy qu'il ne

pourvoye au faict de l'Escoce; tant y a que de donner au dict Sr

Smith, aussitost qu'il arrivera, bonne espérance des choses qu'il

desirera, cella pourra traverser beaucoup toutes aultres

contraires négociations, et faire bien acheminer celle que le Roy

desire faire avecques ceste Royne.

Il y en a icy qui considèrent beaucoup de grandes utillitez à

faire ceste ligue, et les mesurent par les grandz dommaiges et

empeschemens qui, pour le passé, sont advenuz à la France, quant

l'Angleterre luy a esté ennemye, et que ce sera ung non petit

accez à la grandeur d'eulx, de se fortiffier meintenant de ceste

alliance, tant par mer que par terre, et la soubstraire au Roy

d'Espaigne; mesmes qu'il est dangier que la ligue d'Itallie ne

tourne à la fin au préjudice de Sa Majesté Très Chrestienne, et,

si elle va prospérant, que bientost l'on ne chasse toutz ses

partisans hors d'Itallie, là où, si ceste ligue avec la Royne

d'Angleterre se conclud, l'on le craindra et respectera aultant

et plus qu'on a faict jamais nul de ses prédécesseurs.

Mais il semble qu'il n'y a nul plus honneste fondement, sur

lequel se puysse dresser ceste ligue, ny plus esloigné de

jalouzie et de souspeçon aulx aultres princes, ny plus aprouvé de

toutz les Catholiques, tant de ce royaulme que de toute la

Chrestienté, que sur les accommodemens des affaires de la Royne

d'Escoce et de son royaulme; à quoy semble bien que ceux de ce

conseil prétendent, et qu'ilz entendent de faire une

confédération entre les trois royaulmes;

Mais c'est en confirmant l'authorité du jeune Roy en Escoce, et

suprimant du tout celle de la Royne, sa mère, et voulant retenir

perpétuellement la dicte Dame en leurs mains, qui seroient

condicions peu honnorables pour le Roy, et ausquelles se

trouveroit de grandes difficultez et beaucoup de contradisans.

Et semble bien que, pour le moins, l'authorité de la dicte Dame,

avec l'association de son filz à la couronne, doibt estre

restablye, et que une forme de gouvernement soit dressé des

seigneurs de la noblesse, aultant de l'ung party que de l'aultre,

pour régir le pays, attandant le retour de leur Royne et la

majorité du jeune Roy, et qu'il soit faict un compromiz entre les

deux Roynes d'Angleterre et d'Escoce, pour déterminer leurs

différans par ung bon tretté: et cependant soit pourveu à ce que

la Royne d'Escoce ayt ung honnorable trettement, et soit tenue

en quelque honneste liberté, ses serviteurs remiz auprès d'elle,

son ambassadeur eslargy et admiz à continuer sa charge, o[19]

condition toutesfoys que la dicte Royne d'Escoce, ny ses

ministres, ne mèneront aulcune pratique, ny dehors ny dedans ce

royaulme, au préjudice de la Royne d'Angleterre; et que mesmes

elle baillera ostages de ne s'en aller cependant hors d'icy, sans

le congé de la dicte Royne d'Angleterre.

[19] Avec condition.

Il est vray que, quant à capituler des dictes condicions, qui

concernent la dicte Royne d'Escoce et les Escouçoys, eulx

mesmes vouldroient estre ouys, et leur intention se pourra

comprendre par deux lettres que le Sr de Sabran emporte, l'une

de la dicte Dame, du VIIe novembre, et l'aultre du Sr de Vérac

du XXIIIe du dict moys, dont celle de la dicte Dame monstre

qu'elle ne veult aulcunement associer son filz; mais je luy ay

mandé qu'elle se donne paix, et se veuille reposer de cella sur

l'amytié que le Roy luy porte, qui ne conclurra rien qui ne

soit à l'advantaige d'elle, et sans que ses proches parans et

son ambassadeur soyent appellez.

Quant à toutes aultres condicions, Leurs Majestez Très

Chrestiennes les entendent mieulx que je ne les sçauroys

considérer; tant y a que, pour tenir ceux cy bien obligez à la

ligue, et garder que légèrement ilz ne s'en départent, il n'y a

rien meilleur que de transporter le traffic de ce royaulme, qui

se faict à ceste heure à Hembourg, en quelque bonne ville de

France, et leur ottroyer là de bons privillèges.

Le comte de Lestre et milord de Burgley se monstrent desirer

infinyement la conclusion de ceste amytié pour la seurté de

leur Royne et pour l'establissement du présent estat du

royaulme, et ceulx là, sans aultres, mèneront les choses à

perfection, si elles y doibvent jamais venir; dont ceulx, qui

entendent les humeurs de ceste court, disent que, quel que ce

soit, des deux, sçait très bien que le Roy d'Espagne donne

entretennement à ses partisans qu'il a en ceste court, et qu'il

est sans doubte qu'ilz s'attendent d'estre gratiffiez du Roy,

mesmes qu'ilz sont sollicitez par grandz présens de l'autre

costé, mais qu'ilz se contanteront à beaucoup moins de cestuy

cy: quoy que soit, il semble estre nécessaire de leur donner

quelque chose, et mesmes, à ceste heure, affin de passer

oultre. Leurs Majestez entendront là dessus, s'il leur playt,

le Sr de Sabran, et jugeront que leur présente libérallité en

cest endroict, de mil escuz, sera pour leur espargner, ou pour

les choses de France, ou pour celles d'Escoce, la despence

possible de cent mil.

Les articles que le Sr Fiesque a raportez de Flandres ont

semblé durs aulx Anglois; et la Royne a monstré qu'elle

n'estoit pour les accorder en la sorte qu'ilz sont. Tant y a

que les depputez des Pays Bas y donnent de si bonnes

interprétations qu'il semble qu'à la fin ilz s'accorderont,

mais ce sera au grand advantaige de la dicte Dame si elle

trouvoit quelque bonne correspondance en France, aultrement je

croy bien qu'elle fera une partie de ce qu'on vouldra.

Elle m'a curieusement demandé si l'ambassadeur d'Espaigne s'en

estoit allé d'auprès du Roy sans congé, comme le Sr de

Valsingam le luy avoit escript, et si le Roy avoit retiré le

sien d'Espaigne. A quoy luy ayant respondu que je croyois que

non; et que, si l'ung ou l'aultre s'estoient remuez de leur

place, que c'estoit affin de changer d'air pour leur santé,

elle m'a dict, en ryant:--«Qu'elle vouloit renvoyer celluy, qui

est icy, du Roy d'Espaigne, parce que, encores despuys cinq

jours, il avoit faict de mauvaises pratiques contre elle.» Et

présume la dicte Dame et la pluspart des siens qu'il y doibve

avoir guerre entre le Roy et le Roy d'Espaigne; de quoy ilz

monstrent estre fort ayses.

De ce que milord Housdon a négocié avec les Escouçoys, la

lettre du Sr de Vérac en déclairera une partie; tant y a que

j'entendz que, quant le comte de Morthon et l'abbé de

Domfermelin ont esté à Barvyc, et ont entendu qu'on ne leur

parloit que de faire quelque accord avec ceulx de l'autre

party, qu'ilz ont remonstré qu'ilz ne pensoient estre là

appellez pour cest effect, ains pour recepvoir les deniers, les

monitions, les armes et les gens, que la Royne d'Angleterre

leur avoit promiz pour forcer la ville et le chasteau de

Lillebourg. Sur quoy milord de Housdon leur a respondu que la

dicte Dame estoit en la mesme vollonté, qu'elle leur avoit

dict, d'establyr, comment que ce fût, l'authorité du jeune Roy

et de son régent en Escoce, et que, si cella se pouvoit

conduyre sans envoyer armée dans le pays, affin de n'irriter le

Roy Très Chrestien, et ne foller les subjectz, que cella seroit

le meilleur; mais qu'ilz s'asseurassent que, si l'on n'y

pouvoit parvenir par ce moyen, que dans le commancement de

mars, elle leur bailleroit de quoy pouvoir, en une sorte ou

aultre, achever leur entreprinse; et que cependant ilz

fortifiassent le Petit Lith pour y recepvoir le secours qu'elle

leur envoyeroit. De laquelle promesse iceulx de Morthon et

Domfermelin se sont contantez, et le mareschal Drury sur

icelle est venu poursuyvre en ceste court ce qui faict besoing

pour l'accomplyr.

Il y a icy ung ambassadeur secrect, de la part du comte

Palatin, qui propose le mariage du comte Christofle, troisiesme

filz de son Maistre, eagé de XXII ans, avec la dicte Royne

d'Angleterre. Je ne sçay encores comme il est escouté, mais le

comte de Montgomery m'a confessé qu'il estoit venu parler à

luy, et que le dict comte luy avoit respondu que, quant il

pourroit quelque chose en cest endroict, qu'il l'employeroit

tout pour Monsieur, qui estoit frère de son Roy.

Il importe assés avec qui maistre Smith aura à négocier, et luy

mesmes m'en a parlé, et a regrecté feu messieurs de Laubespine

et de Bourdin. Je luy ay respondu qu'il négocieroit

principallement avec Leurs Majestez et avec Monseigneur, car

c'estoit ceulx là qui entendoient eux mesmes meintenant à leurs

affaires; de quoy il a esté fort ayse. Puys luy ay nommé les

seigneurs du conseil du Roy, et il a desiré de pouvoir tretter

avec messieurs de Morvilliers, de Limoges et de Foix; et m'a

demandé si monsieur de Montmorency y seroit, et encores si

monsieur l'Admyral s'aprochoit pas, à ceste heure, aulx

affaires de Sa Majesté.

La procédure contre ces seigneurs, qui sont dans la Tour, se

pourra comprendre par l'extraict d'une lettre que j'ay miz

peyne de recouvrer, laquelle ceux de ce conseil ont tirée de

l'évesque de Roz, adressante à la Royne d'Escoce; et cependant

je sçay qu'on a envoyé en Allemaigne pour consulter avec

aulcuns princes si, s'estant la Royne d'Escoce venue à refuge

en ce royaulme, et se trouvant à ceste heure qu'elle a pratiqué

une rébellion et sédition contre la Royne d'Angleterre, la

dicte Royne d'Angleterre la peult justement retenir; et

plusieurs gens de lettres de ce royaulme sont après à escripre

sur cet article.

Quant à la supression des livres, qui ont esté imprimez contre

l'honneur de la Royne d'Escoce, je l'ay proposée à ceste Royne

et à ceulx de son conseil en la plus grande expression qu'il

m'a esté possible, au nom de Leurs Majestez Très Chrestiennes;

dont le Sr de Sabran leur comptera les longs discours et

déductions qu'ilz m'ont faictes, avec mes répliques, et leur

récitera les propos que le comte de Lestre m'a tenuz touchant

la dicte Royne d'Escoce.

La bonne affection de ceulx de la noblesse de ce royaulme

envers le Roy se cognoistra par une lettre qu'ung d'entre eulx,

nommé le Sr Lane, m'a escripte en itallien, du contenu de

laquelle et des aultres propos que le dict Sr Lane m'a mandez,

le Sr de Sabran en donra compte au Roy, et luy dira ce que le

comte d'Oxfort a naguières proposé en une compaignie où il

estoit, et ce qui s'en ensuyvit.

Correspondance Diplomatique de Bertrand de Salignac de La Mothe Fénélon, Tome Quatrième Ambassadeur de France en Angleterre de 1568 à 1575 · 第 189 / 362 题