AU ROY.

Sire, sellon que la Royne d'Angleterre a desiré d'estre advertye de

l'estat des choses d'Escoce et du faict des Pays Bas, premier que de

résouldre le partement de celluy qu'elle dellibère d'envoyer devers

Vostre Majesté, il est advenu que, d'un costé, milord de Housdon luy a

escript que les seigneurs escouçoys des deux partys sont en très bons

termes de s'accorder ensemble, et qu'il ne reste guières à présent

chose entre eulx qui ne se puysse facillement accommoder, mais ne

mande les particullaritez; et, de l'aultre costé, elle a sceu que le

Sr Fiesque est desjà deçà la mer avec tout pouvoir et ample

ratiffication des articles. Je ne sçay si, sur le poinct que la

restitution se debvra faire, il aparoistra encore quelque chose de

nouveau.

Le faict seulement de ceulx qui sont dans la Tour retient ung peu les

choses en suspens, néantmoins il se poursuyt avec grand dilligence,

despuys que milord de Burgley est relevé de sa goutte; et dict on que,

de la confession de eulx, et mesmement de celle de l'évesque de Roz,

résulte desjà assés qui suffit pour faire voir à Vostre Majesté, et à

toute la Chrestienté, que ceste princesse a heu grande occasion de

procéder ainsy rigoureusement qu'elle a faict contre eulx; dont je

m'en raporte bien à ce qui en est. J'espère que, dans bien peu de

jours, le voyage de mestre Smith se résouldra, et que je sçauray le

jour que luy, ou bien quelque aultre, si, d'avanture, l'on change

encores une foys d'ambassadeur, debvra partyr.

J'entendz que le duc de Norfolc a escript une lettre de son faict à la

Royne d'Angleterre, en laquelle il allègue le comte de Lestre, qui en

reste si offancé que, là où auparavant il monstroit de luy estre amy,

il semble, à ceste heure, qu'il luy veuille estre bien fort

adversayre; ce qui luy pourra beaucoup nuire.

La Royne d'Escoce m'a faict, à grand difficulté, entendre de ses

nouvelles, et me mande qu'elle a beaucoup à faire à se meintenir en

santé, pour les grandz ennuys qu'elle sent, et par faulte d'exercice,

et aussi qu'on ne cesse, toutz les jours, d'excogiter nouvelles

rudesses contre elle; ce qui lui faict, après Dieu, invoquer à toute

heure la faveur et protection de Vostre Majesté, et vous adresser

toutes ses larmes comme à son seul reffuge, affin qu'il vous playse

avoir compassion de ses misères et de celles de ses bons subjectz; et

qu'au reste elle trouvera moyen de m'escripre encores plus amplement

par aultre voye. J'entendz qu'elle a envoyé une lettre à ceste Royne,

et qu'on a dépesché, sur l'audition de l'évesque de Roz, un secrétaire

devers elle, pour avoir la vériffication de quelque faict.

L'on dict que le comte de Montgomery est arrivé à Plemue, ou qu'il y

doibt bientost descendre, et qu'on l'attand en la mayson de sir Arthus

Chambernant, visadmyral du Ouest, de quoy se fait divers discours en

ceste court; tant y a que j'entendz que c'est pour faire quelque

mutuel parantaige entre ses enfans et ceulx du dict Chambernant. Sur

ce, etc. Ce XXVIe jour de novembre 1571.

Correspondance Diplomatique de Bertrand de Salignac de La Mothe Fénélon, Tome Quatrième Ambassadeur de France en Angleterre de 1568 à 1575 · 第 181 / 362 题