Sire, je vous ay escript, le Xe de ce moys, les propos que, deux jours
auparavant, la Royne d'Angleterre et moy avons heu ensemble, et, le
XVe, je vous ay mandé ce que, sur iceulx, les seigneurs de ce conseil
ont heu despuys à me remonstrer, avec quelques aultres particullaritez
de ceste court; et meintenant, Sire, j'ay à dire à Vostre Majesté que
la dellibération de vous envoyer un seigneur de ceste court continue
toutjour, ayant seulement esté changée de milord de Boucaust à maistre
Smith et au docteur Vuilson; et que néantmoins ceste dernière
dellibération se prolonge encores jusques après avoir sceu quel
jugement pourra réuscyr contre ceulx qui sont dans la Tour; ce qui est
aussi ung peu retardé par la malladie de milord de Burgley, lequel, à
cause de la goutte, n'a peu, il y a plus de huict jours, bouger en
façon du monde de son lict. Et cependant les amys de ces seigneurs
détenus ne s'endorment sur les moyens de les justiffier, et de
renverser, s'ilz peuvent, les conseilz de ceulx qui les veulent
oprimer; en quoy se voyent beaucoup de simultez en ceste court,
lesquelles ne sont du tout incogneues à ceste princesse, qui pourtant
s'en donne beaucoup de peyne, et souvant en entre en grand collère,
avec grosses parolles, contre ceulx d'auprès d'elle qui sont
souspeçonnez de les favoriser ou de leur donner des adviz. L'on dict
qu'après demain, au plus tard, leur cause sera mise devant les juges,
dont se saura, incontinent après, ce qui en debvra résulter.
L'évesque de Roz est toujours renfermé avec eulx, et m'a la dicte Dame
reffuzé que je puysse envoyer sçavoir comme il se porte au capitaine
de la Tour, ny luy faire demander s'il a besoing de quelque chose de
moy, m'ayant prié de vouloir surçoyer cest office, encores pour
quelques jours, et que cependant rien ne luy manquera. Et m'a la dicte
Dame mandé que la Royne d'Escoce se porte fort bien de sa santé.
Au surplus, Sire, millord de Housdon a escript à Barvyc qu'il a heu
adviz comme ung vaysseau de Flandres est arrivé en Argil, en Escoce,
au commancement de ce moys, avec des munitions et de l'argent pour
ceulx de Lillebourg, mais qu'il ne peult encores bien mander toutes
les aultres particullaritez; possible, Sire, que ce sera milord de
Flemy qui sera arrivé par dellà. Il mande aussi que, le quinziesme du
présent, il seroit prest avec le mareschal Drury et le capitaine Caje
et le capitaine Bricquonel, et aulcuns aultres, pour aller accomplyr
la commission que la Royne, sa Mestresse, luy avoit commandée en
Escoce, qui est, Sire, comme j'entendz, pour presser infinyement ceulx
de Lillebourg de délaysser le party de leur Royne; et, s'ilz y font
reffuz, qu'il leur face de rigoureuses menasses et beaucoup d'offres
aulx aultres tant de forces que d'aultres grandz moyens pour les y
contraindre. Dont je vouldrois, de bon cueur, que Mr Du Croc fût desjà
porté sur le lieu pour les confirmer, et pour faire incliner une
partie des affaires à vostre dévotion; et me semble, Sire, que
l'ellection, qu'avez faicte de luy, est fort bonne, car il a
l'intelligence du pays, et croy qu'il sera esgallement accepté et aura
authorité envers les deux partys.
Les choses d'Yrlande semblent donner encores ung peu de travailh en
ceste court; car, oultre que Fitz Maurice poursuyt toutjour son
entreprinse, et qu'il ne reffuze plus de venir aulx mains avec ceulx
de la garnyson de la Royne, les ayant desjà battuz par deux foys en la
campaigne, là où auparavant il ne les y osoit aulcunement attandre,
l'on a, d'abondant, prins quelque deffiance du comte d'Ormont, parce
que ses frères demeurent toujour de l'aultre costé, et que luy s'est
de nouveau réconsilié avec le comte de Quilhdar, qui alloient eulx
deux contre-poysant le crédit l'ung de l'aultre dans le pays, de quoy
les Angloys se servoient, là où, à présent, leur amytié leur vient
estre fort suspecte. Néantmoins icelluy d'Ormont monstre de vouloir
venir icy remonstrer à la dicte Dame le dangier du pays, affin qu'elle
advise d'y pourvoir.
Et, quant aulx différans des Pays Bas, il semble, Sire, que la
victoyre contre le Turcq soit cause que ceulx cy attendent avec plus
de pacience les longueurs du duc d'Alve; car, sans cella, il est sans
doubte qu'ilz eussent desjà vandu les merchandises qui sont icy en
arrest, mais ilz temporiseront encores jusques à lundy prochain, sur
l'asseurance que les depputez de Flandres leur donnent que, le
trésiesme de ce moys, le Sr Fiesque a esté dépesché pour apporter la
ratiffication des articles.
Les merchantz de Londres se pleignent infinyement d'aulcunes visites,
impositions, coustumes et contrainctes, qu'on a de nouveau exigées sur
eulx à Roan, et de ce qu'on va icelles exécutant, à ce qu'ilz disent,
avec grand rigueur, et avec beaucoup d'arrogance et de viollance,
contre leurs facteurs et contre leurs merchandises; de quoy tout ce
royaulme commance fort à se dégouster du traffic de la France, et
avoir ung fort grand regrect à celluy d'Envers; et la pluspart des
merchans, ayans délayssé la dicte ville de Roan, essayent pour ung
temps de s'accommoder à Dieppe, et y envoyent descharger leurs
navyres, attandant que l'accord des Pays Bas se puysse conclurre, qui
sera de tant plus vollontiers accepté. Ceulx de Roan aussi se
pleignent bien fort des gravesses qu'on leur faict par deçà, dont,
s'il vous playsoit, Sire, qu'il y eust quelque modération entre les
deux villes, je procureroys que ceste icy ordonnast des depputez pour
en convenir avec ceulx que la ville de Roan y vouldroit ordonner. Qui
est tout ce que, pour ceste heure, j'ay à adjouster à la présente,
laquelle encores, s'il vous playt, Sire, servyra de responce à celle
qu'il vous a pleu m'escripre du IIe du présent. Et sur ce, etc.
Ce XXe jour de novembre 1571.