AU ROY.

Sire, il n'a esté trouvé cause contre le Sr de Lesley, frère du comte

de Rothes, pour quoy l'on le deubt détenir en pryson, et pourtant,

après l'avoir interrogé d'aulcuns faictz de la Royne, sa Mestresse, et

du duc de Norfolc, il a esté miz en liberté; mais, deux jours après,

Mr l'évesque de Roz a esté examiné par les seigneurs de ce conseil,

qui l'ont fort pressé de confesser aulcunes choses qu'ilz luy ont

asseuré avoir esté desjà advouhées par le dict duc, lesquelles il leur

a fermement dényées: dont, sans avoir esgard à son privillège

d'ambassadeur, ny à son saufconduict, qui sont deux immunitez qu'il

leur a expressément alléguées, ilz l'ont envoyé à la Tour, avec

menaces de procéder contre luy comme contre ung particullier, et

d'estre miz à la torture; et que desjà la Royne, leur Mestresse, avoit

faict donner satisfaction à moy, vostre ambassadeur, sur les

remonstrances que je luy avois faictes pour sa liberté, et qu'elle en

envoyeroit satisfaire davantaige Vostre Majesté. Puys ont faict

commandement que toutz Escouçoys, sur peyne de pryson, heussent à

vuyder le royaulme dans quatre foys vingt quatre heures. A cause de

quoy, Sire, le dict Sr de Lesley va présentement trouver Vostre

Majesté pour vous remonstrer ces extrêmes rigueurs qu'on use à sa

Mestresse, à son ambassadeur et aulx Escouçoys, et en quel dangier

sont les affaires de son pays. Dont, de tant qu'il a esté toutjour

très loyal et fidelle subject à sa princesse, et qu'en particullier il

a l'affection fort bonne et droicte à vostre service, j'ay bien vollu,

Sire, par ce peu de motz très humblement le vous recommander, et vous

tesmoigner qu'il a, en plusieurs sortes, miz toute la peyne qu'il a

peu, tant qu'il a esté icy, de bien mériter de vostre service, et que

le bien et faveur que luy ferez y seront fort dignement employez. Il

vous veult supplier, Sire, que d'une pencion de douze centz {lt} que

Vostre Majesté luy a ordonné, il vous playse, tant pour les années du

passé et pour toutes celles à l'avenir, luy en faire délivrer mil

escuz, et il promect d'employer encores ceulx là à vous en faire

quelque notable service en son pays. Je luy ay advancé, pour le

pouvoir tirer hors d'icy, cinquante cinq escuz, comme encores je n'ay

peu, pour la réputation de Vostre Majesté, veoir passer aulcuns

aultres serviteurs de la dicte Dame, sans leur donner quelque moyen de

se conduyre. Et sur ce, etc. Ce XXVIIe jour d'octobre 1571.

Le dict Sr de Lesley a meintenu la négociation de la Royne

d'Escoce, tant qu'il a esté par deçà, et, s'il luy estoit permiz,

à ceste heure qu'il n'y a point d'aultre ambassadeur, d'y pouvoir

résider, j'estime qu'il y seroit utille; et je pourroys, par son

moyen, éviter la jalouzie, que la Royne d'Angleterre prend, de me

veoir parler pour la dicte Dame: dont, s'il vous playt, Sire,

qu'il y retourne, il l'entreprendra vollontiers soubz le

commandement de Vostre Majesté.

Correspondance Diplomatique de Bertrand de Salignac de La Mothe Fénélon, Tome Quatrième Ambassadeur de France en Angleterre de 1568 à 1575 · 第 166 / 362 题