AU ROY.

Sire, d'avoir ainsy remonstré aulx seigneurs de ce conseil ce que je

vous ay mandé par mes précédantes, qu'il ne pourroit convenir à la

bonne foy de la Royne d'Angleterre qu'elle monstrât, d'ung costé, de

chercher vostre amytié, et que, de l'aultre, elle vous fît injure à

maltretter la Royne d'Escoce, qui est vostre belle seur, ou à faire

quelque entreprinse contre ceulx de Lillebourg, qui sont en vostre

protection, il est advenu qu'on ne parle plus de remuer la dicte Royne

d'Escoce au chasteau de Herfort, en la garde de ser Raf Sadeller, ny

de haster les préparatifz de guerre, bien qu'on les tient en suspendz,

contre ceulx de Lillebourg; lesquelz cependant, sellon les dernières

lettres de Barvyc, se meintiennent et dans leur place, et en la

campaigne, assés vigoreusement contre ceulx d'Esterlin, et font courir

le bruict que leurs gens de guerre sont payez pour huict moys. Et

parce que Vostre Majesté est très bien informée de l'estat de leurs

affaires par plusieurs de mes précédantes, et par la coppie de celles

que la Royne d'Escoce, et eulx mesmes et le Sr de Vérac m'ont

escriptes, je ne vous en ennuyeray icy de plus long propos; et

viendray à vous dire, Sire, sur la vostre du VIIe du présent, que je

ne puys que grandement louer la bonne résolution qu'avez prinse ez

choses que Mrs de Glasco et de Flemy vous ont remonstrées, lesquelles

j'ay aussi miz peyne, ces trois ans passez, lorsque je les ay veues

bien prez de leur ruyne, de les tenir toutjour les plus relevées que

j'ay peu, par la seule réputation de Vostre Majesté, et honneur de

vostre couronne, sans permettre qu'elles vous ayent mené à la

nécessité d'envoyer des forces par deçà la mer.

Et à ceste heure, Sire, il semble que, quant aulx deux milordz de

Flemy et de Leviston, et George de Douglas, que Vostre Majesté fera

fort bien de les renvoyer toutz trois gracieusement expédiez par

dellà, et encores quelque nombre de ces Escouçoys qui sont en France

avecques eulx, qui soient cogneuz affectionnez à vostre service, avec

des lettres aulx aultres seigneurs escouçoys, tant de l'ung que de

l'aultre party, pour les exorter à ung bon accord entre eulx, et leur

prescripre quelque forme sellon vostre intention, à la conservation

non seulement de eulx toutz, mais nomméement du petit Prince et du

repos public, et tuition de tout le pays soubz vostre protection, avec

quelques deniers cependant, et quelques armes et monitions aus dicts

de Lillebourg, lesquelz font ouverte profession de suyvre vostre

party; et asseurer iceulx de Flemy et Leviston que la Royne

d'Angleterre n'envoyera aulcunes forces en Escoce, sellon que vous y

avez desjà pourveu, et que, au cas qu'elle entrepreigne de le faire,

que vous vous y opposerez, et ne leur deffauldrez de vostre opportun

et suffizant secours pour bien luy résister; vous suppliant très

humblement, Sire, ne leur déclairer, ny à nulz aultres, rien plus

avant de vostre intention en cest endroict, affin que, ne perdans

espérance, ilz ne layssent aller les choses à la dévotion des Anglois,

ou n'appellent une garnyson d'Espaignolz à Lillebourg; qui tourneroit,

et l'ung et l'aultre, à la diminution de vostre réputation en toute

ceste isle, et, possible, à ung grand regrect, quelque matin, à Vostre

Majesté, veu l'estat des choses de deçà, de n'y avoir aultrement

pourveu; joinct que ceulx cy m'ont desjà donné parolle, qu'en toutz

ces affaires des Escouçoys, il y sera procédé sellon vostre desir et

intention.

Aulcuns estiment, Sire, que si vous faictes meintenant passer ung

personnaige de qualité en vostre nom par dellà, qu'il y pourra réduyre

grandement les choses à vostre dévotion, et ne voyent pas que pour

cella, la Royne d'Angleterre vous doibve moins recercher d'amytié,

ains possible beaucoup davantaige; et, en tout évènement, vous avez

tant d'obligation et de droict d'en user ainsy qu'elle ne pourra,

sinon à tort, se pleindre de vous, si vous le faictes, et luy en

respondrez toutjour avec satisfaction.

Le Sr de Quillegrey est, d'heure en heure, prest à prendre la poste;

et la résolution aussi d'envoyer un seigneur de ce conseil, mais non

encores lequel, continue: dont le retardement des deux dépesches vient

de l'ordinaire ocupation où ceulx du dict conseil sont, despuys le

matin jusques au soir, à vaquer contre le duc de Norfolc et contre

ceulx qu'ils prétendent avoir esté de la conjuration d'introduyre le

duc d'Alve et les Espaignolz en ce royaulme; et pourrez, Sire, juger

par l'escript que j'ay adjouxté icy, (lequel a esté curieusement

escript et dilligentment inprimé, et non seulement exposé en vante,

mais ont esté ordonnez personnaiges de qualité pour l'aller lyre et

notiffier ez lieux publiques de ceste ville, et par tout le pays), en

quelle perplexité est cest estat; car encores qu'il ne s'y parle que

du dict duc, affin de le jetter hors de la faveur du peuple qui l'ayme

et regrette infinyement, les souspeçons ne layssent pourtant d'estre

fort véhémentes au cueur de ceste princesse et de ceulx de son conseil

contre plusieurs aultres grandz de ce royaulme; et desjà millord Coban

est miz en arrest, comme ayant esté de l'intelligence, et ayant

offert, à ce qu'on dict, quelcun des cinq portz dont il est gardien,

pour servyr à la descente des dicts Espaignolz; et sa femme est hors

de court, et ung de ses frères miz à la Tour. L'on dict que le comte

Dherby a respondu que la Royne se debvoit contanter d'avoir deux de

ses filz en ses prisons, sans y vouloir encores mettre le père,

vieulx et caduc, et que pourtant elle l'excuse, si, en lieu de la

venir trouver, il se retire en son isle de Man. Le comte de

Cherosbery, ayant senty qu'on vouloit tirer la Royne d'Escoce hors de

ses meins, est en son cueur fort malcontant. Les seigneurs catholiques

sont observez en leurs maysons, et est l'on après à changer les

officiers et gardes des portz. L'on renforce les guetz, de jour et de

nuict, par ceste ville, et par les aultres principaulx lieux du

royaulme, et sur les chemins, de sorte qu'il ne se voyt que frayeur et

espouvantement de toutz costez, et ceulx qui font les procédures ne

monstrent avoir moins de peur que ceulx contre lesquelz on les faict.

Il y a dangier que, soubz colleur des choses d'Escoce, ceste princesse

ne face dresser une armée vers le North pour mieulx contenir son pays

par les forces qu'elle aura ensemble, et affin aussi de pouvoir mieulx

exécuter ses dellibérations contre ces seigneurs prisonniers, car l'on

dict qu'encor qu'il n'y ayt aulcune vériffication contre le dict duc,

et sinon quelques chiffres qui ne font probation, et qu'on luy ayt

vollu persuader de se soubmettre à la mercy de la Royne, et qu'il ayt

respondu qu'hormiz de trayson et d'avoir jamais rien attempté contre

sa princesse, ny contre cest estat, ny contre les loix du royaulme,

ausquelz cas il ne reffuze aulcun rigoureux jugement, qu'il est, quant

au reste, très contant de se soumettre vollontiers à la mercy et bonne

grâce de la dicte Dame, que, néantmoins, aulcuns de ses conseillers

sont si anymez contre luy qu'il est en ung très manifeste dangier de

sa personne, de sa vie et de ses biens. Sur ce, etc.

Ce XXe jour d'octobre 1571.

_Par postille à la lettre précédente._

Tout présentement, je viens d'estre adverty qu'on a faict

prisonnier et mené à la Tour le frère du comte de Rothes, lequel

j'avois faict demeurer en ceste ville pour meintenir ung peu la

négociation de la Royne d'Escoce; et, de tant qu'il allègue qu'il

est à vostre service, gentilhomme de vostre chambre, et qu'il

attandoit icy responce de Vostre Majesté touchant une sienne

pention pour son entretennement, il vous playrra me commander si

j'auray à faire instance pour sa liberté. Encores plus

freschement, l'on me vient d'advertyr qu'on a ramené l'évesque de

Roz en ceste ville pour le mettre dans la Tour, et luy a l'on

desjà osté ses serviteurs.

Correspondance Diplomatique de Bertrand de Salignac de La Mothe Fénélon, Tome Quatrième Ambassadeur de France en Angleterre de 1568 à 1575 · 第 162 / 362 题