AU ROY.

Sire, parce que la Royne d'Angleterre n'avoit peu assés bien

comprendre, par les dernières lettres de son ambassadeur, si le succez

de la négociation de Mr de Foix avoit bien ou mal satisfaict Voz

Majestez Très Chrestiennes, et craignant que plustost il vous en

restât de l'offance que du contantement, et que d'ailleurs les choses

du dedans de son royaulme la tenoient en suspens, et celles d'Escoce

la pressoient d'y faire quelque résolution, elle a différé de me

donner audience trois jours entiers; et, à chacun des dicts jours,

elle a tenu conseil sur le party qu'entre ces difficultez luy seroit

plus expédiant de prendre pour mettre elle, son estat et ses affaires,

en seurté, inclinant la dellibération des siens tantost à se munyr

d'une bonne ligue avec Vostre Majesté, tantost de retourner à celle

desjà faicte de tout temps avec le Roy d'Espaigne, en ostant seulement

ce peu d'espines et de différans qui y sont survenuz de peu de jours

en çà, tantost à conclurre celle dont elle est recerchée des princes

protestans. Et est certain, Sire, que, quoy que la segonde luy fût

suspecte et la troisiesme pleyne de grandz frays, néantmoins,

craignant que les difficultez de ces responces sur l'accord de

l'exercice de la religion pour Monsieur et les choses d'Escoce, ne

luy fissent empeschement de parvenir à la première avec Vostre

Majesté, ou que desjà vous fussiez bien irrité contre elle, elle a

esté sur le poinct de se résouldre à la conclusion de l'une des

aultres deux, et, possible, à toutes les deux ensemble; mais elle a

trouvé bon que premièrement je soys allé parler à elle.

Qui a esté cause, Sire, qu'ayant heu sentiment de cella, et

cognoissant le desir de Voz Majestez en cest endroict, j'ay employé

les mercyementz et les honnestes propos des lettres de Voz Majestez et

de celle de Monseigneur, du XXVIIe du passé, à disposer ceste

princesse, le mieulx que j'ay peu, pour la faire bien espérer de vous

trois et de toute la France, vous suppliant très humblement, Sire, me

pardonner, si je me suys dispencé d'accommoder ung peu les dicts

propos à ce que j'ay estimé pouvoir plus contanter la dicte Dame et

les siens, sans toutesfoys que je me soys advancé de rien promettre,

et seulement par l'expression dont je luy ay usé, le plus vifvement

qu'il m'a esté possible, de vostre droicte intention vers elle, et

comme, pour la diverse interprétation que pouvoient recepvoir ses

articles, vous n'aviez encores vollu asseoir aulcun certain jugement

sur iceulx, ains vous entreteniez en vostre première bonne espérance,

attandant celluy des siens, que Mr de Foix vous avoit asseuré qu'elle

vous dépescheroit; lequel vous me mandiez qui seroit le bien venu et

seroit receu avec aultant de faveur que de nulle aultre part qui vous

en peult estre envoyé de la Chrestienté; et que, non seulement vous

luy presteriez l'audience, mais le cueur et l'affection, en tout ce

qu'il vous vouldroit proposer de la part d'elle pour vous esclarcyr

de ce présent propos, et pour impétrer toutes aultres choses que

honnorablement elle vouldroit desirer de vostre amytié.

Il est advenu, Sire, que la dicte Dame, goustant cella, a pour ce coup

interrompu l'instante conclusion des aultres intelligences, et les a

mises en suspens, attandant si elle se pourra accorder à la vostre,

et, dans deux ou trois jours, que Mr le comte de Lestre et milord de

Burgley viendront en ceste ville, elle me fera plus amplement entendre

de son intention, et de la résolution qu'elle aura prinse si elle

envoyera quelcun des seigneurs de son conseil, ou non, devers Vostre

Majesté; en quoy je feray, Sire, tout ce qu'il me sera possible que ce

soit milord de Burgley, et cependant j'entendz que le Sr de Quillegrey

s'acheminera pour aller sollager Mr de Valsingam, ne voulant obmettre,

Sire, de vous dire que j'ay trouvé la dicte Dame fort résolue

d'oprimer, aultant qu'elle pourra, l'authorité de la Royne d'Escoce et

de ceulx qui tiennent son party; et croy que, si mes propos ne l'ont

ung peu destournée, qu'elle a desjà faict estat d'envoyer secours à

ceulx d'Esterling et mesmes de faire entrer des forces en Escoce, par

prétexte que les Escouçoys de la frontière, avec quelques fuytifz de

ce royaulme, sont, à ce qu'elle m'a dict, despuys quinze jours venuz

courir et piller sa frontière. Sur ce, etc. Ce Xe jour d'octobre 1571.

Correspondance Diplomatique de Bertrand de Salignac de La Mothe Fénélon, Tome Quatrième Ambassadeur de France en Angleterre de 1568 à 1575 · 第 157 / 362 题