AU ROY.

Sire, il n'y a rien en quoy la Royne d'Angleterre et les seigneurs de

son conseil facent, à ceste heure, plus grande dilligence que de

s'esclarcyr des souspeçons qu'ilz ont conceues contre le duc de

Norfolc et contre d'aultres seigneurs de ce royaulme, et, pour cest

effect, ilz en ont faict appeller aulcuns des principaulx en ceste

court, où ayantz desjà le comte d'Arondel et milord de Lomeley, son

beau filz, compareu des premiers, l'arrest a esté commandé au dict

comte avec gardes en sa mayson, et l'on a miz son beau filz dedans la

Tour. Il se présume qu'il en prendra de mesmes à ceulx qui s'atandent

icy bientost, car la dicte Dame est fort animée contre eulx, et milord

de Burgley s'y monstre bien ardent; mais le comte de Lestre a trouvé

moyen, sur ceste première fureur, de s'absanter en sa mayson de

Quilingourt, où il est encores de présent, et n'y a chose qui se

monstre plus aparantment à ceste heure en ce royaulme que la division

pleyne de peur et de dangier. La dicte Dame faict haster la cuillette

des deniers qui luy ont esté ottroyez par son parlement, et, oultre

cella, elle faict, despuys huict jours, travailler secrectement à la

monoye pour convertyr les réalles d'Espaigne, qui sont dans la Tour,

en monoye d'Angleterre. Elle persévère toutjour en ung apparant desir

de conclurre, par ung ou aultre moyen, une bien estroicte intelligence

avec Vostre Majesté; et quant, sur la première vostre dépesche que je

recepvray, je l'yray trouver, je vous manderay incontinent, Sire, ce

que j'en auray plus expressément cogneu. Cependant le Sr de Quillegrey

s'apreste pour aller sollager le Sr de Valsingam, et l'adviz, qu'on

m'avoit desjà donné, qu'il passeroit puys après en Allemaigne m'a esté

de rechef confirmé, et qu'il a charge de pratiquer en l'ung et

l'aultre pays des intelligences, et qu'il porte procuration en forme

pour conclurre la ligue avec le comte Pallatin, le marquis de

Brandebourg, le Lansgrave et aultres princes protestans: en quoy sera

bon, Sire, que Vostre Majesté face prendre garde comme les choses

passeront.

Au surplus, Sire, les choses d'Escoce sont aulx termes que je vous ay

escript du dernier du passé, que ceulx d'Esterlin ont mandé toutz

ceulx de leur party pour aller assiéger, au premier du présent, ceulx

de Lillebourg, lesquelz ilz ont desjà envoyé sommer. L'on est après

icy à faire une dépesche aus dicts d'Esterling, et y a aparance qu'il

leur sera promptement envoyé de l'argent, et encores ay je quelque

adviz, de fort bon lieu, qu'on prépare d'y envoyer des forces par

prétexte de revencher la mort du comte de Lenoz: à quoy semble, Sire,

qu'il est temps d'y remédier. La Royne d'Angleterre, au commancement

de septembre, avoit escript au comte de Lenoz de faire en sorte que

ceulx de son party vollussent adresser une remonstrance à elle,

signée de leurs mains, par laquelle ilz luy signifiassent que les

grandz troubles et divisions, qui continuoient en leur pays, et ceulx

qui aparoissoient en Angleterre, procédoient de l'opinion en quoy elle

entretenoit le monde de vouloir restituer la Royne d'Escoce, et que,

tant qu'elle la tiendroit en son royaulme, la dicte opinion ne

cesseroit, et en demeureroient ceulx qui s'esforcent de relever son

authorité toutjour en quelque espérance, chose qui estoit de très

grand préjudice aulx deux royaulmes; et, de tant qu'il y avoit desjà

ung Roy légitimement estably en la place d'elle, par la propre

dimission qu'elle en avoit faict, qu'ilz la vollussent suplier de

remettre la personne de la Royne d'Escoce en leurs mains pour ordonner

d'elle, et de son entretennement, sellon que les Estatz du pays

estimeroient se debvoir faire, soubz bonne seurté qu'ilz donroient

ordre qu'elle ne peult mouvoir aulcune chose, en l'ung ny l'aultre

royaulme, au préjudice du repos public. Lesquelles lettres estant

arrivées à Esterling après la mort du comte de Lenoz, elles ont esté

leues en l'assemblée des aultres seigneurs qui s'y sont trouvez, et

leur responce est meintenant arrivée; mais je ne sçay encores ce

qu'elle contient. Sur ce, etc. Ce VIe jour d'octobre 1571.

Correspondance Diplomatique de Bertrand de Salignac de La Mothe Fénélon, Tome Quatrième Ambassadeur de France en Angleterre de 1568 à 1575 · 第 155 / 362 题