AU ROY.

Sire, arrivant la Royne d'Angleterre, le XXVIe de ce moys; à

Richemont, elle y a achevé son progrez de ceste année, et y est

encores, et dict on qu'elle y fera assés long séjour, non sans qu'elle

ayt desjà assés souvant souhayté de sçavoir si Mr de Foix estoit

arrivé devers Voz Majestez Très Chrestiennes, et si elles demeuroient

bien satisfaictes des responces qu'elle a faictes à luy et à moy, mais

son ambassadeur luy a escript, du XVe du présent, qu'il n'estoit

poinct nouvelles de son retour, et mesmes luy a l'on asseuré qu'il

estoit encores le XVIIIe à Paris, de quoy elle a monstré n'estre trop

contante. Icelluy sieur ambassadeur, à ce que j'entendz, luy a fort

curieusement mandé, du dict quinziesme, la réception de monsieur

l'Admyral jusques à luy expéciffier que vous lui avez dict, Sire,

qu'il fût aultant bien venu que gentilhomme qui soit arrivé en vostre

court despuys vingt ans; et que la Royne, vostre mère, luy avoit faict

l'honneur de le bayser; et que vous l'aviez mené en la chambre de

Monseigneur vostre frère, qui se trouvoit ung peu mal disposé, où le

mariage de Madame avec Monsieur le Prince de Navarre avoit esté

conclud, et la paciffication de vostre royaulme de plus en plus

confirmée; et que, incontinent après, vous aviez dépesché Mr de Biron

devers la Royne de Navarre, laquelle, avec le dict Prince, son filz,

estoient allez aulx beins de son pays de Béarn. Choses que les aulcuns

d'icy ont heu assés agréables, mais il y en a plusieurs qui n'en ont

monstré aulcun semblant de plésir, et ont dict tout hault qu'il estoit

à craindre que l'accommodement des affaires de la France et le trop

bien asseuré repoz d'icelle ne fût le travail et le trouble

d'Angleterre.

A mandé davantaige le dict sieur ambassadeur que le propos du mariage

de la Royne, sa Mestresse, avecques Monsieur estoit aussi bien subject

à mutation par dellà comme icy, non sans qu'il l'eust assés de

longtemps préveu, et qu'il n'eust descouvert d'où procédoit

l'altération; néantmoins que Voz Majestez Très Chrestiennes, et Mon

dict Seigneur, demeurez en la meilleure disposition du monde pour

establyr une bien estroicte amytié et intelligence avec la Royne, sa

Mestresse; et que, mesmes le dernier escript, qui avoit esté envoyé

d'icy, vous avoit assés contantez, et qu'à cest effect il desiroit que

quelcun de ce costé, personnaige bien choysy, fût bientost envoyé

devers Vostre Majesté.

Et semble, Sire, que la dépesche, que la dicte Dame a despuys faicte à

son dict ambassadeur, du XXe de ce moys, tende à estre esclarcye

qu'est ce qui aura résulté du dict escript et du rapport de Mr de

Foix, et comme sera receu quelcun des siens, si elle l'envoye par

dellà, et aussi pour vous toucher aulcunes choses du faict de la Royne

d'Escoce et du duc de Norfolc; mais, quant à ces deux derniers

poinctz, j'espère, Sire, que vous aurez esté assés préparé d'en

respondre au dict ambassadeur, s'il vous en est venu parler, sellon le

discours que je vous en ay faict en mes deux précédantes dépesches,

sans qu'il soit besoing de vous en faire icy plus de mencion;

seulement je adjouxteray à ce pacquet l'original d'une lettre et

l'extrêt de deux chiffres, que j'ay receu de la Royne d'Escoce,

despuys qu'elle est resserrée, par où Vostre Majesté verra ce qu'elle

pense estre très nécessaire de faire promptement pour elle et pour les

affaires de son royaulme.

J'entendz que le Sr de Quilegrey s'apreste pour aller sollager le Sr

de Valsingam, qui a mandé se vouloir faire curer de certaine

difficulté d'uryne qui le travaille fort, où il dict avoir besoing

d'ung séjour de trois moys; et semble qu'avec l'ocasion de ce voyage

l'on en dresse ung aultre, pour le dict Sr de Quillegrey, d'aller, au

partir de France, devers les princes protestans en Allemaigne, dont ne

sera que bon de l'observer ung peu sur ce qu'il négociera, pendant

qu'il sera en vostre court. Il est venu responce de Bruxelles comme le

Sr Thomas Fiesque estoit arrivé devers le duc d'Alve le XVe de

septembre, et qu'on espéroit qu'il seroit bientost remandé par deçà

avec ample pouvoir et ratiffication sur tout ce qui a esté tretté de

l'accord des merchandises; dont sera besoing, Sire, qu'à ceste heure

vous soyez adverty du dict Bruxelles de ce que pourrez desirer

entendre de plus en ceste affaire. L'admyral de Flandres, avec bon

nombre de navyres de guerre, est venu combattre et chasser, par deux

foys, les vaysseaulx du prince d'Orange jusques à la bouche du port de

Douvre, et, sans l'artillerye du chasteau et du balouvart du dict

Douvre, qui a tiré contre luy, il les eust poursuyviz jusques dans le

mesmes port. L'on me vient de dire tout présentement que ceulx

d'Esterlin en Escoce ont mandé, de toutes partz, à ceulx de leur party

qu'ilz les viennent trouver, ce premier jour d'octobre, avec leurs

armes et vivres pour quarante jours, affin d'aller assiéger

Lillebourg. Sur ce, etc.

Ce XXXe jour de septembre 1571.

Correspondance Diplomatique de Bertrand de Salignac de La Mothe Fénélon, Tome Quatrième Ambassadeur de France en Angleterre de 1568 à 1575 · 第 153 / 362 题