Sire, ayant envoyé demander audience à la Royne d'Angleterre sur
l'ocasion des choses que, le Xe de ce moys, Vostre Majesté m'a mandé
de tretter avec elle concernans la Royne d'Escoce et son royaulme, et
ayant, par mesmes moyen, escript à milord de Burgley, icelluy de
Burgley, de soy, m'a respondu plusieurs choses assez gracieusement, et
a curieusement leu l'extraict d'une aultre lettre que la Royne
d'Escoce m'avoit escripte; lequel j'ay desiré qu'il le vît bien au
long, parce que les raysons et justiffications de tout ce qu'on impute
à ceste pouvre princesse y sont fort bien et fort sagement déduictes,
et a communiqué, à mon instance, le dict extrêt à sa Mestresse, et luy
a aussi monstré ma lettre avec les poinctz raysonnables que je y
requiers.
Laquelle a esté longtemps à dellibérer sur le tout avecques luy, et
puys m'a faict mander par luy mesmes qu'elle se trouvoit de longtemps
si offancée de la Royne d'Escoce, et les récentes injures, qu'elle
vériffioit à ceste heure contre elle, luy renouvelloient si fort la
playe, qu'elle en avoit au cueur, qu'elle ne pouvoit plus comporter
qu'on luy parlât, en façon que ce fût, ny d'elle ny de ses affaires,
et s'esbahyssoit assez comme je les voulois mesler avec ceulx de
Vostre Majesté; et de tant qu'elle jugeoit bien que le pacquet, que
vous m'aviez dépesché du Xe de ce mois, ne pouvoit estre d'aulcune
chose, qui eust esté négociée pendant que Mr de Foix estoit icy, parce
qu'il estoit encores en chemin, affin de n'en ouyr point parler
d'aultre, elle me prioit de temporiser mon audience jusques à ce que
j'eusse encores receu ung aultre pacquet, et qu'elle avoit mandé à son
ambassadeur vous dire, Sire, qu'elle n'avoit rien faict en l'endroict
de la Royne d'Escoce, ny des siens, qui ne fût avecques honneur, avec
debvoir et avec rayson, et qu'après que vous l'auriez ouy là dessus,
elle espéroit que vous demeureriez bien contant: me voulant bien dire
icelluy de Burgley, comme de luy mesmes, que de rien, que je sceusse
proposer à ceste heure pour la dicte Royne d'Escoce ny pour les
Escouçoys, je n'en raporterois aulcune meilleure responce que celle
là; et qu'au regard des dicts Escouçoys, toutz les principaulx d'entre
eulx se trouvoient desjà si unys à recognoistre l'authorité de leur
jeune Roy que ce seroit troubler leur estat, si l'on s'y opposoit, et
que, si Vostre Majesté vouloit, à ceste heure, soubstenir le duc de
Chastellerault et le comte d'Honteley, qui seuls meintennoient le
party de la Royne d'Escoce, vous vous monstreriez ennemy du repoz
public du pays.
Il ne me deffault, Sire, que leur pouvoir bien répliquer à toutes ces
responces; mais, parce que je ne serois ouy bien à ceste heure, encor
que je parlasse en vostre nom, je ne veulx tant préjudicier à la
grandeur et dignité d'icelluy que de l'employer en vain, et pourtant
je ne m'advanceray de plus en parler, jusques à ce que Vostre Majesté,
après avoir ouy le Sr de Valsingam, m'ayt commandé sa plus ample
vollonté là dessus.
Cependant, Sire, j'entendz que le comte de Mar, par le confort de
ceste princesse, a accepté la régence du pays, et qu'il a esté
confirmé à icelle par l'assemblée du parlement qui estoit lors à
Esterlin, dont, incontinent après, il a faict exécuter à mort deux de
ceulx qui se sont trouvez coulpables de l'entreprinse du dict
Esterlin; lesquelz ayant confessé qu'ilz avoient esté à ce induictz
par les Amilthons pour faire mourir le comte de Lenoz, en revenche de
l'archevesque de St André, icelle assemblée, tout d'ung consentz, a
renouvellé leur sèrement de vanger, contre les Amilthons et contre le
comte d'Honteley, la mort du feu Roy d'Escoce et des deux derniers
régentz. Et suys adverty, Sire, que la Royne d'Angleterre a envoyé
faire de fort grandes offres au dict de Mar, jusques à luy promettre
armée pour assiéger Lillebourg, et que cependant elle luy fornyra la
soulde de cinq cens hommes, et que mesmes il semble qu'elle fera
couler iceulx cinq centz hommes de Barvyc à Esterlin à la file, affin
qu'elle employe son argent à la soulde des siens, et que ce luy soit
aultant de pied en l'Escoce, ne faisant doubte que ceulx de
Lillebourg, s'ilz ne sentent bientost quelque rafreschissement, qu'ilz
ne se trouvent en une fort grande extrémité. Et de tant que, par la
déposition du filz du comte Dherby et de ceulx qui sont prisonniers
avecques luy, il semble qu'on tire quelque indice de certaine
dellibération qui avoit esté faicte d'enlever la Royne d'Escoce hors
des mains du comte de Cherosbery, et de la conduyre en Galles pour la
proclamer Royne d'Angleterre, et qu'à cella le duc de Norfolc ayt esté
consentant, il n'est pas à croyre combien la Royne d'Angleterre
s'esforce de le faire meintennant bien sentyr à toutz deux; mais l'ung
et l'aultre, à ce qu'on dict, s'en justiffient fort bien, et croy qu'à
ceste heure ce qui nuict le plus au dict duc est la privaulté qu'on se
souvient que Ridolfy a heue en sa mayson et en celle du comte
d'Arondel, pendant qu'il a esté par deçà; duquel Ridolfy l'on a fort
suspect son voyage de Rome à Madry, et le séjour qu'il faict, de
présent, en la cour d'Espaigne. Sur ce, etc.
Ce XXVIe jour de septembre 1571.